Né en 1878, mort le 2 septembre 1954 ; historien du mouvement ouvrier.

Agrégé de droit, Édouard Dolléans travailla trois ans dans sa jeunesse aux usines et fonderies de zinc de la Vieille Montagne et, après la Première Guerre mondiale, il fut secrétaire de la Chambre de commerce internationale. Il avait connu Charles Péguy et fut aussi très lié avec Bergson. En 1936, sous le Front populaire, il dirigea le cabinet de Léo Lagrange, secrétaire d’État aux Loisirs et aux Sports ; deux ans plus tard, alors que le Front populaire était en pleine phase de recul, il dirigea le cabinet du sous-secrétaire d’État au Travail, Philippe Serre.
Édouard Dolléans se sentait proche du « noyau » de la revue La Révolution prolétarienne, dans la mesure où ses membres, pour la plupart d’entre eux, s’étaient opposés à la Première Guerre mondiale et avaient refusé ensuite tant la « bolchévisation » du Parti communiste français et de l’Internationale communiste que leur évolution ultérieure ; il resta toute sa vie influencé par le proudhonisme et le syndicalisme révolutionnaire tels qu’ils s’étaient manifestés avant 1914.
Édouard Dolléans orienta d’abord ses recherches dans le domaine économique : dans l’un de ses premiers ouvrages, Le Comptabilisme, il mettait en cause le rôle de l’or dans des termes qui, selon la remarque de l’économiste Charles Rist, annonçaient les théories keynésiennes. Mais Édouard Dolléans abandonna rapidement ce domaine pour l’histoire. — et particulièrement l’histoire du mouvement ouvrier. — à laquelle il consacra l’essentiel de sa vie. Son activité fut des plus importantes : il mit sur pied et anima, d’abord chez l’éditeur Domat puis chez Rivière, une collection d’histoire économique et sociale, donna une impulsion nouvelle à la Revue d’histoire économique et sociale, créa aux Éditions Ouvrières une collection : Masses et militants ; il fut enfin l’un des fondateurs en 1949 de l’Institut français d’histoire sociale avec Georges Bourgin et Jean Maitron et c’est là que sa bibliothèque et ses archives sont déposées.

ŒUVRE : Alphonse Merrheim, Paris, Conférences de l’Institut supérieur ouvrier, 1939, 48 p. — Le chartisme, 1830-1848, Paris, Floury, 1912-1913, 2 volumes, 428-504 p. — Le Comptabilisme, sans lieu ni date. — Émile Pouget, Conférence de l’Institut supérieur ouvrier, s.d., 32 p. — Eugène Varlin, Conférences de l’Institut supérieur ouvrier, s.d., 24 p. — L’évolution du chartisme (1837-1939). Du réformisme à la violence, Paris, Cerf, 1912, 148 p. — Féminisme et mouvement ouvrier : George Sand, Paris, Éditions ouvrières, 1951, 180 p. — Fernand Pelloutier, Paris, Conférences de l’Institut supérieur ouvrier, 1937, 30 p. — Histoire du mouvement ouvrier I) 1830-1871, 1936, 400 p. ; 1871-1936, 1939, 404 p. ; De 1921 à nos jours, 1953, 424 p., Paris, Armand Colin, 1936-1953. — Histoire du travail, Paris, Domat-Monchrestien, 1943, 818 p. — La police des mœurs, Paris, Larose, 1903, 262 p. — Prostitution et socialisme. La police des mœurs et la conférence internationale de Bruxelles, s.I., s.d., 8 p. — La protection légale des enfants occupés hors de l’industrie. I) La loi anglaise, Paris, Alcan, 1906, 68 p. — Proudhon, Paris, Gallimard, 1948, 530 p. — Robert Owen, 1771-1858, Paris, Alcan, 1907, 374 p. — Victoire des obscurs, Paris, Édition Cluny, 1936, 158 p.
En collaboration : « Le syndicalisme et le plan », L’Homme réel, octobre 1934. — Victor Griffuelhes, Paris, Conférences de l’Institut supérieur ouvrier, 1938, 32 p. — Mouvement ouvrier et socialiste. Chronologie et bibliographie. Angleterre, France, États-Unis, Allemagne, 1750-1918, Paris, Éditions ouvrières, 1950, 384 p. (Quatre volumes sont parus dans cette collection dirigée par Édouard Dolléans et Michel Crozier et publiée aux Éditions ouvrières).

SOURCES : Georges Duveau, « Édouard Dolléans », in Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1954, p. 322-323.

Michel Dreyfus

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