DOIZE Pierre, Hippolyte

Par Antoine Olivesi

Né le 6 novembre 1907 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 19 février 1979 près de Narbonne (Aude) ; ouvrier chaudronnier puis maçon ; militant communiste et syndicaliste des Bouches-du-Rhône, membre du bureau régional du PC en 1930-1932 et de l’UD-CGT en 1938-1939 ; conseiller municipal de Marseille, député (1958, 1962-1968).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Le père de Pierre Doize était charpentier de haute futaie et sa mère femme de ménage. En 1946, Pierre Doize écrira que son père, décédé, était sympathisant du Parti communiste et que sa mère, ménagère, était membre. Ils vivaient dans le quartier populaire de Saint-Lazare où naquit leur fils. Lui-même fit des études primaires jusqu’au CEP qu’il obtint à l’âge de treize ans. Apprenti-chaudronnier en 1920-1921, ouvrier chaudronnier traceur dans une entreprise de réparations navales à Marseille en 1924, il fut ensuite, en 1933, manœuvre maçon, puis maçon l’année suivante.

Après avoir effectué son service militaire en Rhénanie, à Koblenz, il avait adhéré en 1926 aux Jeunesses communistes et, l’année suivante, au syndicat des métaux CGTU de Marseille. « J’y suis venu, écrit-il, naturellement révolté par l’injustice sociale de la société capitaliste ». Il fut successivement secrétaire de la 22e Entente des JC en 1927-1928, du sous-rayon du port de Marseille en 1929-1931, membre du bureau régional du PC en 1930-1932, secrétaire de la section de l’Estaque de 1935 à 1937. Parallèlement, en mai-juin 1930, Pierre Doize avait été élève à l’école régionale des cadres créée par le Parti communiste à Marseille. Mais cette école fonctionnait difficilement et Doize dut la quitter faute d’avoir perçu les indemnités journalières prévues.

Parallèlement, sur le plan syndical, il fut membre du bureau du syndicat des métaux CGTU en 1932-1933, secrétaire de l’Union syndicale CGT du Bâtiment et du Bois des Bouches-du-Rhône de 1936 à 1939, membre du bureau de l’UD-CGT en 1938-1939. Ce fut en raison de ses luttes actives dans la métallurgie qu’il avait perdu son emploi et était devenu maçon.

Il participa notamment à la grande grève des réparations navales en 1933 (grève des soudeurs) sous la direction d’Ambroise Croizat, aux manifestations antifascistes de 1934, aux grandes grèves de 1936 à l’Estaque et de 1938, en particulier à la grève des fumistes industriels qui dura du 21 au 27 septembre de cette dernière année, grève nationale qui affecta, dans les Bouches-du-Rhône, 150 ouvriers. Il anima également la grève du 30 novembre « contre le dictat de Munich ». Il participa aux congrès nationaux du PCF à Arles en 1937 et de la CGT à Nantes en 1938. Il aida également, avec Cristofol, l’Espagne républicaine.

En 1939, Pierre Doize était secrétaire de la 3e région fédérale du Bâtiment. Le 19 février, il publia dans l’hebdomadaire fédéral SFIO Provence Socialiste, un article sur le chômage dans sa corporation et protesta notamment contre l’arrêt de la construction de la Nouvelle Bourse du Travail de Marseille alors en chantier. Il avait écrit d’autres articles dans ce journal en 1937 et 1938.

Pierre Doize écrira en 1945 : « J’ai approuvé la position du parti. Ai été poursuivi en tant que président du cercle du bâtiment de Marseille ». Classé parmi les militants communistes suspects, il fut ensuite mobilisé au 363e RAP en 1939-1940. Entré dans l’action clandestine dès l’armistice, d’abord dans les Bouches-du-Rhône puis dans le Gard, où il devint secrétaire régional, il fut arrêté dans la nuit 30 septembre 1942 alors qu’il venait de casser avec un ami (Seine), la vitrine du local du PPF à Nîmes. L’action n’avait pas été préméditée et il avait conservé sur lui un carnet de rendez-vous et un rapport sur la situation des mineurs qui permit à la police de situer ses responsabilités. Il reconnaîtra par la suite avoir commis une « faute grave ». Identifié, il fut successivement interné à Marseille (Fort Saint-Nicolas 5 octobre-12 novembre 1942, participe au triangle de direction avec Llanos et Georges Costes), dans l’Ain (Fort Vanvcia, 13 novembre 1942-janvier 1943, triangle de direction avec Llanos et Bessous), à Nîmes (15 février-15 octobre 1943) et en fin dans le Lot-et-Garonne où il participa, le 19 février 1944, à la révolte de la prison centrale d’Eysses. Cette action lui valu d’être envoyé à Compiègne (triangle de direction avec Turrel et Mignot) et déporté en Allemagne à Dachau puis à Allach (triangle de direction avec Potavin, Prunières puis Vergnole) ; il ne fut libéré qu’en mai 1945. Il fut décoré de la médaille de la Résistance et avait le grade de lieutenant FFI. Sa femme, Pierrette, née en 1908, fut déportée à Ravensbruck. Elle mourut en septembre 1945.

Permanent de l’Union syndicale bâtiment et bois des Bouches-du-Rhône en 1946, Doize fut secrétaire fédéral du PCF pour les Bouches-du-Rhône entre 1948 et 1955, membre du comité de direction de La Marseillaise en 1956, conseiller municipal de Marseille et 7e adjoint au maire, Jean Cristofol*, en 1946-1947, candidat aux élections législatives sur la liste communiste dans la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône en 1951 et en 1956, membre suppléant au comité central du parti en 1954 (XIIIe congrès) et membre titulaire en 1956 (XIVe congrès). La même année, en février, il avait fait partie de la délégation française qui assista au XXe congrès du PC de l’URSS. Eut-il alors connaissance du rapport Krouchtchev ? Ce point fit l’objet d’une contestation jusqu’à la publication par le bureau politique, le 12 janvier 1977, d’une déclaration de Georges Cogniot* et Pierre Doize : « La délégation du Parti communiste français au XXe congrès du PCUS, qui comprenait les camarades Maurice Thorez, Jacques Duclos*, Georges Cogniot* et Pierre Doize, a reçu en communication le texte du rapport dit secret de Nikita Krouchtchev. Ce texte en langue russe, a été remis pour quelques heures seulement au camarade Maurice Thorez, qui a réuni la délégation pour en entendre une traduction rapide et sommaire, improvisée par Georges Cogniot*. On demandait en même temps aux délégués, d’une part, de ne prendre aucune note et, d’autre part, de regarder la communication comme strictement confidentielle et destinée à eux seuls à titre personnel, c’est-à-dire d’observer le secret sur des affaires considérées comme intérieures au PCUS. Les membres de la délégation ont estimé, dans les conditions de l’époque, devoir respecter cet engagement, et cela d’autant plus que, d’après ce qui nous avait été dit, le document n’avait été porté à la connaissance que des délégations des pays socialistes et d’un nombre très limité de délégations des autres partis ».

Devant la conférence fédérale des Alpes-Maritimes, Pierre Doize déclara : « Si on a critiqué Staline, ce n’est pas parce qu’il avait une popularité de géant, mais en raison des erreurs qu’il a commises. Maurice Thorez lutte depuis vingt ans contre le culte de la personnalité et, encore récemment, il a critiqué l’appellation erronée de Parti de Maurice Thorez ».

Après la mort de Cristofol* – il prononça un discours lors de ses obsèques –, Pierre Doize fut le candidat de son parti au siège laissé vaccant dans une élection partielle qui l’opposa, dans la ville tout entière, puisque c’était un scrutin de liste à la proportionnelle qui était alors en vigueur, au socialiste Andrieux* et au candidat de la droite Jean Fraissinet, en février 1958. Arrivé en tête au premier tour, avec 88 261 voix sur 372 007 électeurs inscrits (23,7 %) et 236 370 votants, il fut élu au second avec 106 820 voix (26,1 %). Il fut battu en novembre de la même année, au scrutin uninominal, cette fois dans la 6e circonscription de Marseille, par le socialiste Leenhardt, obtenant 23,2 % au premier tour et 24,5 % au second, par rapport aux inscrits.

Il fut réélu député, en revanche, dans la 5e circonscription en novembre 1962 avec 18,7 % au premier tour et 33,2 % au second, conservant son mandat en mars 1967, avec 22,2 % puis 37,6 % mais fut battu en juin 1968, par le candidat indépendant Gardeil, avec 20,4 % puis 31,4 % bénéficiant, à chaque fois du désistement des candidats socialistes.

Pierre Doize a siégé au conseil municipal de Marseille jusqu’en 1965. En mars 1971, il fut battu dans le 5e secteur (Ve et Xe arr.) où il conduisait la liste communiste. En 1966-1967, il présidait le comité de direction du journal communiste La Marseillaise.

Pierre Doize cessa de faire partie des organismes de direction du PCF après le XXIIe congrès en 1976. Il avait été président de la Commission centrale de contrôle financier de 1964 à 1976. En février 1979, il se rendit avec sa seconde femme Antoinette, elle-même militante communiste d’avant-guerre et déportée, pour y célébrer une cérémonie du souvenir. Ce fut au retour, sur l’autoroute A 61, à la jonction de la Catalane et de la Languedocienne, près de Narbonne qu’il fut tué sur le coup avec son épouse dans un accident de voiture. Un hommage lui fut rendu à Marseille, le 22 février, Gaston Plissonnier* évoquant, notamment, « La vie ardente et droite » du militant. Pierre Doize et sa femme furent inhumés le jour même à Sillans-la-Cascade dans le Var.

Il s’était marié à Marseille le 5 décembre 1930 à Petra Folch, dite Pierrette et, veuf, s’était remarié le 12 mai 1958 à Marie-Faustine Saccaggi, dite Antoinette.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22795, notice DOIZE Pierre, Hippolyte par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er décembre 2008.

Par Antoine Olivesi

[Assemblée nationale, Notices et portraits]
XVIe congrès du PCF, 1961
XVIe congrès du PCF, 1961

ŒUVRE : Articles dans Provence socialiste, 25 juin 1937, 10 juin 1938, 17 février 1939, dans La Marseillaise et dans Rouge-Midi. — « Le Front populaire en Provence », in Le Front populaire et l’action de Maurice Thorez, Cahiers de l’I.M.Th., n° 3-4, octobre 1966-mars 1967.

SOURCES : Arch. comité national du PCF (Claude Pennetier). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10 874, rapport de police du 24 avril 1937 ; M 6/10 933 et 11 246, rapport du 15 juillet 1940 ; XIV M 25/138. — Arch. comité national du PCF. — La Marseillaise (photos) en périodes électorales, notamment en février et novembre 1958, et autres quotidiens marseillais. — Marseille, revue municipale, mars 1947. — Provence Nouvelle, 14 mai 1953. — Antoine Olivesi et M. Roncayolo, Géographie électorale des Bouches-du-Rhône, op. cit. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, op. cit., p. 373. — D. Desanti, Les Staliniens, op. cit., p. 88 et 310. — M. Tournier, Les grèves dans les Bouches-du-Rhône, op. cit. — L’insurrection d’Eysses, 19-23 février 1944, Éditions sociales, 1974. — Renseignements communiqués par le militant lui-même en réponse au questionnaire. — Articles nécrologiques et photos dans Le Provençal (20 février 1979) et surtout dans La Marseillaise (20-23 février). — L’Humanité, 20 et 23 février 1979. — Le Monde, 21 février 1979. — État civil Marseille, 18 novembre 1981. — DPF, 1945-1958, op. cit.

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