DOCQUIERT Henri

Par Gilles Morin, Georges Portalès

Né le 28 juillet 1919 à Laroque-d’Olmes (Ariège), mort le 9 décembre 2000 à Paris ; professeur puis haut-fonctionnaire ; militant socialiste et résistant (réseau Brutus), responsable régional de la France au Combat à Toulouse (Haute-Garonne) ; membre de cabinets ministériels socialistes, notamment aux PTT.

Biographie totalement renouvelée.

Le père de Henri Docquiert, artisan tailleur de pierre, construisait des monuments funéraires, sa mère travaillait comme femme de ménage. Ils vivaient près de Fourmies (Nord), ville tristement célèbre, où le 1er mai 1891 la troupe chargea les manifestants qui réclamaient des améliorations de leurs conditions de travail : on releva neuf morts et trente cinq blessés. Puis eurent lieu dans cette ville les grandes grèves des mineurs de 1930. Ces événements marquèrent le jeune homme qui s’engagea dans le combat de la classe ouvrière : il devint le secrétaire des Jeunesses socialistes de la circonscription d’Avesnes-sur-Helpe dans le Nord et participa en mai 1932 à la campagne législative de Léo Lagrange, futur député et ministre des Loisirs du Front Populaire.

Henri Docquiert, boursier à l’école primaire supérieure d’Avesnes-sur-Helpe (Nord), après avoir achevé ses études de lettres à l’Université de Lille, fut incorporé le 15 avril 1940 à l’école d’élèves aspirants de Châteaudun (Eure-et-Loir) puis au Fort-neuf de Vincennes. Le 10 mai 1940, alors que l’armée allemande envahissait la Belgique puis la France et se rapprochaient de Paris, l’école se replia à Bordeaux, puis à Toulouse, où Henri Docquiert fut affecté au Régiment d’artillerie. Il acheva sa courte carrière militaire au Régiment de cavalerie de Montauban (Tarn-et-Garonne).

Démobilisé, Docquiert rejoignit Toulouse où il trouva un poste de maître d’internat au lycée de garçons (aujourd’hui lycée Pierre-de-Fermat). Il prépara en même temps son agrégation à la Faculté des lettres. Son professeur Raymond Naves était l’un des responsables de la Résistance toulousaine. Des liens d’amitiés s’établirent entre eux : ils eurent ensemble la même volonté de combattre le nazisme et les collaborateurs de Vichy.

Un dimanche de l’été 1942, Henri Docquiert et Raymond Naves participèrent à une réunion clandestine dans l’arrière boutique du pharmacien Pierre Bourthoumieux, au 122 avenue de Muret à Toulouse. Lors de cette réunion fut créé le CAS- Comité d’Action Socialiste clandestin de la région toulousaine et là les tâches furent réparties. Henri Docquiert devint le secrétaire de Raymond Naves. Ensemble il mirent en place le journal clandestin Le Populaire du Sud-Ouest, imprimé chez les Frères Lion. Ces journaux clandestins étaient entreposés à la Maison de la Mutualité rue de Metz dont le directeur Léon Achiary était membre du CAS.

Le 24 février 1944, la police allemande arrêta à Toulouse plusieurs résistants membres du réseau Brutus et membres du Comité d’Action Socialiste, dont Raymond Naves qui mourut d’épuisement en déportation à Auschwitz en mai 1944. Sylvain Dauriac, arrêté le même jour, devait être interné à Auschwitz puis à Buchenwald. Pierre Bourthoumieux, arrêté à Lyon le 1er avril de la même année, fut déporté à Neuengamme près d’Hambourg où il mourut en avril 1945. Les Frères Lion, Raoul et Henri, imprimeurs de la Résistance également arrêtés ce jour là et moururent eux aussi en déportation. Leur apprenti, Georges Séguy, futur secrétaire général de la CGT, également arrêté dans cette rafle a été déporté à Mauthausen (Autriche).

Henri Docquiert qui échappa aux rafles policières devint responsable régional de « la France au Combat » à Toulouse et délégué de l’exécutif du Parti socialiste clandestin zone-sud (pour la région de Toulouse) sous les pseudonymes de Dupin ou Beaudouin dans la clandestinité, auprès de Gaston Defferre, Augustin Laurent et Eugène Thomas. Il appartenait également au réseau de résistance Brutus dont il fut responsable pour la région Midi-Pyrénées à Toulouse. Il appartint au Comité de Libération de Toulouse.

Après la Libération, il se maria à Toulouse le 4 septembre 1945 avec Paule Soula, puis ils eurent un garçon et une fille. Licencié ès-Lettres, titulaire d’un diplôme d’études supérieures DES, Henri Docquiert exerça comme professeur au lycée de garçons de Toulouse jusqu’en 1946. Il milita au sein des Jeunesses socialistes SFIO, dont il fut le secrétaire national. À ce titre, il participa avec Daniel Mayer, secrétaire du Parti socialiste SFIO et Raymond Badiou, maire socialiste de Toulouse, à une grande réunion publique qui se tint à la salle du Sénéchal le 20 janvier 1945.

Henri Docquiert a écrit plusieurs articles dans le journal L’Espoir, organe du Parti socialiste SFIO de la Haute-Garonne. Il écrivit également dans le Bulletin municipal de la Ville de Toulouse d’octobre 1944, un article où il rendait un vibrant hommage à Raymond Naves mort en déportation , lequel avait été pressenti par la Résistance pour devenir le maire de Toulouse à la Libération.

Henri Docquiert fut délégué au congrès des fédérations socialistes reconstituées de la SFIO en novembre 1944 ; il siégea à la commission « jeunes ». Candidat SFIO dans le canton de Trelon en 1945, il fut membre de la commission de propagande du parti et secrétaire à la propagande des Jeunesses socialistes. Il démissionna en février 1946, en désaccord sur le caractère trop politique du mouvement.

Docquiert effectua ensuite une carrière de sous-préfet à Bellac (Haute-Vienne) en 1949, à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) en 1950, à Rethel (Ardennes) en 1951.

Durant la IVe République, il fut appelé dans plusieurs cabinets ministériels socialistes. Il a été chef adjoint du cabinet d’Augustin Laurent (ministre des PTT en 1944-1945, puis ministre d’État en décembre 1946-janvier 1947), il fut ensuite chef du secrétariat particulier d’Eugène Thomas ministre des PTT en 1945, puis directeur de son cabinet au secrétariat d’État chargé des PTT en octobre 1947-1948 puis au secrétariat d’État à la présidence du conseil, enfin de nouveau son directeur de cabinet en 1958.

Après cette expérience dans le secteur des postes et communication, Henri Docquiert créa, en 1959, une entreprise partenaire des PTT, la SO.CO.TEL (Société mixte pour le développement de la Commutation dans le domaine des Télécommunications). Il en tira un livre Expérience de coopération État-Industrie sur une des premières tentatives de coopération Administration/Industrie, naissance de la commutation électronique qui introduisit les ordinateurs dans les centraux téléphoniques, technique largement répandue aujourd’hui dans le monde.

Lors d’un colloque organisé en 1997, pour le cinquantenaire du CNET (Centre National d’Études des Télécommunications), le directeur général honoraire des Télécommunications, L.J.Libois, évoqua ainsi l’action menée par Henri Docquiert : « C’est, en janvier 1959, qu’est créée SOCOTEL (Société mixte pour le développement de la technique de communication dans le domaine des télécommunications) sous l’impulsion et grâce à la ténacité de Henri Docquiert (…). La mission principale de la SOCOTEL était de coordonner les recherches de l’administration et de ses principaux constructeurs dans le domaine de la communication électronique et de mettre en commun les brevets et certaines études et de faire progresser la normalisation ».

Henri Docquiert présida la société des amis d’Eugène Thomas après la mort de ce dernier en 1969. Il fut aussi président de l’Amicale du réseau de résistance Brutus, de 1983 à 1996. Il était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Rosette de la Résistance. Il décéda à Paris, le 9 décembre 2000.

Une rue de Toulouse porte son nom.
En 2017, son fils exerce toujours le métier de journaliste et sa fille est spécialiste de l’histoire de l’Art.

OEUVRES : Églantine et Vert-de –Gris, récit de la création du Comité d’Action Socialiste à Toulouse durant l’occupation de l’Allemagne nazie et ses complices du Régime de Vichy. http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=8822

SO. CO .TEL expérience de coopération État-Industrie, BFM Notice FRBNF 34971594.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22776, notice DOCQUIERT Henri par Gilles Morin, Georges Portalès, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 mai 2018.

Par Gilles Morin, Georges Portalès

OEUVRE : Henri Docquier, Églantine et Vert-de-Gris, récit de la création du Comité d’Action Socialiste à Toulouse durant l’occupation (http://resistance-ouvriere.com/wp-content/uploads/2011/01/eglantine-et-vert-de-gris pdf1.pdf).

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15495, n° 4596 ; F/1cII/296 ; 72AJ/2466. — Arch. OURS, correspondance Haute-Garonne et Lot-et-Garonne. — Rapports du congrès fédéral du Nord. — Arch. Dép. Haute-Garonne, Fonds Latapie/jour /12. — L’Espoir, Journal du Parti socialiste SFIO de la Haute-Garonne, du 18 janvier 1945— Élérica Leroy, Toulouse mémoire de rues, Guide historique de la Résistance à Toulouse à travers les plaques de rues et les stèles commémoratives du centre ville. — Henri Noguères, Histoire de la Résistance. — Jean-Marc Binot, Bernard Boyer, BRUTUS histoire d’un réseau de la France libre, Paris, Fayard, 2007. — Michel Goubet, Paul Debauges, Histoire de la Résistance en Haute-Garonne, op. cit.. — Greg Lamazère, Pierre Bourthoumieux vie et mort d’un résistant socialiste toulousain. — Entretiens de Georges Portalès avec Madame Paule Docquiert, sa veuve. — Notes de Jacques Girault.

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