DÉVERINES Gilbert, Roger, Émile

Par Jean-Pierre Bonnet, Marie-Louise Goergen

Né le 29 janvier 1928 à Arnac-la-Poste (Haute-Vienne) ; employé de l’Économat puis ingénieur conseil en informatique ; militant communiste en Haute-Vienne, Gironde, Val-de-Marne et Indre-et-Loire ; syndicaliste CGT de Tours-Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), révoqué en mars 1950.

Né dans une famille de cinq enfants, Gilbert Déverines est issu d’une famille de paysans de tradition socialiste puis communiste. Son père Pierre Déverines*, ouvrier agricole puis cheminot, était secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Limoges (Haute-Vienne). Sa mère, Georgette Soulat, travailla comme servante de ferme dès l’âge de douze ans. Sa lourde charge familiale ne l’empêchait pas de militer ; membre de l’Union des femmes françaises dès 1944, elle diffusait Heures claires et participa activement aux manifestations contre la guerre d’Indochine, le réarmement allemand et la guerre d’Algérie. Soixante ans plus tard, Gilbert Déverines évoque les discussions animées autour d’une tablée familiale de quinze personnes dans la métairie du grand-père Eugène Déverines.

Gilbert Déverines fit de brillantes études à l’École nationale professionnelle de Limoges de 1942 à 1946. Jeune adolescent, il connut des événements particulièrement marquants, comme le passage en clandestinité, l’exécution de son professeur d’anglais, militant socialiste, et le massacre d’Oradour-sur-Glane : « Notre professeur de géographie nous racontera par la suite comment il s’est trouvé bloqué en ligne de mire des mitrailleuses, dans le tramway départemental, avec les autres voyageurs, au pont de la Glane, pendant le massacre, croyant sa dernière heure venue. » Ainsi, pour lui, l’adhésion aux Jeunesses communistes, dont il fut l’un des dirigeants, en 1944, puis au Parti communiste en 1945, « s’inscrivent dans une continuité logique où l’idéologie savante et la théorie ont peu de place ».

Il entra à la SNCF en septembre 1947 comme aide-vendeur auxiliaire à l’Économat du Chevaleret à Paris-Sud-Ouest. Il y travailla jusqu’à son départ au service militaire en avril 1948. À la fin de ses obligations militaires, Gilbert Déverines ne fut pas immédiatement réembauché sous le prétexte qu’il était auxiliaire. Cependant, il avait été libéré par anticipation comme soutien de famille et dans ce cas, la réintégration était de droit. À la suite d’une intervention de l’inspecteur du travail, Gilbert Déverines fut réintégré le 28 avril 1949 comme attaché groupe V à l’Économat de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire). Adhérent à la CGT depuis 1946, il devint membre du bureau du syndicat de Tours-Saint-Pierre-des-Corps, secrétaire de la section des jeunes syndiqués qu’il avait créée, puis membre du bureau de l’Union départementale CGT d’Indre-et-Loire de 1954 à 1958.

En février 1950, Gilbert Déverines anima la grève nationale de deux heures au cours de laquelle les trains furent immobilisés en gare de Tours. Une semaine plus tard, il joua un rôle important dans la manifestation contre le transfert de matériel militaire destiné à l’Indochine. Sans comparution devant le conseil de discipline, il fut révoqué le 28 mars 1950 à quelques jours de sa titularisation. Il ne sera réintégré dans ses droits que dans le cadre de la loi d’amnistie du 4 août 1981 (mesures Fiterman).

Gilbert Déverines eut par la suite des activités professionnelles variées, au journal La Voix du Peuple de Touraine, aux Ponts-et-Chaussées, à la Sécurité sociale et dans plusieurs firmes d’informatique. Partout, son militantisme syndical le mettait en conflit avec ses employeurs et finissait par entraîner son licenciement. Il décida alors de créer sa propre société de conseil en organisation à Charenton (Val-de-Marne) en 1970.

Après son licenciement de la SNCF, Gilbert Déverines continua d’exercer des responsabilités politiques. Il fit partie du comité fédéral du PCF d’Indre-et-Loire dans les années 1950 et de celui de la Gironde (1968-1970). À plusieurs reprises, il fut candidat communiste aux élections municipales : en Indre-et-Loire, en Gironde et dans le Val-de-Marne.

Après son licenciement, en mars 1970, de la société Logabax-Informatique dont il dirigeait la région de Bordeaux, Gilbert Déverines suivit jusqu’en octobre une session de remise à niveau des connaissances à l’ICG-I de Paris (Institut de contrôle de gestion, option Informatique). Cette formation lui permit de démarrer une activité d’Ingénieur-conseil en formation informatique à Bordeaux, tout en assurant des cours d’Informatique documentaire à l’IUT Carrières sociales de Bordeaux.

En avril 1971, Gilbert fut sollicité pour créer une société d’informatique en vue d’assister des municipalités communistes de la région parisienne et de la région lyonnaise pour la création de syndicats intercommunaux d’informatique. Avec Georges Mati et Guy Peyronnet il créa à Paris la société SOGIR (société d’organisation et de gestion informatique rationnelle) dont il fut le premier gérant durant une année ; en 1972, Georges Mati lui succéda comme gérant.

En 1972, Gilbert Déverines créa à Montreuil, avec Pierre Verrier, la société SIMAG (société internationale de machines de gestion) spécialisée dans la vente d’ordinateurs de bureau et la fabrication de logiciels de gestion pour les entreprises et les collectivités. Il dirigea cette société jusqu’en 1980. La société SIMAG eut également une activité dans les échanges commerciaux avec les industries électroniques et informatiques notamment en République démocratique allemande et en Bulgarie. Pierre Verrier lui succéda comme gérant de SIMAG.

En 1976, il participa, avec Maurice Winny à Vitry-sur-Seine, à la création de la société CEMAB (compagnie européenne des machines de bureau) spécialisée dans la vente et l’entretien de machines à écrire et de matériel de reproduction.

Après sa réintégration, en 1983, dans ses droits à retraite de la SNCF du fait de la loi d’amnistie de 1982, il continua de travailler encore cinq années pour faire valider les droits à retraite relatifs à ses activités dans des entreprises du régime général de sécurité sociale (38 années). Il créa à Bordeaux avec son épouse Hélène et ses enfants Danièle, Didier et Denis, la société coopérative ouvrière de production GIRES (gestion informatique régionale en économie sociale) spécialisée dans l’informatisation des Comités d’entreprise et des mutuelles. À la prise de retraite de Gilbert, en 1988, son fils Didier devint gérant de la société dont l’activité continua.

En novembre 1955, Gilbert avait été élu administrateur représentant le personnel au conseil d’administration de la Caisse primaire de sécurité sociale d’Indre-et-Loire ; à la même date, il avait été élu sur la liste CGT au conseil d’administration de la Caisse d’allocations familiales d’Indre-et-Loire ; en 1962 il fut élu au conseil d’administration de la Coopérative HLM d’Amboise et d’Indre-et-Loire ; en 1976, il représenta les professionnels de l’Informatique au sein du conseil d’administration de l’IUT d’Informatique d’Orsay (Essonne) ; de 1972 à 1980 il fut membre du conseil syndical de Grigny II (Essonne), le plus grand ensemble de copropriétés de France, dont il assura durant plusieurs années la vice-présidence.

À partir de 1971, Gilbert considéra que la nature et les objectifs de ses activités professionnelles devaient constituer ses seules responsabilités politiques ; il demeura adhérent de base à Grigny (Essonne) et Floirac (Gironde).

À la retraite, il reprit des responsabilités à l’Institut CGT d’histoire sociale d’Aquitaine, puis, à partir de 1998, à l’Institut CGT d’histoire sociale de la région Centre, ainsi qu’au bureau de l’Amicale départementale des vétérans du PCF. De 1993 à 1997, il fut été secrétaire du Cercle de l’union des travailleurs à Bazas (Gironde) où il fit également partie des dirigeants du club de rugby.

Marié en 1949 avec Pauline Bonvoisin, Gilbert Déverines eut quatre enfants. Divorcé en 1956, remarié en 1957 avec Hélène Guerre, il eut deux enfants de ce mariage. Veuf en 1988, il se remaria en 1991 avec Françoise Solignac.

Depuis 1998, il réside, avec Françoise son épouse, à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22612, notice DÉVERINES Gilbert, Roger, Émile par Jean-Pierre Bonnet, Marie-Louise Goergen, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 juin 2010.

Par Jean-Pierre Bonnet, Marie-Louise Goergen

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — Arch. UD-CGT d’Indre-et-Loire. — Arch. Institut CGT d’histoire sociale de la Gironde. — Arch. tribunal de commerce de Paris. — Divers numéros des Cahiers d’histoire sociale CGT en région Centre.Communistes en Touraine, 80 ans de témoignages et de récits, Tours, 2000. — Renseignements communiqués par Gilbert Déverines, Jean-Pierre Bonnet et Marie-Louise Goergen.

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