DEVARRIEUX Jean, Alexandre

Par Madeleine Singer

Né le 17 avril 1925 à Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; agrégé de lettres classiques ; membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1960 à 1970, secrétaire académique de Caen (1960-1966).

Jean Devarrieux était le fils unique de Maurice Devarrieux, commerçant, qui faisait le gros et le demi-gros en droguerie. Celui-ci fut avant-guerre candidat pour des élections municipales, cantonales et législatives sur les listes du Parti démocrate populaire sans toutefois être élu. Jean Devarrieux fit ses études secondaires au collège Fénelon d’Elbeuf où il passa le baccalauréat en 1944. Il fréquenta l’université de Caen (Calvados), obtint la licence de lettres classiques en 1948, le CAPES en 1950 et l’agrégation en 1960. Maître auxiliaire de 1948 à 1950 au collège moderne de Rouen (Seine-Maritime), il devint alors titulaire au lycée Malherbe de Caen. Puis de 1961 à 1968, il fut directeur d’études à l’École normale de filles de cette ville, devenue Centre de formation des professeurs de CEG. Après avoir présenté un mémoire sur Chateaubriand, il fut nommé en 1968 assistant de lettres à l’université de Caen et y prit sa retraite en 1987 en qualité de maître de conférence.

Jean Devarrieux avait soutenu en 1984 devant l’université de Paris VIII (Vincennes) une thèse de troisième cycle, L’emploi des formes verbales par les élèves de collège, et fut l’auteur de divers articles dans des revues de linguistique. Il avait épousé en 1948 Annie Caseneuve qui était étudiante ; elle fut ensuite professeur certifiée de lettres classiques et joua un rôle actif en Mai 68. Ils eurent quatre enfants : un fils président-directeur général d’une société ; trois filles, l’une journaliste, une autre médecin neuropsychiatre, la dernière secrétaire générale d’une chambre patronale.

Dès l’âge de quinze ans, Jean Devarrieux avait été jéciste et moniteur dans un patronage catholique. Pendant qu’il était étudiant, il eut à la JEC la responsabilité du secteur d’Elbeuf. Dès 1949 il adhéra au SGEN sous l’influence d’un collègue de son établissement. Secrétaire du lycée Malherbe de Caen à partir de 1952, il devint en 1956 responsable de l’antenne SGEN de Caen qui était alors le chef-lieu d’une vaste académie ; avec le titre de secrétaire académique adjoint, il faisait les démarches au Rectorat car le secrétaire académique Jacques Natanson* résidait à Rouen. Il lui succéda en 1960 quand ce dernier partit au CNRS, et siégea désormais au comité national en qualité de secrétaire académique. Ce fut une période d’intense activité pendant laquelle J. Devarrieux eut notamment de nombreux contacts avec les Unions départementales (UD) CFTC à cause de la guerre d’Algérie. Le 27 octobre 1960, Caen fut une des villes où, à l’appel de la CFTC, de la CGT, de la FEN et de l’UNEF, il y eut une manifestation en faveur de la paix en Algérie. Celle-ci fut maintenue malgré l’interdiction ; la police ne put empêcher la jonction des deux cortèges (étudiants, autres syndicats), ni le défilé de 4000 personnes.

Jean Devarrieux siégea ensuite aux côtés de Jean Bazin* dans la commission « organisation et propagande ». C’est lui qui, au congrès de Marseille en avril 1962, fit en séance plénière un rapport au nom de ladite commission ; celle-ci se préoccupait des sessions de formation, se chargeait des questions financières, demandait qu’on rendit la présentation de Syndicalisme universitaire plus attrayante, tout en y faisant place à la vie confédérale ; elle venait en outre d’organiser pour le 6 mai une journée d’études afin d’impulser la propagande dans les diverses académies. Au congrès suivant, en 1964, Jean Devarrieux, membre de la commission des résolutions, prit part activement au débat sur les « moyens d’action concernant l’action revendicative ». En mai 1962, il avait accepté de jouer le rôle de conseiller technique auprès du bureau national IPES-CPR, à la demande de Jacques Julliard*, secrétaire national du second degré. J. Devarrieux assuma cette tâche pendant plus de trois ans, en attendant qu’un permanent pût suivre ce bureau dont les membres se renouvelaient fréquemment. Or ce n’était pas une sinécure : il participa par exemple à Paris, le 19 février 1965, à une réunion de ce bureau.

Par ses interventions dans les comités nationaux, on voit que Jean Devarrieux se préoccupait de développer les sections départementales sur lesquelles il présenta un rapport le 8 décembre 1962, réclamant pour celles-ci un budget d’équipement. Dans les commissions administratives du second degré qui avaient lieu lors de chaque réunion du comité national, il se souciait de l’organisation du secrétariat national aussi bien que de problèmes catégoriels tels que la fonction de certifié en CES ou les retards dans le paiement des heures supplémentaires. Mais il ne perdait pas de vue les problèmes généraux, soulignant le 4 décembre 1960 que son académie suivrait un ordre de grève s’il y avait unité d’action ou tout au moins parallélisme dans l’action. Aussi pendant la commission administrative du 19 février 1965, il approuva la décision du secrétariat national qui avait déclenché un mouvement parallèle lors de la grève administrative que le SNES avait lancée seul le 4 février précédent ; cela correspondait en effet au vœu des adhérents très mécontents de voir que la commission ministérielle, dite commission Laurent, n’avait abouti qu’à quelques mesures partielles alors qu’elle devait trouver le moyen de mettre fin à la crise de recrutement. Jean Devarrieux intervenait également sur les questions de politique générale et fut l’un de ceux qui, au comité national du 12 novembre 1964, firent ajouter des précisions à la motion qui autorisait les responsables nationaux du SGEN à participer aux travaux du comité national d’« Horizon 80 », association créée l’été précédent en vue de mettre au point le programme de Gaston Defferre, alors candidat à l’élection présidentielle de 1965.

Dans une académie qui comptait initialement cinq départements, le travail du secrétaire académique était lourd. Certes au début de 1964, la Seine-Maritime et l’Eure avaient été détachées de l’académie de Caen afin de constituer l’académie de Rouen ; la tâche de Jean Devarrieux s’en trouva allégée. Mais c’est alors que se produisit, au congrès extraordinaire de novembre 1964, la déconfessionnalisation de la CFTC qui lui occasionna bien des difficultés. Il y eut un certain nombre de démissions ; il fallut multiplier les réunions, donner toutes les explications qui pouvaient dissiper les malentendus chez ceux qui, par une vue étroite des choses, confondaient la religion et le syndicalisme. Heureusement le congrès national SGEN qui se tint à Caen en avril 1966 donna à la section académique une forte impulsion, accrue par la mobilisation des adhérents ; il permit en outre à bon nombre de sympathisants de prendre conscience de leur choix implicite.

À ce congrès, Jean Devarrieux laissa la charge de secrétaire académique à Jean Michaud, professeur d’histoire au lycée d’Alençon (Orne), qui représenta dès lors Caen au comité national. Mais lui-même demeura au comité national jusqu’en 1970, en figurant sur la liste du secrétaire général car Paul Vignaux* appréciait son concours. Aussi les événements de Mai 68 posèrent à J. Devarrieux un problème aigu car il se trouvait, dit-il, « coincé entre une certaine sympathie pour la tendance gauchiste et sa fidélité à P. Vignaux ». Dans l’impossibilité de privilégier un « clan » sur l’autre, il prit peu à peu ses distances, tout en gardant son franc-parler. Au comité national du 11 novembre 1968, il critiqua avec d’autres participants le communiqué du 4 mai de la section du SGEN-Supérieur, vu que celui-ci refusa toute participation à la grève et formula des réserves sur le début de l’action étudiante. Devenu cette année-là assistant à la faculté, il milita dans la section SGEN de l’université de Caen ; il tenta dans les années 1968-1973 de concilier les diverses tendances au sein de cette section gauchisante car là comme dans le secondaire, les démissions de Mai 68 avaient été compensées par l’adhésion de jeunes collègues plus ou moins issus de l’École émancipée ; on sait que ce terme désignait à l’époque l’une des tendances de la FEN, laquelle se réclamait d’une revue qui, selon l’expression de Jacques Girault, « entend aider à transformer les expressions populaires refoulées en moyens de lutte révolutionnaire ». Mais son travail en faculté laissait à Jean Devarrieux moins de loisirs pour le Syndicat. Aussi le 24 novembre 1969, P. Vignaux lui écrivit son regret de ne pas l’avoir vu aux deux dernières journées du comité national où s’affrontèrent les candidats au poste de secrétaire général, Charles Piétri* et Jacques George*. P. Vignaux ajoutait : « Tu dois en savoir maintenant les conclusions et, dans mon souci de l’avenir du Syndicat, je serais heureux d’avoir ton sentiment de militant expérimenté ».

Jean Devarrieux ne figura pas sur la lettre de démission collective du SGEN, signée par Paul Vignaux avec dix-neuf membres de l’Enseignement supérieur et du CNRS, lettre publiée par Le Monde du 6 mars 1974. Il préféra « partir sur la pointe des pieds », c’est-à-dire cesser de cotiser tout en gardant des contacts avec les collègues qu’il avait côtoyés au SGEN. Quand il prit sa retraite, des problèmes oculaires lui interdirent de nouvelles activités ; aussi se consacra-t-il à sa famille. Il était chevalier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22601, notice DEVARRIEUX Jean, Alexandre par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 novembre 2008.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, Presses univers. de Lille, 1987 ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Le Cerf, 1993. — Syndicalisme universitaire (1956-1974). — — Lettres de J. Devarrieux à M. Singer, 20 février 1995, 1er mai 1995, 11 novembre 1998 ; entretien du 27 novembre 1998 (AP).

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