DESTREM Louis, Fernand

Par Jacques Girault

Né le 6 mars 1902 à Sentein (Ariège), mort le 19 novembre 1965 à Vernajoul (Ariège) ; professeur puis censeur ; résistant ; militant socialiste SFIO de l’Ariège.

Fils d’instituteurs, Louis Destrem, titulaire du baccalauréat (latin sciences) en 1920, réussit à plusieurs certificats de sciences à la Faculté des Sciences de Toulouse (mathématiques générales en 1925, physique générale en 1926, chimie générale en 1927 tout en étant surveillant d’internat à l’école primaire supérieure Berthelot à Toulouse en 1926-1927. Il effectua son service militaire en Rhénanie, le termina comme sous-lieutenant de réserve d’artillerie en 1927-1928.
Destrem devint répétiteur au lycée Charlemagne à Paris en 1929, puis au lycée d’Orléans en 1935 où il fit fonction de surveillant général, avant de revenir au lycée Charlemagne, l’année suivante. Il se maria en octobre 1936 à la mairie du IVe arrondissement de Paris.
Destrem fut mobilisé en septembre 1939. Avec son unité, il passa en Suisse avec son unité combattante pendant l’attaque allemande de juin 1940. Interné en Suisse, il s’évada en octobre 1940. Comme de nombreux enseignants parisiens, il fut replié comme professeur adjoint, délégué à l’enseignement de la physique et des mathématiques au lycée de Foix (Ariège) à partir de novembre 1940.
Destrem, contacté en août 1941 par le colonel Costedoat, s’affilia à l’Armée secrète et devint son adjoint, chargé du recrutement. En novembre 1942, les mouvements de résistance dans l’Ariège fusionnèrent. Quand son chef fut arrêté en juin 1943, il lui succéda. Son domicile fut perquisitionné par la police française qui ne trouva rien en novembre 1943. Il décida de prendre le maquis le 29 décembre 1943, juste avant que la Gestapo vienne pour l’arrêter. Il fut caché par des paysans jusqu’en mai 1944. Le proviseur du lycée certifia qu’il n’avait jamais « développé aucune activité politique » dans l’établissement. Son épouse, résistante, fut arrêtée dans sa maison de Vernajoul, le 12 janvier 1944. Au maquis, aux côtés de républicains espagnols, de mai à août 1944, il participa à des parachutages d’armes. Le 19 août, les forces de la Résistance, comprenant des Espagnols, libérèrent Foix. Il participa, du 19 au 22 août, à la bataille de Rimont et à la capture de 1 500 soldats allemands et miliciens français.
Destrem, le 22 août 1944, fit partie du Comité départemental de Libération qui apparut au grand jour. Membre de la délégation municipale, il était commissaire du gouvernement près de la cour martiale de Foix. Selon le recteur, en 1945, « homme à poigne », il jouissait « à Foix [d’] un prestige et [d’] une grande autorité. »
Destrem, privé de salaire depuis plusieurs mois, fut réintégré dans son établissement, nommé surveillant général et censeur à titre provisoire au début de 1945. Il voulait être nommé définitivement comme censeur à Foix, mais on lui proposa de le nommer en région toulousaine. Or il était adjoint au maire de Foix, délégué à la propagande des Anciens Combattants, ce qui rendait l’opération difficile. Il fut candidat aux élections législatives d’octobre 1945 sur la liste socialiste SFIO en 3e position.
Finalement, Destrem fut désigné comme surveillant général au lycée Fermat à Toulouse, puis, en 1948, titularisé comme censeur au Lycée Ingres à Montauban (Tarn-et-Gatonne).
En juin 1950, Destrem fut attaqué par des familles qui lui reprochaient de mener une propagande de type politique au grand jour. Le Syndicat national de l’enseignement secondaire approuva la pétition en évoquant la défense de la neutralité, condition de la laïcité. Par lettre au ministre, il reconnut avoir fait acheter un ouvrage La nuit n’est pas la nuit, sur la résistance et la déportation, et avoir fait signer l’appel de Stockholm. Il avait quitté le Parti socialiste SFIO et estimait que les enseignants socialistes SFIO, Ligou et Dossat, secrétaire de la section SNES du lycée, lui reprochaient de s’être éloigné de leur parti. Ce dernier écrivit même au ministère pour que le censeur ne soit pas titularisé. Aussi, le syndicat des censeurs entreprit-il de défendre leur collègue.
Une enquête fut ordonnée. L’inspecteur général remit son rapport le 1er août 1951. Selon lui, Destrem, secrétaire départemental du comité des combattants de la Paix et de la Liberté, considéré comme un crypto-communiste, était l’objet d’un règlement de comptes politiques d’autant que sa condamnation par la section SNES avait été votée lors d’une réunion ne comprenant que trois présents. Selon lui, le député du Tarn, Deixonne* avait donné son accord pour attaquer Destrem qui lui avait porté la contradiction lors d’une réunion publique à Montauban. L’inspecteur concluait à une imprudence de la part de Destrem qui ne méritait pas une sanction. Le 10 août, le directeur de l’enseignement secondaire annonçait qu’il allait signer son arrêté de titularisation comme censeur.
Destrem fut nommé censeur au lycée Berthelot à Toulouse en 1959 et y resta jusqu’à sa retraite en 1963.
Destrem se retira à Vernajoul par Foix.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22570, notice DESTREM Louis, Fernand par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F/17 28124. — Sources orales.

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