DESRUMEAUX Martha [DESRUMAUX Marthe, Chrysoline, dite]

Par Guillaume Bourgeois, Yves Le Maner, Claude Pennetier

Née le 18 octobre 1897 à Comines (Nord), morte le 30 novembre 1982 à Évenos (Var) ; ouvrière textile ; militante syndicaliste et communiste du Nord, secrétaire de la 1re URU (Nord), trésorière adjointe puis secrétaire de l’UD-CGT du Nord (1936-1939), secrétaire adjointe de l’UD (1945-1950), membre du comité central (1929-1937) et du bureau politique du PC ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1933-1936) et de la CE de la Fédération CGT du Textile (1937) ; résistante, déportée.

Martha Desrumeaux et Arthur Ramette au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne, janvier 1936
Martha Desrumeaux et Arthur Ramette au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne, janvier 1936

Martha Desrumeaux connut une enfance difficile. Fille de Florimond Calixte, un ouvrier gazier licencié devenu petit commerçant (laitier), d’idées radicales et de Marie Florine Vandelannoitte, née à Bruxelles, une ouvrière du textile puis cabaretière, catholique, elle était l’avant-dernière de onze enfants. À la mort de son père, alors qu’elle n’avait que neuf ans, la famille fut plongée dans la misère et la jeune Martha quitta l’école pour s’embaucher à la distillerie de Comines (Nord) au déchargement des betteraves afin d’assurer sa propre subsistance. Après avoir accompli divers travaux de manutention, elle fut placée comme bonne d’enfants au pair à Thumesnil, dans la banlieue lilloise. Au bout de quelques mois, elle revint à Comines et réussit à se faire accepter comme « varouleuse » (aide bobineuse charriant et apportant les bobines aux fileuses) à l’usine Cousin Frères bien qu’elle n’ait pas alors atteint l’âge minimum légal ; elle travailla ensuite à la cartonnerie de la Lys, toujours à Comines.

Elle se syndiqua immédiatement. âgée de quinze ans, elle adhéra, en compagnie de son plus jeune frère, aux Jeunesses socialistes et prit bientôt part à de nombreuses réunions organisées à Comines ainsi qu’à des manifestations à Lille. Dès le début de la guerre de 1914-1918, Martha Desrumeaux et sa famille furent évacuées vers Lyon où elle trouva un emploi chez un patron cominois qui avait transplanté son affaire dans la grande ville rhodanienne. L’exploitation des ouvriers y était particulièrement brutale car l’entreprise travaillait pour des commandes militaires. Ce fut dans ce contexte que Martha Desrumeaux dirigea sa première grève, en 1917, alors qu’elle ne savait pratiquement ni lire ni écrire, toujours secondée par son frère qui militait activement au sein du syndicat CGT du textile de Lyon. Enthousiasmée par la Révolution russe, elle organisa en 1918 des collectes de vivres pour le « comité d’aide aux affamés de la Volga » et participa l’année suivante à des réunions de partisans de la IIIe Internationale. Dès son retour dans le Nord où elle fut embauchée aux « Filatures et Filteries de France » à Comines, elle s’intégra à l’aile gauche du Parti SFIO et évolua progressivement vers le communisme. La légende veut qu’elle ait alors appris à lire dans une brochure relative à l’Union soviétique naissante.

Portée bien davantage sur l’action que sur la théorie, elle consacra l’essentiel de son activité militante au syndicalisme alors relativement léthargique dans les usines textiles à main-d’œuvre féminine. Elle fit ses premières armes d’organisatrice lors des grandes grèves de 1921 et entreprit, en compagnie de Zoé Simon d’implanter des syndicats unitaires à recrutement féminin dans la région d’Halluin-Roncq-Tourcoing. Membre du PC depuis janvier 1923 (son adhésion est parfois datée de 1921 et attribuée à l’influence d’Edgar Devernay), elle était entrée en 1922 au comité de l’Union locale des syndicats unitaires du textile de Comines et fut rapidement remarquée par la direction de l’Union régionale CGTU. Il est certain qu’à une époque où les femmes étaient rares parmi les cadres des syndicats ouvriers, Martha Desrumeaux s’imposait surtout par des qualités présumées masculines : courage physique lors des grèves, violence verbale, capacité de direction. Après avoir suivi les cours de l’école de rayon en 1924, elle fut élue au comité régional communiste du Nord en juin 1926.

Membre de la commission féminine nationale, elle fut désignée, en 1927, par « l’Union des Femmes contre la guerre impérialiste » pour faire partie de la délégation française envoyée en URSS à l’occasion du dixième anniversaire de la Révolution d’Octobre en compagnie d’une jeune militante, Jeannette Vermeersch. Bien que son passeport lui ait été refusé, elle effectua le voyage et, à son retour, elle entreprit une campagne de conférences dans tout le département du Nord. Licenciée, elle connut le chômage. En 1928, durant huit mois, elle fit du travail illégal en s’occupant des membres du PC poursuivis et vivant dans l’illégalité. Inscrite au Carnet B, on lui donnait alors le surnom de « Vierge Rouge » qu’une autre militante célèbre (Louise Michel) avait porté avant elle. En septembre-octobre 1928, alors qu’elle travaillait chez Tiberghien à Tourcoing, Martha Desrumeaux organisa et dirigea la grande grève des « dix sous » contre la baisse des salaires décrétée par le consortium du Textile. Ce mouvement qui eut des prolongements pendant près de sept mois s’acheva par un succès pour les grévistes. Martha Desrumeaux y avait fait preuve d’un grand sang-froid et d’une habileté tactique (elle se rendit à plusieurs reprises en Belgique afin d’enrayer l’envoi de « jaunes ») et était devenue le leader incontesté des syndicats unitaires du textile de la vallée de la Lys dont les effectifs s’étaient fortement accrus ; parmi les nouvelles responsables figurait Jeannette Vermeersch* avec qui elle restera longtemps très liée. Ce fut à cette époque qu’elle entra à la commission exécutive de l’Union régionale unitaire, avant d’être intégrée au secrétariat de l’URU quelques mois plus tard. Mais, sa renommée avait franchi les frontières régionales et, à l’occasion du congrès de Saint-Denis du PC en avril 1929, elle fut élue membre du comité central et membre de la commission féminine en compagnie de Jeanne Buland, avec comme tâche particulière le développement de la propagande communiste parmi les femmes.

Le 1er août 1929, elle fut arrêtée pour complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État, puis remise en liberté provisoire. En novembre 1929, consécutivement à son action lors des grèves d’Halluin, elle fut inculpée de « complot contre la sécurité intérieure de l’État » et condamnée par le tribunal correctionnel de Lille, le 15 février 1930, à huit jours de prison avec sursis auxquels vinrent s’ajouter quinze jours avec sursis et 25 frs d’amende pour « violences et voies de fait ». Devenue, en janvier 1931, secrétaire permanente de la 1re URU (Nord-Pas-de-Calais) aux côtés de Maurice Porreye et de Gilbert Declercq elle effectua en 1931 un second voyage en URSS pour suivre pendant seize mois les cours de l’École léniniste internationale sous le nom d’Eugénie Delmare.
Les débuts à l’ELI furent difficiles : Des heures assise à lire et à écrire. Au début, j’en avais mal au poignet, j’en aurais pleuré. », dira-t-elle cinquante ans plus tard. Elle apprit quelques rudiments de russe, étudia Marx, Lénine et déjà Staline. Fit un stage dans l’Armée rouge dans une usine textile de la périphérie de Moscou. Au Komintern, elle retrouva Louis Manguine qui deviendra son mari. Elle participa au Secrétariat latin et aux travaux du XIIe Plenum du CE de l’IC.

À l’issue de son séjour, un rapport l’évaluait ainsi : « Camarade intelligente. À l’école, elle a eu quelques difficultés à étudier par suite de son manque de préparation et aussi par le fait qu’elle fut souvent occupée par le travail social, délégations etc [elle fut donc souvent utilisée comme oratrice dans les entreprises russes]. Elle n’a pas tout assimilé. Elle a fait certains progrès politiques. L’école lui a fait découvrir et lui a révélé le mouvement ouvrier, son histoire et le fond de notre doctrine et tactique de lutte. Elle est enthousiaste et d’un dévouement illimité pour le parti. Cette camarade a défendu dans toutes les discussions, avec vigilance et fermeté la ligne du parti et de l’IC. » Un autre rapport précise les responsabilités qu’on peut lui confier : « Pas bonne pour l’organisation. Bonne pour le travail de masse dans les milieux du textile du Nord. Peut faire du travail dans l’illégalité. Pas de travail spécial. Confiance absolue. »

À son retour, elle entra au bureau politique du PC en août 1932, à titre de suppléante, en compagnie de Charles Tillon, Henri Martel* et René Arrachard* en application d’une idée d’ Eugen Fried (alias Clément) qui avait été ratifiée par le CE de l’IC et qui visait à renforcer les liens entre le PC et le CGTU. Dans la même optique, Martha Desrumeaux fut désignée comme membre de la commission exécutive de la CGTU lors du congrès de septembre 1933, fonction qu’elle conserva jusqu’en 1936, date de la réunification syndicale. Toujours en 1933, elle succéda à Raoul Delattre à la tête de l’Union locale unitaire de Lille où elle s’efforça de structurer les mouvements de chômeurs. L’année suivante, elle prit part à la marche des chômeurs du Nord sur Paris. Dans la période qui précéda le Front populaire, elle s’attacha à réaliser la réunification des syndicats du Nord qui s’avérait particulièrement difficile du fait du lourd contentieux qui existait dans le département entre unitaires et confédérés, ces derniers étant en position de force tant au niveau des effectifs qu’à celui des finances. Le congrès de fusion eut lieu à la Bourse du Travail de Lille le 16 février 1936. Martha Desrumeaux y fut élue trésorière adjointe de l’UD, Georges Dumoulin étant secrétaire général, Charles Bourneton, secrétaire, Eugène Guilloton, secrétaire adjoint et Henri Molard trésorier. Très active lors des grèves de juin 1936, elle fut la seule femme à participer aux accords de Matignon. En novembre 1936, elle signa avec Joseph Hentgès et Arthur Ramette la fameuse « Lettre au cardinal Liénart » qui proposait la politique de la main tendue aux catholiques du Nord.

Désignée comme secrétaire permanente de l’UD-CGT du Nord au début de 1937, elle se vit contrainte, à l’issue d’un ultimatum de Dumoulin, de démissionner de son poste de secrétaire fédérale du PC du Nord (qu’elle détenait depuis 1936) et du comité central du PC (dont elle était la seule femme) pour se conformer aux statuts de la CGT. Elle envoya sa lettre de démission le 24 juillet 1937. Par contre, lors du congrès d’unité du Textile, qui eut lieu à Paris du 18 au 20 juin 1937, elle avait été élue à la CE fédérale - voir Victor Vandeputte. Le 27 septembre 1938 à Aniche, Martha Desrumeaux épousa le militant communiste lillois Louis, Jean Manguine dont elle aura un fils. En 1936-1937, elle avait organisé le recrutement des combattants des Brigades internationales dans le Nord, particulièrement chez les mineurs polonais. L’unité syndicale se révéla rapidement fragile dans le Nord du fait des heurts multiples qui survinrent entre les communistes et les membres de la tendance « Syndicats » emmenés par Georges Dumoulin. À la fin de 1938, les militants du PC furent évincés de la direction de l’UD, Martha Desrumeaux perdant ainsi l’un des quatre postes de secrétaire qui lui avait été confiés. L’interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939 et son passage dans la clandestinité allaient faire de Martha Desrumeaux l’un des personnages pivots de l’organisation du PCF durant la période de la drôle de guerre. Toute désignée pour réorganiser les militants communistes du Nord, ce qu’elle fit avec l’aide de Joseph Hentgès, Martha Desrumeaux fut aussi le chaînon capital pour la réalisation de nombreuses entreprises rendues indispensables par le passage en Belgique d’une partie du noyau dirigeant national. Responsable avec Henri Collette du franchissement de la frontière, elle permit grâce à sa parfaite connaissance des environs de Comines et de Tourcoing et des habitudes des contrebandiers, de faire transiter en toute sécurité personnes physiques et matériel de propagande entre les deux pays. Arrêtée le 12 avril 1940 à Uccle (banlieue de Bruxelles), en compagnie d’Alia (épouse d’Arthur Ramette), dans des circonstances qu’elle raconta à Nicole Chatel (op. cit., p. 124), écrouée à la prison d’Ixelles, Martha Desrumeaux était toujours sous les verrous lorsque débuta l’offensive allemande.

Selon Alia Ramette, Bruxelles étant occupée, les deux femmes n’eurent pas beaucoup de mal à convaincre le directeur de la prison de hâter l’heure de leur sortie. Au vu de la minceur des charges retenues contre elles (fausses identités : celle de Martha Desrumeaux était Marie Maertens) le tribunal jugea avec clémence et condamna Martha Desrumeaux et Alia Ramette à 40 jours de réclusion, peine qui couvrait la durée de leur séjour en prison. Libérée, Martha Desrumeaux rentra pour Werwicq et participa à Lille à des tractations semblables à celles qui allaient se dérouler à Paris entre responsables communistes et autorités d’occupation (il s’agissait ici d’obtenir la reparution légale de l’organe régional l’Enchaîné). Parallèlement, Martha Desrumeaux réorganisa le parti en convoquant dès le 6 juin une réunion d’une dizaine de camarades chez Paul Merlen, à Lille. Quoi que Martha Desrumeaux ait pu en dire par la suite, et comme en atteste la collection des Enchaînés clandestins publiés par G. Sentis et l’Institut de recherches marxistes, l’orientation initiale des n° s publiés au début de l’occupation ne se singularisait pas du reste de la presse communiste par une dimension anti-allemande accentuée. À partir de septembre 1940 seulement, et après la réunion de Wez-Macquart où fut désigné le triangle de direction Desrumeaux-Hentgès-Pattiniez (voir Joseph Hentgès*, Émile Pattiniez), la lutte contre le statut spécifique de la zone interdite (le Nord-Pas-de-Calais était administrativement rattaché à Bruxelles), devint progressivement plus manifeste. Un rapport de police du 3 août 1940 signale que « La militante communiste Martha Desrumeaux, femme Manguine [...] vient de quitter cette ville [Lille] pour demeurer chez sa sœur à Comines [...] La susnommée serait chargée de réorganiser le service de transport des tracts et journaux communistes clandestins vers la France. » (Arch. Dép. Nord, 1 W 394). Au printemps 1941, elle organisa la reprise de contact avec les mineurs et contribua à la réalisation d’un cahiers de revendications qui contribua à la grève des 26 mai-9 juin dirigée par Auguste Lecœur. Leurs mauvais rapport datent peut-être de cette période : « J’ai vu Lecœur dans la clandestinité, je [l’]ai vu à Lille et y m’a demandé qu’est-ce que je faisais, qu’est-ce qu’il fallait faire ; j’lui ai pas dit, j’avais pas confiance » Philippe Manie, op. cit., Annexes, p. 38.

Aidée de Jules Domisse (qui sera fusillé) et de Germinal Martel, Martha Desrumeaux créa les premiers groupes d’OS (organisation spéciale) chargés des sabotages et plus tard de la lutte armée (ils deviendront ensuite les FTP). Dans son témoignage recueilli par Nicole Chatel, elle résume les principaux épisodes de son action résistante. Longtemps hostile à l’unité d’action avec les gaullistes, Martha Desrumeaux fut à l’origine de la constitution du Front national dans le Nord, par l’entremise de René Lemaire. Intensément recherchée, elle fut arrêtée le 27 août 1941, à l’issue d’une opération conjointe de la police française et de la Feldgendarmerie.

Lorsqu’il rédigea, le 12 mars 1943 une évaluation sur son activité, Maurice Thorez (sous le nom de Jean) ignorait son devenir depuis l’arrestation. Il la jugeait « assez faible politiquement, mais très dévouée, et au courant des questions du travail syndical. Grande autorité sur les masses. Très fidèle. Au début de la guerre, obligée de vivre dans l’illégalité, travailla à assurer les liaisons et le transport du matériel de Belgique (où se trouvait D. [Duclos]) et la France. Elle rencontre quelques difficultés dans ce travail auquel elle n’était pas préparée. Aussitôt l’invasion, elle rentra dans le Nord, et reprit sa place, la direction du travail du Parti. Fut arrêté en août 1941. Pas de nouvelles depuis. »

Internée au centre de la rue Négrier à Lille, puis à Loos-lez-Lille, où elle fut isolée, elle fut transférée à la prison de Bruxelles le 15 janvier 1942. Elle connut ensuite les geôles d’Aix-la-Chapelle, Cologne, Hanovre et Hambourg avant d’être déportée à Ravensbrück où elle arriva le 28 mars 1942 (matricule n° 9 948). Elle devait y rester trois ans dans des conditions de détention particulièrement sévères, survivant grâce à une résistance physique et morale sortant de l’ordinaire. Intégrée à l’administration interne, Martha Desrumeaux s’efforça d’organiser, avec toutes les contradictions que cela pouvait supposer, la vie, ou plutôt la survie des prisonnières du camp, en assurant le partage des vivres, des vêtements et des rares médicaments. Le 4 avril 1945, elle fut échangée avec 299 autres détenues de Ravensbrück contre 300 femmes SS détenues en France, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.
Les camions de rapatriées ont été immédiatement furent dirigés sur les deux cantonnements (paille fraîche, couverture de laine) établis dans les halles de gymnastique de Kreuzlingen. Martha fit partie de ces 300 femmes qui furent évacuées ; certaines d’entre elles décédèrent sur le chemin de retour. Martha Manguine (et non Desrumeaux dans la camp...) fut nommée responsable de son "camion blanc". Ces camions étaient escortés par les SS jusqu’à la frontière suisse et les déportées remises aux bons soins de la Croix Rouge Internationale. Le 14 avril 1945, ce furent 177 femmes déportées qui revinrent de ce camp de la mort dont Martha, gare de Lyon à Paris...

À son retour dans le Nord, elle jouissait d’un prestige personnel qui fut l’un des éléments déterminants de la croissance considérable des effectifs du PC dans la région textile Lille-Roubaix-Tourcoing dans la période de l’après-guerre. Nommée à l’Assemblée constitutive provisoire le 17 juillet 1945 dans la catégorie des prisonniers et déportés, au titre de la CGT, elle ne siégea pas à cause du typhus qu’elle avait contracté dans les camps. Martha Desrumeaux se donna à nouveau entièrement à son rôle de militante, en tant que secrétaire permanente, puis secrétaire adjointe de l’UD des syndicats du Nord. Mais, alors qu’elle occupait toujours ce dernier poste, elle fut éliminée en janvier-février 1950 en même temps que Marcel Tourbier, secrétaire de l’UD. S’agissait-il d’un épisode, survenant après bien d’autres, de la vaste opération de redressement intérieur qui tendait à durcir l’attitude de l’ensemble de la CGT à l’instigation du Kominform ? S’agissait-il d’une tentative de renouvellement des cadres ? Elle même s’expliquait difficilement cette mise à l’écart.

Assaillis de critiques en présence de Gaston Monmousseau, venu tout exprès de Paris, Martha Desrumeaux et Marcel Tourbier durent « confesser leurs fautes » et se démettre de leurs mandats. Ces événements intervenaient après un très net recul des effectifs de l’UD du Nord consécutif à l’échec des grèves du textile de novembre 1949. Le résultat du départ forcé de Martha Desrumeaux fut loin d’être celui qu’escomptait le Comité confédéral, tant restait vive la popularité de celle-ci. Paradoxalement, Louis Manguine remplaça Marcel Tourbier au secrétariat de l’UD, secondé par Leschaeve au secrétariat adjoint. Cependant, Manguine se retira à son tour après quelques mois de fonctions. Le couple s’installa enfin à Évenos, petit village du Var. Martha s’éteignit le 30 novembre 1982, le lendemain de la mort de Louis Manguine*.

Le 14 janvier 1948, Martha Desrumeaux avait été « citée à l’ordre de l’armée, lieutenant des Forces françaises de l’intérieur par le président du Conseil des ministres » (Le Monde Dimanche, 5 juillet 1981).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22548, notice DESRUMEAUX Martha [DESRUMAUX Marthe, Chrysoline, dite] par Guillaume Bourgeois, Yves Le Maner, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 31 octobre 2019.

Par Guillaume Bourgeois, Yves Le Maner, Claude Pennetier

Martha Desrumeaux et Arthur Ramette au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne, janvier 1936
Martha Desrumeaux et Arthur Ramette au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne, janvier 1936
A la sortie des camps, le 9 avril 1945 à Kreuzlingen (Suisse).
Communiqué par Jean-Pierre Ravery.

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 154/191, M 154/195b et M 595/35 ; 1 W 394, 1 W 1326. — Arch. Jean Maitron. — RGASPI, Moscou, 495 270 1913 (autobiographie rédigée à Moscou le 13 août 1932, autre autobiographie sans date rédigée à l’ELI, évaluations dont celle de Maurice Thorez en 1943), consulté par Claude Pennetier. — La Voix du Peuple, mars 1936. — Le Monde, 2 février 1950, 2 décembre 1982. — Nicole Chatel, Des Femmes dans la Résistance, Julliard, 1972. — Ch. Lefebvre-Houte et E. Leveugle, mémoire de maîtrise, Lille III, 1972, op. cit. — Ph. Manie, Martha Desrumeaux, femme, ouvrière, syndicaliste, communiste du Nord, mémoire de maîtrise, Lille III, 1979. — G. Bourgeois, Communisme et anticommunisme pendant la drôle de guerre, thèse de IIIe cycle, Nanterre, 1983. — A. Defromont-Leschevin, « Le mouvement FTPF dans le Valenciennois », in Revue du Nord, n° 203, p. 743-756. — J.-P. Hirsch, « La seule voie possible » : « Remarques sur les communistes du Nord et du Pas-de-Calais de la Libération aux grèves de novembre 1947 », in Revue du Nord, n° 227, octobre-décembre 1975, p. 563-578. — Jean-Marie Fossier, Zone interdite, Éditions sociales, 1977. — G. Sentis, Comités d’histoire de la Résistance du Nord et du Pas-de-Calais, l’Enchaîné : organe régional du PCF, Denain Méricourt, 1982. — Ch. Tillon, On chantait rouge, op. cit. — Entretien de G. Bourgeois avec Alia Ramette à Lille, janvier 1983. — État civil de Comines, 24 juin 1983.

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