DERRIEN Louisette [DERRIEN Anne, Marie, Louise, Marguerite épouse LE DRIAN]

Par François Prigent

Née le 21 mai 1920 à Quimperlé (Finistère), morte 2 mai 2003 à Lorient (Morbihan) ; couturière puis femme au foyer ; responsable JOCF, permanente régionale (Finistère) puis nationale (1943-1946) ; militante du MPF, membre du bureau national du MLP (1952) ; dirigeante de l’ACO ; observatrice au Concile Vatican II ; responsable de l’APF, de la CSF, des Aides ménagères et Aides familiales ; adhérente du PS à partir de 1976.

Son père, François Derrien, ancien combattant ayant fait la bataille des Dardannelles, était sous-officier (quartier-maître infirmier) dans la Marine nationale avant de devenir l’homme à tout faire des sœurs de Notre-Dame de Kerbertrand à Quimperlé. Sa mère, Marie Louise Loïs, femme au foyer morte en 1932 (son père, qui avait cinq enfants à élever, se remaria ensuite), était issue d’une famille dont l’aïeul Loïs avait été député girondin de Quimperlé, exécuté à Brest sous la Montagne. Scolarisée dans les écoles privées, Louisette Derrien travailla dès l’âge de douze ans comme couturière aux établissements Corbière avant de devenir vendeuse en confection. En 1936, elle s’engagea à la JOC à Quimperlé, puis devint responsable fédérale en 1939. Elle accepta d’être permanente régionale de la JOCF en 1943 et de résider à Paris (janvier 1944-février 1946) où elle fit la rencontre de Jean Le Drian, lui-même permanent jociste. Elle ne semblait pas avoir de secteur d’action spécifique au sein de la JOCF. Elle avait participé pendant les hostilités à des réseaux d’aide matérielle aux populations victimes de la guerre dans le Morbihan.
Mariée le 20 avril 1946 à Quimperlé avec Jean Le Drian, elle s’installa en avril à Lorient en pleine reconstruction, au « temps des baraques », avant de rejoindre Lanester, banlieue ouvrière de Lorient, en 1948. Son parcours militant allait être en interaction de manière continue avec celui de son mari. Adhérente au MPF, transformé ensuite en MLP, elle fut membre du bureau national du MLP en 1952, chargée de la branche École et famille de l’Association d’aides familiales populaires. Localement, elle participa aussi aux mobilisations de l’UFF, comme en 1948 où un millier de mères de famille manifesta à Lorient. À partir des années 50, elle se détacha progressivement des réseaux démocrates chrétiens, abandonnant par exemple le vote MRP pour préférer les candidats communistes, qui lui semblaient représenter au mieux les intérêts de la classe ouvrière.
Louisette Le Drian eut des responsabilités importantes à l’Action catholique ouvrière (ACO). Membre du secrétariat national jusque dans les années 1960, elle secondait Félix Lacambre*. Elle lança notamment en Bretagne la version maritime de l’ACO avec l’aide des anciennes équipes de la Jeunesse maritime chrétienne (JMC). Ce fut à ce titre qu’elle fut invitée à trois reprises par l’épiscopat comme observatrice du concile Vatican II (1962-1963) qui annonça notamment l’affranchissement des catholiques (y compris dans le vote), phénomène décisif pour comprendre le processus d’évolution de la Bretagne vers la gauche entre 1968 et 1981.
Elle fut aussi localement, une des piliers du militantisme familial. Investie au sein de l’APF, elle prenait en charge les problèmes matériels de la vie quotidienne dans son quartier, grâce à une répartition des tâches militantes entre elle et son mari. Ainsi, elle contribua à l’équipement matériel populaire, fondant des coopératives d’achat à destination des femmes (machines à laver, tricoteuses, cocotes-minutes...). Très présente dans le milieu chrétien social, elle fréquentait par l’intermédiaire de l’ACO, les réseaux syndicaux de la CFTC, tel le secrétaire général de l’Union départementale Léon Moru*, et une génération militante issue de la Résistance qui glissa à gauche jusqu’au PS dans les années 70, souvent par le biais du PSU. En dépit d’une implantation embryonnaire (moins de cent militants), le rayonnement fut important et décisif dans les itinéraires de chrétiens se détachant de la droite.
Après ses responsabilités à la JOC, au MLP et à l’ACO, Louisette Derrien se consacra pleinement au réseau CSF dans les années 50-60, jouant un rôle de premier plan dans les Aides familiales (présidente) et les Aides ménagères. Dans le Morbihan, il existait un puissant réseau féminin dans la CSF, avec une forte homogamie des engagements de couple, menée par Louisette Le Drian qui côtoyait des militants comme Cojean, Landousier, Le Breton, Javoise, Le Pit, Le Garrec, Roualo, Le Goff, Kernagouarec.
Louisette Le Drian transmit enfin à ses enfants un capital militant conservant le sens des origines sociales familiales. Futur député, son fils Jean-Yves* fit ses premières armes à la JOC et à la JEC tandis que sa fille Thérèse Thiery fut une responsable départementale de la JOC (secteur « petite enfance »), avant de devenir fin 2004 conseillère générale et maire divers gauche de Lanester. D’un tempérament vif, Louisette Le Drian, toujours responsable des Aides ménagères dans les années 1980, n’hésitait pas à être très revendicative, publiquement, à l’encontre de son fils, devenu président de la Communauté urbaine de Lorient. Aux élections législatives de 1978, elle appuya au même titre que son mari, adjoint PS à Lanester et trésorier national de la CSF, la candidature de Jean-Yves Le Drian, par le biais de son réseau relationnel.
Toujours pratiquante jusqu’à son décès (elle fit avec Jean et son fils Jean-Yves un voyage en Terre sainte dans les années 1990), elle eut un parcours militant qui fut guidé par son identité ouvrière, véritable fil conducteur de ses engagements à bases multiples.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22382, notice DERRIEN Louisette [DERRIEN Anne, Marie, Louise, Marguerite épouse LE DRIAN] par François Prigent, version mise en ligne le 16 septembre 2014, dernière modification le 16 septembre 2014.

Par François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, milieux syndicaux ADM 85 J. - Fichiers Éric Belouet sur les permanents de la JOC. - Jean-Yves Le Drian, Les jeunes travailleurs dans la région lorientaise entre 1925 et 1939, mémoire de maîtrise (sous la direction de Michel Denis), Rennes 2, 1969. - Entretiens avec Jean-Yves Le Drian, Thérèse Thiery, Maria Le Drian-Keraliguen, Joseph Niol, Joseph Le Bouquin, Jean Maurice et Onesim Le Bruchec. - François Prigent, « Un réseau d’un autre genre. Les femmes socialistes dans le Morbihan (1907-2007) », Atala, mars 2008. — État civil.

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