DERNELLE Robert, Sylvain

Par Gérard Boëldieu

Né le 28 août 1921 à Saint-Mars d’Outillé (Sarthe), mort le 10 janvier 1973 à Maisons-Laffitte (Yvelines) ; instituteur ; militant syndicaliste de la Sarthe, dirigeant national du SNI et de la FEN.

À Saint-Mars-d’Outillé, commune « farouchement républicaine » (Paul Bois), plusieurs instituteurs publics virent le jour, dont Robert Dernelle, issu d’une modeste famille de bordagers. Son père, Van Deer Nell, ancien soldat belge de la Grande Guerre replié dans cette commune, y resta après son mariage avec une fille de petits cultivateurs, née Savonneau. Par insouciance, il négligea de se faire naturaliser français. Le couple eut deux garçons.
Encouragé par son instituteur communal puis par le directeur du cours complémentaire d’Écommoy, Robert Dernelle poursuivit des études jusqu’à l’entrée à l’École normale d’instituteurs du Mans (promotion 1938-1941). Parce que son père n’était pas Français, il fut révoqué au printemps de 1941 de cet établissement. Il put néanmoins passer avec succès les épreuves du brevet supérieur et, après intervention du directeur de l’école auprès de Jacques Chevalier, être réintégré. À la rentrée scolaire de 1941, il débuta sa carrière d’instituteur au Mans, à l’école Dulac, poste qu’il occupa jusqu’en mars 1943.
À cette date, pour échapper au STO, Robert Dernelle réussit, sous un faux nom et avec de faux papiers fournis par un ami instituteur-secrétaire de mairie, à obtenir un emploi au bureau centralisateur de la Mutuelle générale de France à Châteauroux (Indre). Il participa à des actions de maquisards (réceptions de parachutages). Engagé dans le 17e bataillon de chasseurs à pied après mai 1944, il combattit dans la poche de Saint-Nazaire, ce qui lui valut la Croix de Guerre. Démobilisé en octobre 1945, il reprit ses fonctions d’instituteur au Mans (école Mauboussin à Pontlieue) le 1er janvier 1946. Du Mans, il passa à Noyen-sur-Sarthe en octobre 1946, puis revint au Mans un an plus tard, où il enseigna dans diverses écoles jusqu’à la rentrée de 1949 avant d’être fixé à l’école Mauboussin, jusqu’à devenir « maître permanent d’application » officiellement en octobre 1959. Le 30 août 1949, il épousa une institutrice de cette école née en 1913, ancienne normalienne du Mans (promotion 1929-1932), veuve d’un instituteur itinérant d’éducation physique et mère de deux filles : Geneviève Aubey née Marseul. Le couple n’eut pas d’enfant.
Militant syndical au Syndicat national des instituteurs au sein du courant autonome, Robert Dernelle occupa le poste de secrétaire général de la section de la Sarthe d’octobre 1950 à janvier 1962. Ardent défenseur de l’école laïque, il obtint en 1951-1952 le rattachement du secrétariat à la défense laïque au secrétariat général. Il mena localement les batailles contre la loi Marie-Barangé puis contre la loi Debré. Méfiant envers les formations politiques et syndicales se réclamant du christianisme (MRP, MLP, CFTC), il se montra aussi hostile à une collaboration étroite avec la CGT. Pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie, au nom de l’application stricte des résolutions des congrès du SNI, il résista aux pressions de la minorité cégétiste de sa section qui prônait l’unité d’action avec le PCF et le Mouvement de la paix. Bien qu’ayant des convictions de gauche, mais n’appartenant à aucun parti, il se disait volontiers « apolitique ». Il fut élu à la commission administrative paritaire départementale d’avril 1952 jusqu’à la fin des années 1960 et au conseil départemental de l’enseignement primaire, de mars 1958 jusqu’au milieu des années 1960.
Entré au bureau national du SNI sur la liste autonome en décembre 1959, Robert Dernelle devint secrétaire de la commission nationale des Jeunes. Après sa mise à la disposition du SNI en 1961, il fut porté en janvier 1968 au secrétariat permanent, chargé de la trésorerie, de la vie interne et des affaires corporatives. Il fut secrétaire des commissions corporative et des finances. À la fin des années 1960, dans les discussions internes au SNI, Dernelle se montra défavorable au projet d’école fondamentale défendu par Guy Georges* qui devint la conception du SNI. Il préconisait la création d’un syndicat regroupant les instituteurs devenus professeurs d’enseignement général des collèges pour mieux combattre la naissance du Syndicat national des collèges. Cette position était aussi celle de James Marangé*. Par ailleurs, il écrivait beaucoup à propos de l’activité syndicale internationale qui n’était pourtant pas directement de son ressort.
Robert Dernelle siégeait à la commission administrative nationale de la FEN comme suppléant au titre des sections départementales (liste autonome) en novembre 1955, puis comme titulaire à partir de novembre 1960 au titre du SNI. En novembre 1967, il entra au bureau fédéral. Il en resta membre jusqu’à sa mort.
Il était aussi membre de la commission administrative de la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN). Par ailleurs, depuis la création, en mars 1964, de l’association nationale pour le ramassage et le transport des élèves de l’enseignement public, Dernelle en était le trésorier.
Membre du Conseil supérieur de la Fonction publique,Robert Dernelle participa aux négociations de Grenelle en 1968. En 1971, il entra au Conseil économique et social.
Après un hommage national au siège parisien du SNI le 13 janvier 1973, ses obsèques civiles eurent lieu le 15 à Saint-Mars-d’Outillé, où il avait gardé des attaches et possédait une petite maison, en présence de nombreuses délégations nationales et sarthoises tant des syndicats de la FEN que de la MGEN, d’associations laïques et de partis politiques de gauche.
Depuis la fin de 1975, la Maison de l’Enseignement de la Sarthe, au Mans, à la conception de laquelle il participa s’appelle « Centre Robert Dernelle ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22363, notice DERNELLE Robert, Sylvain par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 novembre 2018.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : Arch. PPo, RG 722590. — Arch. Com. Saint-Mars-d’Outillé. — Presse syndicale nationale : L’Ecole libératrice, L’Enseignement public. — Bulletin (de la Sarthe) de l’enseignement primaire, 1941-1962. — L’Instituteur syndicaliste. Organe de la section de la Sarthe du SNI. — Notice nécrologique (non signée) parue dans Ouest-France, 13 janvier 1973. — Compte rendu des obsèques, Ouest-France et Le Maine libre, 16 janvier 1973. — Gaston Chevereau, Une enfance à la campagne. L’Hommedaire, Le Mans, éditions Cénomane, 1987, p. 35. « Les tendances et l’activité syndicale internationale », Dossier n° 4 de l’Institut de la FSU, avril 2001. — Notes de J. Battut, de G. Putfin et de J. Girault. — Conversations avec Christian Rouby. — Entretien avec Claude Chouin le 26 novembre 2007.

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