DEPARDON Félix, Jean-Baptiste, Joachim

Par André Balent

Né le 19 mai 1899 à Belvianes (Aude), mort le 16 avril 1968 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; professeur de sciences naturelles à l’école primaire supérieure de Perpignan, puis au lycée de garçons François-Arago de cette ville ; militant du Parti socialiste SFIO ; maire de Perpignan (1949-1959).

Fils de Gaston Depardon et d’Hermine Salette, Félix Depardon épousa en septembre 1922 à Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrénées-Orientales) Marguerite Jammet. Après la mort de cette dernière, il épousa, en secondes noces, en juillet 1938 à Marcorignan (Aude) Jeanne Ancely.
Il fréquenta l’école primaire supérieure puis l’École normale de Carcassonne (Aude). Mobilisé à la fin de la Grande Guerre, Félix Depardon fut nommé à l’école primaire supérieure de garçons de Perpignan où il fut chargé d’un enseignement des sciences naturelles. Après la suppression des EPS il fut intégré (1944 ou 1945) dans le cadre de l’enseignement secondaire et devint professeur de sciences naturelles au lycée François-Arago de Perpignan. Félix Depardon* hérita des vignes que ses parents possédaient dans l’Aude : il les conserva et mena de pair ses activités professionnelles dans l’enseignement et celles de propriétaire-viticulteur.
Avant la Seconde Guerre mondiale, Félix Depardon militait au Parti socialiste SFIO. Il adhérait également au syndicat (CGT) des professeurs d’EPS. En 1933 il siégea, en qualité de titulaire, au Comité général de la Bourse du Travail de Perpignan.
Ce fut après la Seconde Guerre mondiale que commença vraiment la « carrière » politique de Félix Depardon*. Aux élections municipales d’octobre 1947, il figura sur la liste socialiste SFIO de Perpignan que conduisait le maire sortant, Félix Mercader*. À l’issue de ce scrutin furent élus : 12 communistes, 7 socialistes SFIO, 8 membres de la liste (radicale) du rassemblement des gauches, 10 RPF Félix Depardon* ne figurait pas parmi les élus. Toutefois il devint conseiller municipal après la mort du maire SFIO, Félix Mercader (11 mars 1949), du fait de l’application des règles du scrutin proportionnel. Le 9 avril 1949 il fut élu maire de Perpignan, à l’issue du troisième tour de scrutin. Mais il refusa le siège de maire, car tous les conseillers municipaux socialistes ne votèrent pas pour lui et préférèrent Paul Jeanson lui aussi candidat. Finalement un nouveau scrutin eut lieu le 15 avril 1949 et Félix Depardon* fut élu maire.
Aux élections municipales du 26 avril 1953 il conduisit une liste socialiste SFIO qui eut neuf élus (pour sa part Félix Depardon* recueillit 7 375 suffrages). Furent élus par ailleurs 11 communistes - voir André Tourné*, Fernand Cortale*, Ferdinand Baylard* -, 13 radicaux-socialistes et 4 indépendants. À la suite de ces élections Félix Depardon* fut réélu maire de Perpignan par une majorité de conseillers municipaux groupant les élus socialistes et radicaux.
À la tête de la municipalité perpignanaise, Félix Depardon s’efforça de poursuivre l’œuvre entreprise par ses prédécesseurs socialistes SFIO, Jean Payra* et Félix Mercader* et interrompue par les années de guerre et d’occupation. Il le fit dans un contexte départemental de stagnation démographique et économique. Ses priorités furent l’habitat social et la voirie, l’extension des secteurs d’urbanisation dégagés, au sud et à l’ouest de la ville par la démolition des remparts poursuivie après la Première Guerre mondiale, réalisations de première importance à Perpignan car il fallait souvent travailler dans l’urgence. Une des mutations les plus importantes, fut, en 1954-1955, la suppression du réseau de tramways et son remplacement par des lignes d’autobus et de trolleybus.
Sa bonhomie conforta sa popularité mais n’empêcha pas ses adversaires (ou ses rivaux, dans la SFIO, Léon-Jean Grégory* ou Paul Alduy*) de formuler de graves reproches à sa gestion. Ceux d’« immobilisme » — peu de réalisations marquantes par rapport à celles de ses prédécesseurs — et de « favoritisme » et de « clientélisme » — son réseau d’influence s’appuyant davantage sur les employés municipaux que sur les militants du parti — étaient les plus fréquemment évoqués. Attaqué par les élus communistes pendant ses mandats, il s’allia à eux pour faire face, en 1959, à des rivaux issus de son parti.
En avril 1958, lors du renouvellement partiel des conseils généraux, Félix Depardon fut candidat de la SFIO dans le canton de Perpignan-est et fut battu.
Il fut à nouveau candidat à Perpignan aux élections municipales des 9 et 17 mars 1959. Au premier tour il se présenta sur la liste de la SFIO. Mais le résultat inattendu réalisé par le socialiste « dissident » allié avec les gaullistes, Paul Alduy*, modifia les données de la stratégie à adopter au second tour. Alors que la SFIO maintint contre Paul Alduy une liste - conduite par le maire et conseiller général de Thuir, Léon-Jean Grégory -, Félix Depardon adopta une autre attitude. Il accepta de prendre la tête d’une liste d’union de la gauche issue de la fusion de la liste communiste (grâce, en particulier, à l’entregent du secrétaire fédéral, Raoul Vignettes*) et de la liste présentée au premier tour par une coalition groupant l’UGS le PSA, la Ligue des droits de l’Homme, rassemblant des adversaires déterminés à la poursuite des hostilités en Algérie. Cette nouvelle liste ne fut soutenue, à titre individuel, que par quelques adhérents de la SFIO. Pour avoir décidé de conduire cette liste d’Union de la gauche, en dépit de ce qu’avait par ailleurs décidé son parti, Félix Depardon fut exclu de la SFIO entre les 9 et 13 mars 1959 (réunion des instances départementales présidée par le secrétaire fédéral Fernand Berta). Au second tour, Félix Depardon obtint 11 566 voix contre 15 031 à Paul Alduy, son principal adversaire, qui fut élu maire de Perpignan et a été successivement réélu à l’issue des scrutins de 1965, 1971, 1977, 1983 et 1989.
À la suite de cet échec, Félix Depardon abandonna toute participation à la vie politique. Il mourut à Perpignan le 16 avril 1968 et fut inhumé à Belvianes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22312, notice DEPARDON Félix, Jean-Baptiste, Joachim par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 décembre 2018.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Com. Perpignan, état civil, registre des délibérations (1949). — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, thèse de droit dactylographiée (3 volumes), Montpellier, 1971. — L’Action syndicale (mensuel des syndicats confédérés de Perpignan), février 1933. — Le Républicain (quotidien, Perpignan), 9 octobre 1947, 21 octobre 1947. — L’Indépendant (quotidien, Perpignan), 22 avril 1953, 26 avril 1953, 8 mai 1953, 13 mars 1959, 17 mars 1959. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose..., t. 1. Le temps de la Quatrième (1944-1958), Privat, Toulouse, 1984. - Anne Besnier-Desportes, Vivre et habiter à Perpignan de 1947 à 1954 à travers Le Travailleur catalan, mémoire de maîtrise (dir. Jean-Marcel Goger), Université de Perpignan, 2005. — Renseignements communiqués par André Parent, archiviste municipal de Perpignan (8 avril 1983) et par Jules Lagarde, employé aux Arch. Dép. Pyrénées-Orientales (8 avril 1983). — Conversations avec Raoul Vignettes, ancien secrétaire fédéral du PCF (2000 et 2001).

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