DENVERS Albert, Jérémie

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

Né le 21 février 1905 à Oost-Cappel (Nord), mort le 31 décembre 2006 à Dunkerque ; instituteur ; syndicaliste, militant et élu socialiste du Nord ; conseiller général (1937-1985), maire de Gravelines (1947-1965, 1977-1989), conseiller de la République (1946-1948) puis sénateur (1948-1956), député du Nord (1956-1986, 1988-1993), président du conseil général du Nord (1973-1985) et de la Communauté urbaine de Dunkerque (1969-1995) ; président de l’Union des fédérations d’organismes d’HLM (1956-1985).

Albert Denvers
Albert Denvers
Arch. OURS

Fils d’un employé des douanes, aîné d’une famille de six enfants, Albert Denvers après avoir obtenu son brevet supérieur à l’École normale d’instituteurs d’Arras (Pas-de-Calais) en juillet 1924, occupa plusieurs postes dans des villages de la campagne flamande et termina sa carrière comme directeur d’école publique. Militant du Parti socialiste SFIO à partir de 1925 et du syndicat confédéré des instituteurs, conseiller de sa section syndicale de 1930 à 1939, il tenta, au début des années 1930, de fonder des syndicats d’ouvriers agricoles en Flandre maritime. Allant de ferme en ferme, il se heurta fréquemment à l’hostilité parfois violente des agriculteurs, encore sous l’emprise d’un cléricalisme résolument conservateur.

En juin 1936, porté par la marée du Front populaire, Denvers créa l’Union locale CGT de Gravelines-Bourbourg (seize syndicats affiliés) dont il fut le secrétaire jusqu’en 1938. Il organisa notamment une importante grève des marins pêcheurs du littoral flamand de Bray-Dunes à Gravelines. Son élection au conseil général dans le canton de Gravelines (Nord) en 1937 marqua le point de départ d’une brillante carrière politique dont l’éclosion se produisit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

À la Libération, il retrouva le poste de secrétaire de la section socialiste de Gravelines qu’il occupait depuis 1928 et fut élu maire de Gravelines de 1947 (où il succédait à son camarade Girot) à 1965, puis de 1977 à 1989. En 1965 et 1971, il essaya en vain d’emporter la mairie de Dunkerque. À cette date, il était président de la communauté urbaine de Dunkerque et le demeurait encore en 1988, date à laquelle il présidait aussi le Comité de Bassin Artois-Picardie.

Albert Denvers avait été réélu conseiller général en 1945 et fut par la suite reconduit dans cette fonction à chaque renouvellement. Il présida à partir de 1956 et jusqu’en 1973 au moins, l’Union des fédérations d’organismes d’HLM au plan national. Il qualifiait la question du logement de « problème de salut public » et milita pour le logement social.

Candidat malheureux dans la 1re circonscription du Nord aux législatives de 1945 (en deuxième position sur la liste socialiste), juin et novembre 1946 (deuxième sur la liste socialiste derrière Marcel Darou), il fut élu conseiller de la République puis sénateur du Nord de 1946 à 1956 (élu le 8 décembre 1946, réélu le 7 novembre 1948 et le 18 mai 1952). Il siégea à la commission des moyens de transport et à la commission de la marine et des pêches de la Haute Assemblée. En 1952, il fut élu vice-président de cette dernière et entra à la commission de la reconstruction et des dommages de guerre, toutes commissions ayant de l’influence sur la situation particulière de la Flandre dont il était un élu. L’année suivante, il appartint à la commission de coordination chargée de suivre l’élaboration et la mise en œuvre du IIe plan et à la commission supérieure du crédit maritime mutuel. Il intervint à plusieurs reprises pour demander au gouvernement d’apporter de l’aide aux victimes de catastrophes et pour l’aménagement du Nord, concentrant son activité dans deux champs d’intervention principaux, les questions maritimes et le logement.

La SFIO obtenant deux sièges aux législatives de janvier 1956 dans la 1re circonscription du Nord, Albert Denvers fut député dans la dernière législature de la IVe République. Dans la commission spécialisée de l’Assemblée, il poursuivit son action en faveur de la marine marchande et de la pêche et surtout celle en faveur du logement social en devenant président de la commission de l’Assemblée le 10 février 1956. Il fut ainsi le rapporteur de la loi-cadre sur la construction en 1956 qui prévoyait un plan quinquennal de modernisation de l’industrie du bâtiment et la construction ou la rénovation de 300 000 logements par an. Au sein de la SFIO, il fut responsable de la commission reconstruction de la Commission nationale d’études en 1958 et 1959. Le 1er juin 1958, il vota l’investiture au gouvernement du général de Gaulle.

Aux législatives de novembre 1958, Albert Denvers, dans la 11e circonscription du Nord, fut l’un des rares socialistes à sauver son siège de parlementaire. En 1960, il fut désigné comme vice-président de la commission des Finances. Il était par ailleurs vice-président du groupe parlementaire socialiste en 1960-1961. En juin 1966, il présida le congrès national des HLM. Régulièrement réélu député jusqu’en 1986, il fut par ailleurs président du conseil général du Nord où il succéda à Victor Provo en 1973 et fonda et présida la communauté urbaine de Dunkerque. Il ne se représenta pas aux élections législatives de 1986 qui se déroulaient au scrutin proportionnel, mais retrouva son siège de député en 1988 dans la 12e circonscription du Nord.

Albert Denvers présenta le rapport sur la construction sociale aux journées d’études sur les questions municipales et le logement, tenues à Puteaux les 26 et 27 octobre 1960. Il présida l’Union des fédérations d’HLM dans les années 1970, dénonçant la politique de stagnation des gouvernements gaullistes.

En novembre 1992, après avoir prononcé sa dernière intervention parlementaire sur le combat de toute sa vie, « le droit au logement pour tous », et lancé un ultime cri d’alarme à cette occasion, Albert Denvers intronisa Michel Delebarre comme son successeur politique dans la région de Dunkerque lors d’un grand banquet rassemblant 500 militants.

Albert Denvers, militant actif durant soixante-sept ans et parlementaire durant plus de cinquante années, peut être considéré comme le porte-drapeau de la tradition socialiste en Flandre maritime. Il appartenait par ailleurs à la Ligue des droits de l’Homme, à la Ligue de l’enseignement, à la FSGT et présida la Coopérative d’habitation à bon marché « Notre cottage » et la colonie « Léo Lagrange » à Gravelines.

Un hommage lui fut rendu par François Hollande, pour ses cent ans, à Gravelines, devant 1 500 personnes. Le « doyen du PS » mourut à l’âge de cent un ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22298, notice DENVERS Albert, Jérémie par Yves Le Maner, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2010.

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

Albert Denvers
Albert Denvers
Arch. OURS
Sénat
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 595/35. — Arch. Nat., F/1a/3382 ; F/1cII/112/B, 205, 249, 270, 278, 305, 313, 451, 703 ; F/1cIV/154. — Arch. OURS, dossiers Nord. — Arch. FJJ/6EF73/2. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 107, 114. — Rapports de congrès fédéraux du Nord, 1945-1967. — FNESER, Annuaire des conseillers généraux socialistes (1979). — Encyclopédie périodique, Communes et maires de France, Société générale de presse, 1987. — Dictionnaire des parlementaires, 1945-1958, t. 3, op. cit. — M. Tibier, mémoire de maîtrise, Lille III, 1975, op. cit.

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