DENOIZE Ernest, Gustave, Arthur

Par Gérard Leidet

Né le 2 mai 1905 à La Brillanne (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), mort le 20 février 1976 à La Brillanne ; instituteur ; secrétaire départemental du Syndicat national des instituteurs des Bouches-du-Rhône (1953-1955), membre du bureau national du SNI (1958-1960).

Ernest Denoize
Ernest Denoize
La photo date des années 60/70. Elle a été prise à Kiev à l’occasion d’un voyage organisé par la section communiste de La Brillanne (Ernest Denoize est fléché).

La jeunesse d’Ernest Denoize se déroula dans une atmosphère laïque et très anticléricale. Son père - épicier et colporteur de livres dans les environs - qui avait fréquenté les bancs de l’école communale avec le futur curé du village, prenait beaucoup de plaisir à provoquer les autorités religieuses locales. Il déployait un drapeau rouge à sa fenêtre ou jetait des figues lors du passage des processions.

Après le brevet élémentaire, Denoize entra à l’École normale d’instituteurs de Digne et épousa, en décembre 1927 à Beaucaire (Gard), Yvonne Meissonnier, institutrice dans cette ville. Il enseigna ensuite avec son épouse dans les Bouches-du-Rhône, à Peyrolles et à Noves, avant de finir sa carrière comme directeur à Châteaurenard. Dans ces deux dernières communes, terres de rugby, il s’adonna à ce sport et devint un bon joueur à quinze dans les rangs du Stade marseillais université club. Vers la même époque, il s’intéressa aux questions sociales et les années du Front Populaire le marquèrent durablement. Il demeura un militant strictement syndicaliste même si ses sympathies le portaient du côté du Parti communiste auquel son frère adhérait.

Mobilisé en septembre 1939 dans la Somme comme lieutenant de réserve, Denoize soutint avec courage les hommes qui servaient sous ses ordres, leur disant souvent : « Croyants recueillez-vous... les autres, on verra... quant à moi, non ! » Fait prisonnier en juin 1940, il partit en captivité à l’Oflag IV D de Dresde où il resta jusqu’en 1945. « Supposé communiste », il se lia avec d’autres prisonniers, aussi bien des communistes que des gaullistes.
À son retour dans les Bouches-du-Rhône, Denoize reprit son poste d’instituteur et son activité syndicale. Délégué au congrès national du SNI, le 28 décembre 1945, il intervint dans la deuxième séance de discussion du rapport moral pour souhaiter une organisation des rapports entre enseignants des cours complémentaires et instituteurs. Lors de la réunion du conseil national sur SNI du 19 mars 1951, il émit des critiques vis-à-vis du projet de nationalisation de l’enseignement présenté par Clément Durand* ; pour lui, il fallait continuer à défendre l’école laïque républicaine en lui donnant les moyens (crédits, postes) qu’on ne lui accordait pas.

Le 17e congrès départemental du SNI se déroula à Arles en juillet 1952 sous la présidence de Pierre Cluzet*, membre du bureau national (BN) qui défendait à Paris les thèses et les positions de la section des Bouches-du-Rhône et de Jean Buisson*, membre du BN lui aussi et du bureau départemental. Dans son rapport moral, ce dernier appelait au renforcement des associations de parents d’élèves et pointait plusieurs questions urgentes, notamment celles des « classes enfantines », de la titularisation des intérimaires, et l’obtention des crédits scolaires. Denoize mit en évidence la solidarité des sous-sections locales. Il se félicitait du fait que, de plus en plus, des maires coordonnaient leurs initiatives en matière scolaire et encourageait les syndiqués à « faire de même ». Faisant appel à la vigilance de chacun, il citait la tentative du maire de Gardanne de porter atteinte aux intérêts des instituteurs et d’entraîner les autres maires des communes voisines à diminuer les indemnités d’études surveillées et de logement. Il lançait un appel particulier aux instituteurs d’Arles pour effectuer « un travail syndical plus actif » et demandait que l’aide de la section départementale aux normaliens soit accentuée. En outre, il présenta la motion d’orientation de la majorité départementale. Le texte préconisait la défense de l’école laïque avec « tous les laïques quels qu’ils soient », et dénonçait les apparentements qui avaient permis le vote des lois anti-laïques. Abordant les questions internationales et de politique intérieure, la motion s’élevait contre « l’emprise américaine s’exerçant sur la France », se prononçait pour le droit du peuple tunisien à disposer de lui-même, dénonçait la « menace fasciste qui pèse sur notre pays » et demandait la libération des emprisonnés politiques arrêtés pour un « complot imaginaire ». Michel Barak* compléta cette motion en insistant davantage sur les revendications spécifiques des jeunes instituteurs et des normaliens. À l’issue du congrès, Denoize fut élu comme délégué au congrès national de Paris. Il intervint pour soutenir une motion « pour la défense de la paix » pour que cessent les guerres du Vietnam et de Corée.

Le 28 mai 1953, Denoize fit partie de la délégation du comité de défense des Rosenberg au consulat des États-Unis. Le consulat refusa de recevoir cette délégation, mais la motion fut communiquée aux services du président Eisenhower. En mars 1954, il figurait sur une liste de 68 personnalités favorables à la tenue des assises de la paix dans les Bouches-du-Rhône. Dans ce contexte de luttes pour la paix, il participa à une autre délégation du SNI reçue par Guy Mollet*, président du conseil, en 1956. À cette occasion, selon le témoignage de son neveu, il mit en garde le leader socialiste contre les menées des « Ultras » à Alger.

Dans la deuxième moitié des années 1950, Denoize incarnait, au sein du bureau départemental du SNI des Bouches-du-Rhône, la lutte pour la paix en Algérie. Sur le volet corporatif, il consacra beaucoup de temps aux questions concernant les retraites, se documentant et s’informant auprès du Trésorier-payeur général.

Directeur d’école retraité en 1961, Denoize se retira à La Brillanne. S’investissant dans la Fédération de pêche de Haute-Provence, il mena des actions contre la politique de l’EDF aménageant des barrages dans la Durance. Sur le plan politique, sur une liste d’Union de la gauche, il fut élu conseiller municipal et devint premier adjoint au maire de La Brillanne en 1971. Membre des commissions des finances et des chemins, il fut le délégué au Syndicat intercommunal d’électrification des Mées. Il défendit le maintien de la ligne de chemin de fer Marseille-Briançon. Des réalisations se firent à son initiative (adduction d’eau dans les campagnes, constitution de réserves foncières installation du chauffage central dans les écoles). Il intervenait chaque année, lors de la cérémonie commémorative du 11 novembre, retrouvant ainsi ses années de jeunesse marquées par un profond pacifisme. Mais il s’opposa au maire à partir de 1973 et, à partir de décembre 1975, pour des raisons de santé, ne participa plus à la vie de la municipalité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22291, notice DENOIZE Ernest, Gustave, Arthur par Gérard Leidet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 janvier 2012.

Par Gérard Leidet

Ernest Denoize
Ernest Denoize
La photo date des années 60/70. Elle a été prise à Kiev à l’occasion d’un voyage organisé par la section communiste de La Brillanne (Ernest Denoize est fléché).
Ernest Denoize en officier
Ernest Denoize en officier
Photos communiquées par Paul Denoize, neveu d’Ernest Denoize

SOURCES : Arch. du SNI des Bouches-du-Rhône. — Presse syndicale et locale. — Renseignements fournis par la mairie de La Brillanne. — Notes d’Ernest Borghini. — Entretien avec Alix Denoize, son neveu (17 novembre 2005).

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