CROZALS Eugène-Auguste

Par Jean-Yves Guengant

Né le 14 pluviôse an VIII (3 février 1800) à Montpellier (Hérault), mort le 30 mai 1852 à Brest (Finistère) ; médecin ; coopérateur.

Eugène-Auguste Crozals était le fils d’un instituteur, Gabriel Paulin, et de Gabrielle Adélaïde Balestier. Il se maria avec Eugénie Françoise Jullou, le 30 décembre 1828, veuve de Charles Paris, un marin péri en mer. Eugène-Auguste Crozals était alors docteur en médecine, chirur-gien aide-major au 28e régiment de ligne, en garnison à Brest. En 1835, il était installé comme médecin civil dans le centre de Brest.

Il participa à la fondation de la Société médicale de Brest, qui se fixait comme objectifs de rapprocher des hommes éclairés, s’occupant de la médecine ; d’offrir de communiquer ses recherches ou les résultats de sa pratique et de profiter de leurs travaux ; de publier les tra-vaux des sociétaires ; et chose originale à l’époque de venir en secours aux médecins résidants touchés par l’âge, l’infirmité, la maladie ou un malheur imprévu. Vingt-deux médecins ou scientifiques adhérent à cette mutuelle, dont Aristide Vincent. La société correspondait avec d’autres sociétés (33 correspondants en 1848).

Aux élections triennales municipales (suffrage censitaire) d’octobre 1846, Eugène-Auguste Crozals entra au conseil municipal, il avait été bien élu. Crozals avait la charge de l’instruction publique. Deux ans plus tard, aux élections du 23 août 1848 qui se déroulèrent au suffrage masculin généralisé, Crozals obtint 1501 voix, le premier de la liste, Théobalt de La-crosse avait obtenu 2109 voix. Hyacinthe Bizet fut élu maire, Crozals devint son premier adjoint. L’approvisionnement et la distribution de l’eau par la ville de Brest fut son premier dossier. À l’époque, on estimait la distribution d’eau à dix litres par personne et par jour sur Brest, soit cinq fois moins qu’à Paris ! Cela avait des conséquences graves sur l’hygiène : les vêtements ne pouvaient être lavés qu’épisodiquement, le lavage des rues n’était pas possible, quant à l’installation de bains publics, il n’en n’était pas question. L’attente aux fontaines pu-bliques, très rares, pouvait durer plusieurs heures. Une propriété où existaient d’importantes sources, fut achetée sur la commune voisine de Lambézellec, au lieu-dit Poul-Ar-Bachet. Sur ces terres, la ville créa un asile pour les enfants abandonnés. Ce premier acte était essentiel pour créer un quartier où les populations ouvrières trouveraient un cadre de vie décent. Il fut l’un des hommes qui faisait le lien entre la mairie et les fouriéristes.

En 1848, alors qu’une crise frumentaire aigüe sévissait, il fut de ceux qui organisèrent à Brest une "Boulangerie sociétaire", reprenant les thèses « garantistes » de l’École sociétaire. La "Boulangerie sociétaire" était fondée sur la propriété collective des moyens de production et de distribution, dans l’installation de deux boutiques. Un four moderne fut acquis en février 1849, puis un second four fut acheté en 1855. Elle profita de l’installation d’une minoterie « à l’anglaise » installée près de Landerneau et tenue par un sympathisant fouriériste, Lucien-Gabriel Bazin.

Le but de la boulangerie était de lutter contre les tricheries fréquentes des boulangers sur les qualités de farine et de lutter contre la crise en achetant des farines industrielles de haute qualité, et de la transformer en pains distribués aux sociétaires à un prix jugé normal et constant. Alexandre Vincent avait proposé cette idée et l’avait défendu devant le conseil municipal, Crozals bâtit la coopérative où les familles adhérentes possédaient une action. Plus de 500 familles s’abonnèrent aux boulangeries sociétaires. Un comité de direction se mit en place dont Crozals assura la présidence. M. Aubry, propriétaire d’un immeuble en centre-ville, rue Duquesne, prêta les locaux nécessaires et on ouvrit une succursale rue Vauban, dans le quartier ouvrier de Recouvrance. L’idée fut reprise en 1882, la coopérative "La Naissance" fut créée. En 1894 elle regroupait 459 familles dans le quartier du centre-ville.

Son passage à l’instruction publique fut éphémère. Partisan de l’école mutuelle, il ne put em-pêcher le retour en force des congrégations (Frères de la doctrine chrétienne et Sœurs de la Providence) à Brest, préparant un véritable naufrage de l’école laïque. Si la moitié des enfants brestois en âge scolaire pouvait bénéficier d’un enseignement, les écoles confessionnelles regagnèrent le terrain perdu pendant la décennie.

Il décéda le 30 mai 1852.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article222030, notice CROZALS Eugène-Auguste par Jean-Yves Guengant, version mise en ligne le 14 janvier 2020, dernière modification le 14 janvier 2020.

Par Jean-Yves Guengant

SOURCES : Jean-Yves Guengant, Pour un nouveau monde – Les utopistes bretons au XIXe siècle, Apogée, Rennes, 2015. — Archives de Montpellier, Hérault - archives de Brest-Métropole, Registres du conseil municipal de Brest, archives de Brest métropole , série O, et 4 F 24 (boulangerie). — Journal L’Océan, La Phalange, 1848, tome 2, p. 190,

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