DEMAZIÈRE Albert, Claude, dit GRANET

Par Rodolphe Prager

Né le 19 décembre 1914 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 18 mai 2008 à Paris ; instituteur puis rédacteur ; condamné à perpétuité par un tribunal militaire de Vichy ; dirigeant trotskiste du POI puis du PCI, puis membre du Rassemblement démocratique révolutionnaire.

Albert Demazière fut élevé par sa mère, commerçante, séparée de son père. Il fit ses études dans sa ville natale et à Aix-en-Provence où il adhéra au mouvement Amsterdam-Pleyel dans sa Faculté, en 1934. Il évolua ensuite vers le trotskisme et fut membre de la cellule de Marseille du Parti ouvrier internationaliste dès sa fondation en juin 1936. Devenu, en mars 1938, instituteur dans la Creuse, après avoir obtenu une licence de droit et une licence de lettres, il adhéra au Syndicat national des instituteurs et milita dans la tendance de l’École émancipée. Il fut sanctionné pour avoir participé à la grève générale du 30 novembre 1938 et fut nommé en 1939 dans l’Ardèche, à La Voulte-sur-Rhône et Le Pouzin.

Il s’était marié à Marseille (Bouches-du-Rhône) avant guerre avec Marguerite Ailhaud et avait eu une fille, Claudie Demazière.

Son engagement politique ne se ralentit pas pour autant et il fut délégué de sa région aux congrès nationaux du POI à Paris, notamment à celui du 14 janvier 1939 où il suivit la tendance minoritaire de Jean Rous* qui quitta ce parti pour rejoindre le Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert*. Mobilisé en décembre 1939, démobilisé en août 1940, il devint fonctionnaire à la Direction régionale du ravitaillement et entreprit de reconstituer l’organisation clandestine trotskiste dans la zone non occupée.

En tant que principal dirigeant du comité régional de la zone sud, Demazière contribua à impulser l’activité du mouvement, relativement autonome par rapport à la direction parisienne en raison des difficultés de communications, et s’en différenciant quelque peu au plan politique. Plusieurs conférences régionales se tinrent en 1941-1942 où furent adoptés des textes politiques très complets reproduits dans le Bulletin mensuel de la IVe Internationale (zone libre) qui publia, par ailleurs, des écrits récents de Trotsky et des textes du Socialist Workers Party des États-Unis. À partir de Marseille, et par l’intermédiaire de Demazière, fut maintenue, en effet, la liaison avec l’organisation trotskiste américaine et le secrétariat international de la IVe Internationale transféré à New York depuis le début de la guerre. À dater de janvier 1942 fut éditée également, à Marseille, une feuille publique clandestine, L’Étincelle, organe du Parti ouvrier internationaliste.
Au terme d’une longue enquête policière, Demazière fut arrêté avec neuf de ses camarades, dont Tresso*, Segal* et Reboul*, le 2 juin 1942. Traduit le 30 septembre devant la section spéciale du tribunal de la 15e division militaire, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité pour « activités communistes relevant directement ou indirectement de la IIIe Internationale ». Trois juges sur sept s’étaient prononcés pour la peine de mort. Il eut comme avocat Gaston Defferre*. Successivement détenu, avec ses amis trotskistes, au fort Saint-Nicolas à Marseille, à Lodève (Hérault), à Mauzac (Dordogne) et enfin au Puy-en-Velay, il subit partout la quarantaine des détenus membres du Parti communiste.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943 fut réalisée une évasion spectaculaire des 79 prisonniers politiques de la prison du Puy, grâce à une action des Francs-Tireurs et Partisans. La majorité, dont cinq détenus trotskistes, fut conduite dans un maquis situé au lieu-dit Raffy, au-dessus du village de Queyrière, à huit kilomètres d’Yssingeaux (Haute-Loire). Quelques jours après leur arrivée, Demazière fut désigné avec deux jeunes communistes pour une corvée de cueillette de champignons. Mais les trois hommes se perdirent dans la forêt et décidèrent de se séparer pour limiter les risques d’être découverts par les forces policières à la recherche des évadés. En marchant de nuit, Demazière parvint à retrouver une ferme où il avait séjourné avant la guerre. Restauré et muni d’un peu d’argent, il gagna l’Ardèche où l’un de ses anciens collègues enseignant lui procura de faux papiers d’identité grâce auxquels il put se rendre à Paris et renouer le contact avec son organisation. Les autres trotskistes restés dans le maquis, Pietro Tresso, Maurice Segal, Jean Reboul et Abram Sadek, y disparurent dans des conditions troubles, non élucidées.

Arrivé à Paris dans le courant d’octobre, Demazière reprit aussitôt l’action militante et devint responsable de la région parisienne de l’organisation trotskiste. En 1945, il devint secrétaire général du Parti communiste internationaliste qui était né en février 1944 de la fusion des différents groupes trotskistes. Il prit une part importante à l’action menée pour imposer la légalité du parti et de sa presse que les dirigeants communistes s’obstinaient à vouloir maintenir dans l’illégalité. Il conduisit la liste du PCI lors de l’élection, le 21 octobre 1945, de la première Assemblée constituante dans le 1er secteur de la Seine, liste qui obtint 8 113 voix. Il participa de même, le 2 juin 1946, à l’élection de la deuxième Constituante. Venu à Nice le 12 juillet 1946 pour y tenir un meeting, Demazière fut jeté en bas de la tribune et frappé. Le bureau fédéral communiste avait mobilisé 200 personnes en vue d’empêcher la tenue de la réunion publique trotskiste.

En désaccord avec l’orientation de son organisation, Demazière adhéra au Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) fondé par Jean-Paul Sartre* et David Rousset* et fut pour cette raison exclu du PCI le 27 mars 1948. Il fut rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Gauche, puis de la revue Confrontations internationales. Le RDR disparu, Demazière cessa toute activité politique.

Il s’était remarié à Paris avec Raymonde de Gans et avait eu trois enfants : Ariane, Pascal et Eve.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22200, notice DEMAZIÈRE Albert, Claude, dit GRANET par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 février 2019.

Par Rodolphe Prager

SOURCES : La Vérité, 9 novembre 1945, 24 mai, 19 juillet, 1er novembre 1946 et 2 avril 1948. — Témoignages autobiographiques recueillis en 1977 et 1981 par R. Prager et L. Bonnel. — Le monde des trotskistes, les trotskistes du monde, film de Guy Girard, 2005. — Travaux de Paolo Casciola.

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