ANDRIAMANJATO Mahitsison Richard

Par Herimalala Henrico Sambson

Né le 31 juillet 1930 à Mahitsy, Antananarivo, Madagascar, Pasteur et politicien, président AKFM (1958-1989) et AKFM Renouveau (1989-1998) maire de la capitale (1959 – 1976), député (1960-1998), Président de l’Assemblée Nationale (1993-1998), CSR (1976-1989), président du département politique des Forces Vives Rasalama (1991 – 1993) membre du Comité Général de la CETA (1969 - 1974), et Président de la CETA en 1974, vice-président du CCP (1964-1977) et Président (1977 – 1989), directeur du collège protestant Rasalama (1959 -1999).

Fils de Randriamanjato, employé de la société Modrin et de Rasoanatoandro, Richard Andriamanjato est né le 31 Juillet 1930 à Mahitsy, un petit village situé à 30 km d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Pour ses études, il fréquente successivement l’école officielle de Mahitsy puis l’école Flacourt à Antananarivo avant d’intégrer, par voie de concours, le Lycée Gallieni à Antananarivo où il obtient son baccalauréat, série mathématiques en 1950. Après le rejet de sa demande de bourse, il a poursuivi ses études en France grâce à un fonds familial. Une fois dans la métropole, il s’oriente d’abord vers l’enseignement puis, abandonnant une licence en mathématiques, il privilégie la philosophie et la Théologie à Montpellier puis à Paris, d’où il sort docteur en 1957. Le fait d’avoir assisté au mouvement de libération mené par les nationalistes en 1947 (il avait 17 ans), suscite en lui une tendance nationaliste, qui le pousse par la suite à intégrer des mouvements de lutte pour l’indépendance, que ce soit sur le plan culturel et/ou politique.

Le Pasteur Richard Andriamanjato privilégie le mouvement étudiant pour s’initier à la vie politique. Il s’engage dans la lutte nationaliste et participe à différentes organisations estudiantines, comme l’AEOM, Association des Etudiants d’Origines Malgaches, dont il devient le président de la section de Strasbourg en 1953. Ce fut pour lui, comme il le déclara par la suite : « un apprentissage pour la direction des réunions et surtout une formation méthodologique dans l’analyse des situations ». Cette association collabore avec des associations issues du Bloc de l’Est luttant contre la colonisation, comme l’Union Internationale des Etudiants (UIE). Grâce aux relations entretenues entre l’AEOM et les organisations internationales communistes, plusieurs étudiants malgaches parmi lesquels Rémi Rakotobe, Richard Andriamanjato et Rahantavololona Razafindrakotohasina, sa future femme, effectuent des stages à l’Est, et reçoivent aussi une formation idéologique marxiste et une initiation aux techniques de propagandes. L’AEOM s’engage, dans les années 1947-1958, aux côtés des partisans et défenseurs de l’amnistie pour les patriotes condamnés à la suite de l’insurrection de 1947. Influencé par la cause nationaliste et en tant que délégué de l’AEOM, le Pasteur s’investit dans l’action politique et assiste à des conférences internationales consacrées à la lutte anticoloniale notamment la conférence de Bandoeng en 1955. La même année, lors de son VIIe congrès, l’AEOM se montre officiellement proche des communisants en menant une lutte pour l’indépendance nationale.
Comme Pasteur, il officie d’abord à Paris entre 1956 et 1957 au sein d’une Aumônerie protestante malgache de l’étranger, F.P.M.A. ou Fiangonana Protestanta Malagasy any Ampita, regroupant tous les Malgaches protestants, avant d’être choisi pour succéder au pasteur Ravelojaona, ancien leader nationaliste pour diriger le temple d’Ambohitantely, en décembre 1957. En septembre 1958, il s’est marié avec Rahantavololona Razanamahandry Alphonsine Razafindrakotohasina, dit Bao « pilier », qui n’est autre que son ancienne vice- présidente au sein de l’AEOM, et ont eu quatre enfants. Ce n’est qu’après leur mariage qu’ils ont été investis officiellement Pasteurs du temple d’Ambohitantely en septembre 1959.

La fonction pastorale ne l’empêche pas d’exercer des activités politiques. Ainsi, de retour à Madagascar, en 1957, il s’investit dans le CAPSIM (Comité d’Action politique et sociale pour l’Indépendance de Madagascar) en 1957. Lors du congrès pour l’indépendance de Madagascar organisé à Tamatave, en mai 1958, il est élu à tête de la délégation permanente ayant pour mission d’entamer les démarches pour l’exécution de la résolution prise lors du congrès à savoir, une République Malgache unitaire et démocratique avec une Constitution élaborée par une Assemblée Constituante élue au suffrage universel direct. Après l’accession du Général De Gaulle au pouvoir et l’avènement de la Ve République française, le Pasteur Richard Andriamanjato ainsi que les congressistes font campagne pour le non, lors du référendum du 28 septembre 1958, en refusant l’appartenance de Madagascar à la Communauté française et en réclamant l’indépendance totale de l’Ile. Au lendemain de la proclamation de la naissance de la République Malgache, le 14 octobre 1958, est créé l’AKFM (Antokon’ny Fahaleovantenan’i Madagasikara) Parti du congrès de l’indépendance de Madagascar, en novembre 1958. La présidence du Parti lui revient lors du premier congrès en juillet 1959. Son parti milite pour l’indépendance totale du pays en prônant la nationalisation des moyens de production dans la grande île, en coupant les liens avec les pays impérialistes et en privilégiant les relations avec les pays de l’Est.

Consécutives à la naissance de la Première République malgache, des élections municipales et communales sont organisées à Madagascar en général et dans la capitale en particulier. Le résultat du scrutin à Antananarivo donne une large victoire au parti du congrès permettant au Pasteur de devenir le premier magistrat de la ville à l’âge de 29 ans, un poste qu’il occupera jusqu’en 1976, date à laquelle il est nommé membre du CSR ou Conseil Suprême de la Révolution. Depuis, il connait une ascension fulgurante avec des cumuls de postes tant politiques que religieux.

D’abord, sur le plan religieux, il crée la Conférence des Eglises Protestantes de toute l’Afrique (CETA) en 1963, dont il devient membre du Comité Général de 1969 à 1974, et en 1974, lors d’un changement de statut de la CETA, il en est élu premier Président. Cette association a comme objectif de lutter pour l’indépendance et la liberté des pays africains et par cela, il condamne le système de l’apartheid en Afrique du Sud et se rapproche des militants de l’ANC ou African National Congress, en l’occurrence le Pasteur Desmond Tutu, un proche conseiller de Nelson Mandela. En 1964, dans le souci de préservation de la paix mondiale, il est l’un des membres fondateurs de la conférence chrétienne pour la paix, CCP qui lutte conte la nouvelle forme de l’esclavage dans le monde, il en est vice-président de 1964 à 1977 et accède par la suite à la présidence de 1977 à 1989. Sur la scène locale, en 1968, lors de sa mise en place, il est promu premier Vice-Président de l’Eglise FJKM ou Eglise de Jésus Christ à Madagascar, en même temps que directeur du collège protestant Rasalama de 1959 à 1999. En parallèle avec ces différentes responsabilités religieuses, le Pasteur est aussi très actif dans la vie politique du pays. En effet, outre son poste de maire de la capitale, il est élu député de Madagascar à plusieurs reprises entre 1960 et 1998. De 1977 à 1989, il est nommé membre du Conseil Suprême de la Révolution (CSR) sous la Deuxième République ou République Socialiste malgache de 1976 à 1989. En 1989, il décide de se séparer des dirigeants socialistes malgaches qui sont encore au pouvoir ainsi qu’au sein même de son parti car étant un Pasteur, il constate que le socialisme prôné par les dirigeants malgaches les éloigne peu à peu de Dieu. Ainsi, il décide de se ranger au côté de ceux qui s’opposent au pouvoir en place et en même temps, il crée un nouveau parti « AKFM – Renouveau » qu’il préside. Au lendemain du renversement du Président Didier Ratsiraka, en 1991, il dirige le département politique des Forces Vives Rasalama qui assure la stabilité du pays entre 1991 et 1993. Fort de son expérience, il est encore élu député de Madagascar en 1993 et accède au poste de Président de l’Assemblée Nationale, fonction qu’il assure jusqu’en 1998.

Il a reçu plusieurs titres et distinctions : Docteur Honoris Causa, par l’Académie de Debrecen en Hongrie en 1972, Docteur honoris Causa, par la Faculté de Théologie Comenius de Prague, en Tchécoslovaquie, en 1978, Décoration de l’Ordre de l’amitié des peoples, en 1980 par le gouvernement soviétique, Docteur en philosophie de l’œcuménisme social par l’Académie Culturelle de Parthasarathy à Madras en Inde, en 1985 et devient membre permanent de l’Académie, Grand-Croix de Madagascar, Grand-Croix du Libéria, L’Ordre de la Pléiade, pour la Francophonie, La Médaille d’Or Joliot-Curie de la Paix.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article221836, notice ANDRIAMANJATO Mahitsison Richard par Herimalala Henrico Sambson, version mise en ligne le 7 janvier 2020, dernière modification le 8 janvier 2020.

Par Herimalala Henrico Sambson

Sources et bibliographie :
Entretiens :
Eric Rakotomanga, en septembre 2019
Ny Hanta Arindrano Andriamanjato, en décembre 2019
Pasteur Richard Andriamanjato, en août 2011
BIBLIOGRAPHIE
SAMBSON(H.H), Elites et vie politique à Tananarive (1956 – 1960), Mémoire de DEA en Histoire, Université d’Antananarivo, 2015

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