DELMAS Aimé, Fernand

Par André Balent

Né le 2 décembre 1905 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), mort le 5 janvier 1999 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; instituteur puis professeur d’espagnol en cours complémentaire ; militant du SNI, exerça plusieurs responsabilités dans cette organisation, au niveau départemental ; militant socialiste SFIO.

La ville natale d’Aimé Delmas, Rivesaltes, était devenue, dès avant 1914, le principal bastion du mouvement ouvrier dans les Pyrénées-Orientales. Les militants socialistes qui se réclamaient du guesdisme, courant majoritaire dans la Fédération des Pyrénées-Orientales, transformèrent profondément la vie sociale et politique de cette petite ville que l’on appela bientôt « Rivesaltes la Rouge ».

Joseph Delmas, père d’Aimé Delmas, était maître de chais dans sa ville natale. Se considérant comme « républicain-socialiste » il faisait figure de « modéré » dans une localité où les guesdistes, hégémoniques, affirmaient être « révolutionnaires ». Joseph Delmas, indifférent au plan religieux, n’était pas anticlérical. Sa mère, Anna Billaros, exerçait la profession de brodeuse en atelier ou à domicile. Joseph Delmas et Anna Billaros eurent deux fils. Aimé Delmas était le cadet. Son frère aîné devint cheminot à la Compagnie du Midi.
Aimé Delmas fut baptisé et fit la communion. Il fréquenta l’école primaire publique de Rivesaltes et, après avoir été reçu au certificat d’études, le cours complémentaire de cette ville.
Le père d’Aimé Delmas, mobilisé, fut tué en 1917. Ce fut le frère aîné, cheminot, qui subvint aux besoins de la famille Delmas. Aimé Delmas put ainsi poursuivre ses études. En 1921, il fut reçu à la fois au brevet élémentaire, et au concours d’entrée à l’École normale de garçons de Perpignan. Il passa avec succès les épreuves du brevet supérieur en 1923.

L’École normale de Perpignan lui laissa un mauvais souvenir, non seulement parce qu’elle était un milieu clos, mais également à cause du contenu de l’enseignement qui y était délivré.
Après avoir obtenu le certificat d’aptitude pédagogique en 1924, Aimé Delmas devint précisément à la rentrée d’octobre de cette même année instituteur chargé de classe unique à Réal (commune de Réal-Odeillo), en Capcir.

Pendant l’été 1925, Aimé Delmas quitta les Pyrénées-Orientales pour effectuer son service militaire. Comme il avait suivi la préparation militaire lorsqu’il était à l’École normale, il commença par passer six mois à l’école d’élèves officiers de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Les six mois suivants, il fut affecté, en qualité de sous-lieutenant, au 23e régiment d’infanterie en garnison à Koblenz (Allemagne). En 1927 et en 1928 il fut affecté à la classe unique de Sauto, localité montagnarde du Haut Conflent. Mais il n’y termina pas l’année scolaire. Nouvel adhérent du Parti socialiste SFIO, il participa activement à la campagne électorale d’Alfred Soubielle candidat de ce parti à une élection cantonale (14 octobre 1928) dans le canton de Mont-Louis. Ce dernier lui dit qu’il interviendrait auprès de Jean Payra qui lui ferait obtenir un poste dans la plaine du Roussillon. Jean Payra, le tout puissant leader de la SFIO catalane tint parole. Il satisfit la requête que son ami Alfred Soubielle* formula en faveur du camarade de parti isolé dans le petit village de Sauto : Aimé Delmas. Quatre jours après la conversation qu’il eut avec Alfred Soubielle, Aimé Delmas reçut de l’inspection académique un arrêté le nommant, en milieu d’année scolaire à Cabestany, un village viticole de la périphérie de Perpignan. Aimé Delmas y fut chargé des deux cours élémentaires. Après s’être marié en août 1931 à Villelongue-de-la-Salanque avec Yvonne Jourda, une institutrice née en 1907 à Latour-de-France (Pyrénées-Orientales) et en poste à Villelongue-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), il fut muté, à la rentrée de 1931, à Sainte-Marie-la-Mer (Pyrénées-Orientales) localité du littoral salanquais. On lui confia la direction de l’école de garçons où exerça également sa femme. En 1932 les époux Delmas eurent leur fils unique, Claude, qui fit plus tard une carrière de cadre supérieur à Air-France. Claude Delmas fit, parallèlement à ses activités professionnelles, une carrière littéraire. Il publia plusieurs romans, sous le pseudonyme de Dieudonné Jourda. Les époux Delmas restèrent à Sainte-Marie-la-Mer jusqu’en 1934. De 1934 à 1936 ils résidèrent à Ville-longue-de-la-Salanque. En 1936, le couple Delmas fut muté, sur sa demande, à Vingrau, dans les Corbières catalanes. Aimé Delmas demeura, pour sa part, dans cette localité, jusqu’à la mobilisation générale en 1939.

Aimé Delmas fut mobilisé en qualité de lieutenant au 1er bataillon de chasseurs pyrénéens qui fut formé à Perpignan. Cette unité fut tout d’abord affectée à la garde du camp de concentration de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) où étaient parqués les réfugiés républicains espagnols. Le 1er bataillon de chasseurs pyrénéens établit plus tard ses quartiers à Morteau (Doubs) où il demeura pendant une bonne partie de la « drôle de guerre ». Le 10 mai 1940, au col de la Schlucht dans les Vosges, il participa avec son bataillon aux combats qui se déroulèrent près du Thillot (Vosges), et où il fut fait prisonnier par les Allemands (17 ou 18 juin 1940).
Aimé Delmas demeura captif pendant toute la durée de la guerre à l’Oflag XVII À en Moravie. Il y fut membre actif du groupe socialiste clandestin. Il participa aux travaux de l’université du camp. Il prépara avec succès deux certificats de licence d’espagnol (études pratiques et philologie). Peu avant la fin de la guerre, les prisonniers de guerre furent évacués près de Linz (Autriche) où ils furent libérés en mai 1945. Aimé Delmas gagna aussitôt Perpignan.

En octobre 1945 il fut nommé en qualité de professeur d’espagnol aux deux cours complémentaires de filles de Perpignan. Il termina sa carrière professionnelle à l’issue de l’année scolaire 1959-1960 en qualité de directeur du cours complémentaire de Rivesaltes. Retraité depuis 1960 il vécut toujours, depuis cette date, à Perpignan.
Aimé Delmas adhéra au Parti socialiste SFIO en 1927 (ou en 1928 ?) lorsqu’il était instituteur à Sauto. Dans cette localité du Haut Conflent il demeura un adhérent isolé du parti. Sa seule participation à l’activité du parti fut la part qu’il prit à la campagne d’Alfred Soubielle* lors des élections cantonales du 14 octobre 1928 dans le canton de Mont-Louis. Ayant passé son enfance à Rivesaltes où les guesdistes étaient très influents, ayant eu pour camarades de jeux et amis des fils de militants qui adhérèrent aux Jeunesses socialistes dès leur enfance, il vint donc tout « naturellement » au socialisme. Cette adhésion à la SFIO fut - pour reprendre les termes mêmes de l’entretien qu’il nous accorda le 26 mars 1983 - davantage « instinctive » que dictée par une réflexion théorique ou doctrinale. Après son adhésion, il lut quelques ouvrages ou brochures de Léon Blum, Jules Guesde et Jean Jaurès (notamment, L’armée nouvelle). Il fut profondément impressionné par la lecture d’ouvrages de l’historien Albert Mathiez. Il fut rebuté par les œuvres de Karl Marx dont il ne lut pratiquement rien.

À Cabestany, où il fut muté dans des circonstances que nous avons relatées plus haut, Aimé Delmas constitua une section socialiste SFIO dont il fut le secrétaire pendant toute la durée de son séjour dans cette commune. Cabestony était l’une des localités de la plaine viticole où le mouvement ouvrier s’implanta tardivement. La section qu’Aimé Delmas s’employa à faire vivre entre 1928 et 1931 groupait quelques ouvriers agricoles et le receveur des PTT de la commune.

À Sainte-Marie-la-Mer, commune de la Salanque, Aimé Delmas reconstitua une section socialiste SFIO avec quelques vieux militants de la localité, parmi lesquels Bonnes et Simon, propriétaires viticulteurs. Il assura les fonctions de secrétaire de section pendant toute la durée de son séjour dans la commune (1931-1934).

À Villelongue-de-la-Salanque, Aimé Delmas reconstitua également une section socialiste SFIO dont il fut le secrétaire (1934-1936). Cette section qui ne groupait que peu d’adhérents était contrainte de tenir ses réunions de façon quasi clandestine du fait de l’hostilité de la droite locale. En 1936 Aimé Delmas siégea au comité départemental de Front populaire dont le secrétaire était son collègue et ami Léon Sors*. À partir de l’automne 1936, date à partir de laquelle il résida à Vingrau, commune viticole nettement orientée à gauche et très favorable aux idées socialistes, Aimé Delmas donna son adhésion à la section socialiste SFIO de Rivesaltes dont le secrétaire était alors son ami d’enfance Jean Jacquet.

Pendant longtemps Aimé Delmas appuya, au sein du Parti socialiste SFIO, les thèses défendues par Léon Blum dont il votait régulièrement les motions que signait ce dernier lors de la préparation des congrès nationaux du parti. De ce point de vue, il se distinguait nettement de ses collègues et amis Ferdinand Baylard* et Léon Sors* qui, à partir de 1936, soutinrent résolument la Gauche révolutionnaire. Cette divergence de vues ne l’empêcha nullement de participer ponctuellement aux activités du « comité du Continental-bar » créé par les pivertistes catalans afin d’impulser des actions de solidarité avec les républicains espagnols et plus particulièrement avec les militants du POUM. En février 1939, lors de l’« exode » massif des républicains espagnols, il accueillit deux d’entre eux à son domicile à Vingrau : il s’agissait d’un militant du POUM et d’un militant du PSOE.

Au moment de la signature des accords de Munich en 1938, Aimé Delmas se rangea résolument dans le « camp » des pacifistes. « Munichois » convaincu, il défendit au sein de la SFIO les thèses développées alors par Paul Faure.
Pendant sa captivité en Allemagne, Aimé Delmas eut l’occasion de participer à l’animation d’une section clandestine du Parti socialiste SFIO à l’Oflag XVII A. Cette section vécut pendant environ un an et demi. Son secrétaire était Métayer qui plus tard sera ministre dans le gouvernement présidé par Guy Mollet. Cette organisation clandestine n’impulsa aucune action et se borna à commenter l’actualité.

De retour en Roussillon, en juin 1945, Aimé Delmas réadhéra à la section de Riversaltes de la SFIO.
À la fin 1945, il adhéra à la section de Perpignan, mais il se détacha peu à peu du militantisme. Il se contenta bientôt de n’être qu’un cotisant jusqu’en 1956. Il cessa alors de prendre sa carte car il désapprouvait la politique algérienne de Guy Mollet. Plus tard, il vit avec beaucoup de sympathie le programme commun de gouvernement et est resté jusqu’à ce jour (mars 1983) un électeur de la gauche.

Aimé Delmas fut aussi un actif militant du SNI auquel il adhéra dès 1928. Élu au conseil syndical de la section des Pyrénées-Orientales du SNI en 1933 (?) il siégea sans interruption dans cette instance jusqu’en 1939. Il fut élu trésorier départemental du SNI peu avant l’unité organique entre cette organisation et la Fédération unitaire de l’enseignement et le demeura jusqu’en 1939. Il fut élu membre du Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1938. Il participa, par discipline, à la grève du 30 novembre 1938.

Aimé Delmas fut délégué (en même temps que Léon Sors*) à trois congrès nationaux du SNI (Nice, 1934), Paris (1935), Lille (1936).
Il fut à partir de 1935 (il l’était, en tout cas, à partir de novembre de cette année-ci) secrétaire départemental du cartel confédéré des fonctionnaires et des services publics. Il occupa ces mêmes fonctions après la fusion syndicale entre confédérés et unitaires, au moins jusqu’en 1938. Il fut très actif dans la seconde moitié de 1935 car il contribua en sa qualité de secrétaire du cartel confédéré à l’organisation de l’action des fonctionnaires au plan départemental contre les décrets-lois concernant la réduction des traitements des fonctionnaires. Le 28 juillet 1935 il représentait le SNI à la première réunion publique de la CGT contre la réduction des salaires des fonctionnaires et des travailleurs des services publics. Le 24 novembre 1935, il présida, en qualité de secrétaire du cartel confédéré un imposant meeting au cinéma « Familia » de Perpignan. Il était assisté de Costes, secrétaire départemental de la Fédération CGT des fonctionnaires, Joseph Berta*, secrétaire de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales et Ballança (ou Balança ?), secrétaire de la Fédération autonome des fonctionnaires. Près de deux ans plus tard, le 24 octobre 1937 il présida, toujours en qualité de secrétaire du cartel CGT des fonctionnaires et des travailleurs des services publics, un meeting qui aborda le problème des revendications salariales. Le 6 décembre 1936, Aimé Delmas, avait été élu secrétaire adjoint de la section des Pyrénées-Orientales de la Fédération générale des Fonctionnaires. Il fit grève le 30 novembre 1938 contre les décrets-lois gouvernementaux d’Édouard Daladier et Paul Raynaud. Parmi les membres de l’enseignement primaire des Pyrénées-Orientales il n’y eut que quarante grévistes, parmi lesquels la totalité des membres du conseil syndical du SNI (c’est le chiffre dont se souvient Aimé Delmas : entretien du 26 mars 1983).

De retour de captivité, Aimé Delmas milita à nouveau, de façon très active dans les rangs du mouvement syndical. Il fut aussitôt intégré au conseil syndical du syndicat unique de l’enseignement (CGT) des Pyrénées-Orientales et participa à la séance du 31 mai 1945 de cette instance dirigeante. Dans les Pyrénées-Orientales, les enseignants du primaire, du secondaire et du technique décidèrent, à la Libération, de créer, à la place des divers syndicats nationaux de la Fédération générale de l’enseignement (devenue la FEN), un syndicat unique multicatégoriel qui subsista pendant plusieurs mois avant que ne se reconstituent les divers syndicats nationaux (SNI, SNES, etc.).
Le passage de la FEN dans l’autonomie s’effectua sans heurt dans les Pyrénées-Orientales. Aimé Delmas siégea pendant quelque temps au conseil syndical du SNI. Il fut de 1945 jusqu’en 1955 ou 1956 membre du comité consultatif des instituteurs des Pyrénées-Orientales. Les oppositions qui apparurent au sein du SNI dans les années 1950 entre les militants « autonomes » proches de la SFIO et les « cégétistes » proches du PCF l’amenèrent à abandonner les diverses responsabilités qu’il exerçait au sein du SNI et dans les divers organismes paritaires. Retraité, Aimé Delmas adhéra à la Fédération des retraités de la MGEN dont il était en mars 1983 un membre actif.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22073, notice DELMAS Aimé, Fernand par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 avril 2017.

Par André Balent

SOURCES : L’Action syndicale (mensuel des syndicats confédérés des Pyrénées-Orientales), août 1935, décembre 1935, novembre 1937, juin 1945. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 24 décembre 1936, 5 juin 1938. — Entretiens avec M. Aimé Delmas (26 mars 1983), Ferdinand Baylard (octobre 1978), Victor Lafont (22 février 1983). — Notes de Jacques Girault sur la base des réponses faites lors de l’enquête en 1975. — Entretien téléphonique avec Claude Delmas, fils de l’intéressé.

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