DELFAU Gérard

Par Olivier Dedieu

Né le 21 octobre 1937 à Saint-Jean-de-Fos (Hérault) ; agrégé de lettres classiques, universitaire ; premier fédéral de l’Hérault du Parti socialiste, devenu vice-président du PRG ; maire de Saint-André-de-Sangonis ; sénateur de l’Hérault.

[Sénat]

Gérard Delfau est issu d’une famille modeste. Son père, originaire de Saint-André-de-Sangonis, géra une épicerie puis un café avant d’intégrer le secteur hospitalier, devenant infirmier à Fond d’Aurelle. Après ses études universitaires à Montpellier, période durant laquelle il fut maître d’internat, il obtint le Capes de lettres classiques en 1961. Nommé à l’école normale de Vincy, puis à Bellac, il fut quelque temps sous les drapeaux avant d’être réformé en 1962 puis nommé à Pézenas. Avant 1965, Il eut seulement des engagements syndicaux au sein du SNES (tendance unité et action). Ce choix fut lié au rejet de la SFIO avec qui il était en désaccord sur certains points, de la colonisation à l’union de la gauche. Plus proche du PSU, il resta éloigné de toute structure politique.

C’est avec la candidature de François Mitterrand* qu’il s’engagea véritablement. Membre de son comité de soutien, il anima avec Georges Sutra de Germa* le comité de l’union de la gauche de Pézenas qui se transforma en 1966 en club Jules-Vallès à Pézenas. Après l’adhésion du club à la Convention des institutions républicaines (CIR), il devint secrétaire adjoint de la fédération départementale, puis le responsable du mouvement. Parallèlement, il passa son agrégation de lettres classiques qu’il obtint en 1969. Cette même année, son directeur de thèse, nommé à la Sorbonne, lui proposa un poste d’assistant à Paris qu’il accepta. C’est dans la capitale qu’il se rapprocha de François Mitterrand qui le nomma au présidium de la CIR. En 1970, il lui proposa de prendre la direction, avec Jean-Pierre Bachy, de Démocratie et université. Membre du Parti socialiste dès le congrès d’Épinay, il eut, dès 1973-1974, des responsabilités officieuses puis officielles en tant que délégué auprès du premier secrétaire. L’année suivante, il devint membre du comité directeur du PS puis secrétaire national à la formation. En 1974, il fut un des membres de l’équipe nationale de campagne. Parallèlement, il devint maître de conférences à Paris VII. Ce n’est que vers 1976 qu’il revint dans le département de l’Hérault. Cette année-là, il fut averti par son père, militant socialiste local, des rivalités internes de la section de Saint-André-de-Sangonis pour désigner sa tête de liste. Après avoir obtenu le soutien du député de la circonscription, Gilbert Sénès, il fut investi par la section. À la veille du premier tour, François Mitterrand lui-même vint le soutenir localement. Élu maire dès le premier tour, il apparut à de nombreux militants locaux comme un proche du premier secrétaire dans le département. Deux ans plus tard, leader du courant mitterrandiste, il fut élu, au moment du congrès de Metz, 1er secrétaire fédéral de l’Hérault. Devant la méfiance de plusieurs cadres de ce courant, il dut accepter néanmoins de partager cette fonction avec le sortant, Adolphe Benamour*. Un an plus tard, il se présenta à l’investiture pour les élections sénatoriales. Cette candidature souleva l’hostilité d’une majorité de conseillers généraux, dont Gérard Saumade, qui soutenaient celle de Philippe Chappotin*. Grâce au soutien de la fédération et du CERES, il obtint aisément l’investiture. Sa volonté de relancer l’activité fédérale lui permit de gagner le soutien de nombreux militants. Lors des élections sénatoriales du 28 septembre 1980, il fut élu au 2e tour sénateur contre le sortant Pierre Brousse, radical.

L’ascension de Gérard Delfau inquiétait. Il dut ainsi, suite à son élection, laisser la direction de la fédération à Yannick Lemasson. Ces tensions provoquèrent une scission au sein du courant mitterrandiste dirigé par Gérard Delfau, les tenants de Gérard Saumade se rapprochant de Michel Rocard* et de Georges Frêche. La question de la direction du conseil régional attisa par ailleurs ces conflits. Les élections régionales au suffrage universel direct étant initialement prévues en 1983, Gérard Delfau, conseiller régional et vice-président du CEPRACO et Jean-Pierre Vignau, tous deux de la fédération de l’Hérault entrèrent en concurrence pour obtenir l’investiture. À la suite du report des élections à 1986, puis du décès du président Edgar Tailhades*, les deux challengers furent battus par le socialiste Robert Capdeville*, président du conseil général de l’Aude, qui fut élu président. Réélu maire en 1983, Gérard Delfau tenta d’obtenir la tête de liste dans l’Hérault pour les élections régionales en 1985, mais fut battu par Gérard Saumade qui se fit désigner par la fédération.

Durant la première partie des années 1980, Gérard Delfau garda des responsabilités nationales importantes. Vice-président du Sénat, Secrétaire national jusqu’en 1983, membre du comité directeur, il fut aussi président du centre national de formation des personnels communaux et membre du conseil d’administration de l’ANVAR. Ce n’est qu’après l’émergence de Lionel Jospin au secrétariat national qu’il prit ses distances notamment après un conflit entre les deux hommes sur l’organisation des « acteurs du changement » dont Gérard Delfau avait assumé la tâche. Localement, il fut réélu maire puis sénateur en 1989. Actif, notamment dans le domaine de l’emploi et le développement économique de sa commune, il fut facilement réélu maire en 1995 et 2001. Pour le renouvellement de son mandat de sénateur, la situation fut plus complexe. Après avoir pris position pour le courant Fabius lors du congrès de Rennes, il vit ses positions marginalisées dans une fédération dirigée par les jospinistes. Quand le premier secrétaire fédéral, Robert Navarro, se lança dans la campagne pour l’investiture, il battit Gérard Delfau. Ce dernier se présenta en tant que divers gauche et battit ce dernier grâce à son travail auprès des maires du département et au soutien actif du président du conseil général, Gérard Saumade, lui-même exclu du PS depuis 1993.

Exclu du Parti socialiste, Gérard Delfau intégra, au Sénat, le groupe « Rassemblement démocratique et social européen ». Par la suite, il adhéra au Parti radical de gauche (PRG) dont il devint le vice-président national et le responsable régional. Durant la dernière décennie, il s’engagea dans les problématiques liées aux services publics en milieu rural et à l’aménagement du territoire. Il fut aussi actif dans les débats sur la laïcité, présidant notamment l’association « Égale » et militant dans plusieurs mouvements laïques. Fin 2007, il était candidat pour les élections municipales et sénatoriales de 2008.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22036, notice DELFAU Gérard par Olivier Dedieu, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 décembre 2013.

Par Olivier Dedieu

[Sénat]

ŒUVRE : En tant qu’acteur politique et universitaire, Gérard Delfau a publié de nombreux ouvrages : Gérard Delfau, Dir. Scientifique, Jules Vallès, l’exil à Londres : (1871-1880), Bordas, 1971. — Démocratie et Université (Jean-Paul Bachy, Gérard Delfau, Stélio Farandjis, D. Taddeï). « Éducation permanente et socialisme / Commission Éducation permanente de Démocratie et université », Tema-éditions, 1973. — Gérard Delfau, Gilles Plazy, Bernard Pingaud, Battre la campagne : les caravanes du 19 mai, Tema-éditions, 1975. — Gérard Delfau, Gérard, Roche, Anne, Histoire, littérature : histoire et interprétation du fait littéraire, Éditions du Seuil, 1977. — Gérard Delfau, Paul Steff et Hugues Portelli, Les Socialistes scientifiques : la cité idéale, Romorantin, Martinsart, 1978. — Gérard Delfau, Dir. La France et le changement : rencontres des acteurs du changement, Paris 20-23 janvier 1983, Club socialiste du livre, 1983. — Gérard Delfau, Gagner à gauche, R. Laffont, 1985. — Gérard Delfau, Le retour du citoyen : démocratie et territoires, La Tour-d’Aigues, Éd. de l’Aube, 1994. — Gérard Delfau, Droit au travail : manifeste pour une nouvelle politique, Malakoff, Desclée de Brouwer, 1997. — Gérard Delfau, La Poste, un service public en danger : constat et propositions, L’Harmattan, 1999. — Gérard Delfau, Radicalisme et République : les temps héroïques, 1869-1914, Balland, 2001. — Gérard Delfau, La gauche, horizon 2007, L’Harmattan, 2003. — Gérard Delfau, Marc Halpern, Dir. La laïcité : ciment de la République, valeur universelle : actes du colloque du 18 décembre 2003 au Sénat à Paris, Éd. maçonniques de France, 2004. — Gérard Delfau, Du principe de laïcité : un combat pour la République, les Éd. de Paris, 2005.

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 676 W 130, 794 W 32, 1506 W 172, 1506 W 249. — Arch. fondation Jean Jaurès, dossier Hérault (2 vol.). — Olivier Dedieu, « La campagne des notables : luttes et pouvoirs dans la fédération socialiste de l’Hérault », Pole Sud, n° 2, 1995. — Danièle Loschak, La Convention des institutions républicaines, François Mitterrand et le socialisme, PUF, 1971. — Entretiens avec Adolphe Benamour, Gérard Delfau, Yannick Lemasson et Marcel Vidal.

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