SAGNIER Marc [dit Yvan]

Par Frédéric Stévenot

Né en 1938, mort en janvier 1995 ; tailleur de pierre ; militant communiste (UJCF) ; réfractaire à la guerre d’Algérie, condamné.

Marc Sagnier était l’aîné d’une famille de huit ans. Son père, Fernand, était employé des chemins de fer, militant communiste et ancien résistant. La famille vivait dans un logement près de la gare d’Aigues-Mortes.

Avant d’être appelé au service militaire, Marc Sagnier fut l’un des animateurs du cercle de la jeunesse communiste. Devenu tailleur de pierre, travaillant dans l’entretien des monuments historiques à Nîmes, il militait en soirée.

Le 4 janvier 1958, il fut appelé. Mobilisé à Avignon, il annonça en mai son refus de porter les armes. Il justifia cette décision individuelle dans une lettre datée du 4 mai adressée au président de la République René Coty. Il la confirma le 16 mai suivant. Son père et ses camarades de lutte lui apportèrent spontanément leur soutien.

Le 22 mai, il fut cependant embarqué de force vers l’Algérie, puis repêché : il s’était jeté à l’eau. Il fut emprisonné à Tébessa, puis Aïn Sefra, avant d’être envoyé à la section spéciale du bagne de Tinfouchy le 17 septembre 1958. Pendant près d’un an, il fut emprisonné sous de dures conditions, sans jamais être jugé. Il put correspondre avec sa famille, et persista dans sa démarche malgré les tentatives de le fléchir. Sa santé se dégradant, il reçut des colis de vivres et des médicaments de la part du médecin Jean Bastide, également engagé dans le combat anticolonialiste.

Il bénéficia de la campagne nationale organisée par le Secours populaire en faveur des internés de Tinfouchy. Le député communiste Raymond Guyot interpella le ministre Adolphe Guillaumat sur leur cas. Il fut plus particulièrement soutenu par une grande partie de la population d’Aigues-Mortes. Le cercle de la jeunesse communiste donna ainsi des nouvelles de Marc Sagnier dans son bulletin, Le Cri des jeunes ; une pétition récolta cent soixante-quinze signatures dans la ville et soixane-dix dans la commune voisine de Saint-Laurent-d’Aigouze. Des inscriptions de soutien furent tracées à la chaux sur le pont Rouge d’Aigues-Mortes, et l’une (« Solidarité avec Yvan Sagnier ») apparaît même brièvement, une nuit, sur la tour de Constance, faisant ainsi écho au combat de Marie Durand et des prisonnières huguenotes dans l’édifice, au XVIIe siècle De même, la fédération communiste et ses responsables (comme Robert Jonis) tentèrent d’alerter les Gardois sur la situation. Nombreux sont ceux qui lui écrivent, mais Marc Sagnier ne reçut pas leurs lettres car elles furent interceptées par le commandement militaire.

Finalement libéré le 18 août 1959, il termina son service militaire à Colomb-Béchar, mais sans devoir participer à des combats. Il fut définitivement démobilisé le 21 avril 1960.

Marc Sagnier fut physiquement très affecté par sa détention et ses conditions de travail. Il mourut en janvier 1995, à l’âge de 57 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article220227, notice SAGNIER Marc [dit Yvan] par Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 8 novembre 2019, dernière modification le 8 novembre 2019.

Par Frédéric Stévenot

SOURCE. Site Internet : Wikipedia. — Bernard Deschamps, « Marc Sagnier : un jeune communiste d’Aigues-Mortes », Les Gardois contre la guerre d’Algérie, Montreuil, Le Temps des cerises, 2002, p. 81-99.

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