DELÉPINE Maurice, Pierre

Par Gilles Morin

Né le 15 juillet 1883 à Paris (XVe arr.), mort le 1er mai 1960 à Paris ; juriste ; militant socialiste de la fédération de la Seine ; membre de la commission administrative permanente de la SFIO (1916-1931, 1933-1936) ; membre de cabinets ministériels.

Maurice Delépine fit ses études de droit à Paris. D’abord avocat à la Cour d’appel de Paris à partir du 3 juillet 1918, il fut nommé conseiller d’État le 8 février 1938. Révoqué en 1940 par le gouvernement de Vichy, il fut réintégré à la Libération et, jusqu’à sa retraite en 1953, il présida plusieurs grandes commissions du Conseil d’État. Il dirigea la Revue pratique de droit international privé.

Sa vie durant, Maurice Delépine fut militant de la 15e section SFIO de la Seine. Minoritaire de guerre, il fut l’un des fondateurs du Populaire, écrivant dans le premier numéro du journal en mai 1916. Il collabora en 1917 et 1918 à La Vérité et au Journal du peuple et siégea à la CAP comme « minoritaire » à partir de 1916. Il fut suppléant en 1918-1920. Il était un des 204 signataires de la motion du Comité pour la reconstruction de l’Internationale publiée dans l’Humanité du 6 novembre 1920 sous le titre : Motion d’adhésion avec réserves à la IIIe Internationale. Delépine resta au Parti socialiste SFIO après le congrès de Tours (décembre 1920) et appartint à la CAP de la vieille maison maintenue comme suppléant (1921-1926) puis comme titulaire (1927-1931, 1933-1936). Homme de doctrine, il se rangeait dans la tendance de gauche du Parti, « la Bataille socialiste ». De forte stature, portant barbe si soignée qu’elle en paraissait factice, il était plus conférencier qu’orateur, en réunion publique, comme dans les congrès.

À plusieurs reprises il affronta les compétitions électorales. Dans le XVe arr. de Paris, il fut deux fois candidat malheureux au conseil municipal : le 30 novembre 1919, dans le quartier Saint-Louis, il obtint 3 596 voix sur 12 287 inscrits ; en 1925, dans le quartier Necker, il n’en recueillit que 2 680 ; en juin 1932, dans le quartier de Grenelle, lors d’une élection municipale partielle, il rassembla 1 710 et 2 721 voix sur 12 879 inscrits, le modéré Boulard étant élu. En 1928, candidat aux élections législatives dans la 11e circonscription de Saint-Denis (Puteaux), Sa candidature avait été présentée par la section de Nanterre et il fut désigné comme candidat par la fédération, contre Jacotot*, le conseiller général et maire de Puteaux. Marius Jacotot passa outre et se présenta, avec l’appui de sa section. Il recueillit 4 533 voix contre 2 413 à Delépine et 6 227 au communiste Ménétrier* (sur 25 061 inscrits et 20 284 votants). Delépine se retira au second tour et les voix se répartirent entre Ménétrier 7 064 - qui fut élu - Gautherot (URD) 6 958 et Jacotot 5 927. Comme Ménétrier était inéligible, l’élection fut annulée le 29 décembre 1928 ce qui donna lieu à un nouveau vote le 3 février 1929.

En 1934 Delépine fit partie du comité de patronage de la commission internationale d’enquête sur les atrocités en Allemagne hitlérienne et en 1938 du comité d’investigation sur l’affaire Trotsky. Il était président des avocats socialistes en 1938.

Membre du bureau de l’Association « Les Amis du Populaire », fondée en juillet 1936, ses compétences juridiques le firent appeler à plusieurs fonctions politiques. Il fut jurisconsulte à la présidence du conseil en 1936, puis chef de cabinet de Vincent Auriol, garde des sceaux dans le 3e cabinet Chautemps en 1937. Munichois modéré, au congrès fédéral du 1er novembre 1938, il proposait d’envisager une répartition plus équitable des domaines coloniaux et prônait le désarmement.

À la Libération, on retrouva Delépine comme président d’une sous-commission du Jury d’honneur chargé de juger les anciens parlementaires. Il appartint au comité de rédaction du journal socialiste tourné vers le monde intellectuel, Gavroche. Employé du Populaire en juillet 1946, il fut conseiller technique auprès de Daniel Mayer, ministre du Travail en 1946 et 1947.

En 1948, 1950, 1952 et 1953 Delépine fut désigné par le Conseil de la République, sur le contingent de trois membres désignés par celui-ci après un rapport (n° 171), de Salomon Grumbach, pour le représenter au sein du comité constitutionnel. En février 1959, le président du Sénat, sur proposition de Guy Mollet, le désigna comme l’un des trois membres du nouveau Conseil constitutionnel qu’il lui appartenait de nommer. Ses jours, alors, étaient comptés.

Délépine avait épousé en mai 1919 Melle Cottey, ils n’eurent pas d’enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22018, notice DELÉPINE Maurice, Pierre par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 juin 2012.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15530 B, n° 17178 ; CAC, 19940500, art. 246 ; CAC, 20010216/94/2722 bis. — Arch. Dép. Seine, D3 M2 nos 2 et 4. — Arch. PPo. BA2, 1956. — Arch. J. Zyromski : passim. — Arch. de l’OURS, fonds AGM ; correspondance Charente-Maritime et Sarthe. — Le Finistérien, organe des travailleurs finistériens démocrates et socialistes, 7 mai 1960. — G. Lachapelle, Les Élections législatives de 1928. — L’Humanité, 24 novembre 1919. — Le Congrès de Tours, édition critique, op. cit., p. 818. — Frank Georgi, La première « Bataille socialiste ». Histoire et portrait d’une tendance dans le Parti socialiste, 1927-1935, mémoire de maîtrise, Paris I, 1983. — Le Monde, 3 mai 1960. — Renseignements fournis par la bibliothèque du Conseil de l’ordre des avocats de Paris. — Notes de Denis Lefebvre. — Notice DBMOF, par Justinien Raymond.

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