DIARRA Mamadou Lamine

Par Souleymane Coulibaly, Alexis Roy

Né en 1927 à San au Soudan français, instituteur à la retraite, Secrétaire aux relations du SUPEL (Syndicat Unique des Professionnels de l’Enseignement Laïc) en 1959, membre de la commission de contrôle de l’UNTM (l’Union Nationale des Travailleurs du Mali) et secrétaire aux relations du SNEC (Syndicat National de l’Education et de la Culture) en 1963. En 1974, il fut élu secrétaire administratif de l’UNTM, secrétaire général du SNEC de la section III (commune III) de Bamako en Novembre, puis le 25 Décembre de la même année, élu secrétaire général du bureau national du SNEC. Il est le président de l’association des parents d’élèves du Mali (APE) depuis 1997, président d’honneur à vie du CSCOM (Centre de Santé Communautaire) de Bamako-Coura, parrain de la MUTEC (Mutuelle des travailleurs de l’éducation et de la culture).

Mamadou Lamine Diarra est né en 1927 à San, au Soudan français. Il est le fils d’Amadou Diarra, commerçant, et d’Assitan Koromakan, fille d’une famille maraboutique. De 1937 à 1939, il est scolarisé à l’école élémentaire de Koutiala, où son frère Cheick Diarra est instituteur. Il le suit lorsque celui-ci est muté à Ouaigouya, de 1939 à 1941, puis retourne à Koutiala où il obtient le Certificat d’Études Primaires en 1943. Il intègre ensuite le cours normal des moniteurs d’enseignement à Sikasso, où il a pour professeur Modibo Keïta.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Modibo Keïta concourt à la députation. La promotion de 25 élèves de M.L Diarra se charge de recopier sa profession de foi afin de la diffuser aux « parents intellectuels ». « Je peux dire que la teneur de sa profession de foi a été pour nous une révélation, car il y parlait de travail forcé, de la colonisation, de la chefferie traditionnelle qui exploitait la population. Il parlait également de l’inégalité entre les pensions des 1ers tirailleurs sénégalais de 14-18 et leurs homologues français. Il craignait que ceux qui reviennent de la Seconde Guerre ne subissent le même sort. Ça nous a édifiés sur ce que c’est que la colonisation. »

Sorti du cours normal de Sikasso en 1946, M.L Diarra est affecté à Konna (actuelle région de Mopti). Il adhère au syndicat unique des enseignants du primaire, dont Ibrahima Sango est secrétaire général. Il milite également pour l’Union Soudanaise-Rassemblement Démocratique Africain (US-RDA). Les enseignants soudanais sont à l’époque en charge de mission qui déborde largement le cadre éducatif, effectuant le recensement, les révélés météorologiques, les premiers soins.

En 1954, lors d’une conférence pédagogique, Mamadou Lamine Traoré demande à son inspecteur Paul Valley, qui voyait d’un mauvais œil les activités syndicales dans les écoles et les villages, sa mutation pour quitter Konna. Il est alors muté à Bamako, dans le quartier de N’tomikorobougou.

En 1963 la fusion des syndicats de l’Union régionale des Syndicats du Soudan (URSS), qui regroupait alors trente-trois syndicats, aboutit à la création de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) autour de douze syndicats. Le Syndicat National de l’Éducation et de la Culture (SNEC). Mamadou Lamine Diarra est membre de sa commission de contrôle. Proche de Modibo Keïta, ayant été son élève et partisan de l’US-RDA, il est désigné en 1965 par le bureau politique du parti, en compagnie d’Issa Falaba, pour faire une tournée dans le pays en vue de sensibiliser les enseignants soupçonnés de boycotter les idéaux du parti.

En 1961, il est muté à l’école des fils des lépreux de Djicoroni, créée en 1932 et située dans l’enceinte de l’Institut MARCHOU. En 1961-1962, il n’y avait qu’une classe à deux divisions pour un seul maître.

Après le coup d’État de 1968, Mamadou Lamine Diarra suspend toutes ses activités politiques pour se concentrer uniquement sur sa fonction enseignante. Il a préféré continuer avec une œuvre qu’il avait commencé à la léproserie de Djicoroni. Mamadou Lamine Diarra parvient à faire augmenter le nombre de personnel enseignant et de salle de classe. L’école de la léproserie de Djicoroni prendra le nom de Mamadou Lamine Diarra, qui lui a consacré dix-sept ans de sa vie professionnelle.

Après le coup d’État militaire de novembre 1968, M.L. Diarra se met en retrait des activités syndicales. En novembre 1974, il est sollicité par ses camarades pour être le secrétaire général de la section de la commune III de BAMAKO. À la suite du congrès national du SNEC en décembre, il devient le secrétaire général du bureau national. Il devient également secrétaire administratif de l’UNTM. En cette période de dictature militaire, le syndicalisme est « caporalisé », et le mot d’ordre est désormais celui de la « participation responsable », limitant considérablement les capacités de mobilisation et les marges de contestation.

En 1980, M.L. Diarra se désolidarise d’un mouvement de mécontentement d’une partie des enseignants, à la suite de la parution d’un article critiquant l’obtention d’une augmentation de salaire. Alors que le secrétaire général du SNEC est en tournée dans le pays, le bureau se réunit et lance un appel à la manifestation. De retour, il fait un communiqué pour s’opposer à cette marche, qui a quand même lieu. Ce différent laissera des traces, et le congrès du SNEC en 1981 est houleux, mais M.L. Diarra est tout de même reconduit à sa tête.

Il est admis à la retraite en 1983, et achève son mandat à la tête du SNEC en 1985. Il est depuis régulièrement sollicité pour des conciliations lors de conflits sociaux. De l’adoption de la loi relative à l’exercice à la grève en 1987 à ce jour, il a ainsi présidé cent vingt commissions de conciliation. En 1992, à la faveur du congrès national de l’Association des Parents d’Élèves (APE) du Mali, Mamadou Lamine DIARRA est élu secrétaire administratif de l’organisation. Cinq ans après, il remplace Mamadou Samba Diarra à la tête de l’APE, fonction qu’il assure jusqu’à nos jours. Il fonde une association à Bamako-Coura en 1996 pour mobiliser la population afin de créer un centre de santé communautaire dans le quartier. Celui-ci est finalement construit à la place du foyer des femmes de Bamako-Coura. Il en est le président d’honneur à vie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article220075, notice DIARRA Mamadou Lamine par Souleymane Coulibaly, Alexis Roy, version mise en ligne le 4 novembre 2019, dernière modification le 4 novembre 2019.

Par Souleymane Coulibaly, Alexis Roy

Sources : Entretien avec M.L Diarra réalisé par Alexis Roy le 18 juillet 2013, à son domicile à Bamako-Coura, et entretiens avec M.L. Diarra réalisé par Souleymane Coulibaly les 5 et 9 janvier 2019.

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