DELBO Charlotte [épouse DUDACH Charlotte]

Par Claude Alice Peyrottes

Née le 10 mars 1913 à Vigneux-sur-Seine (Essonne), morte le 1er mars 1985 à Paris ; écrivaine ; résistante communiste, déportée « politique » à Auschwitz- Birkenau par le convoi du 24 janvier 1943 dit convoi des 31000. Homologuée adjudant chef de la RIF.

Charlotte Delbo
Charlotte Delbo
[Site memoire-vive.net]

Charlotte Delbo était fille d’immigrés italiens, Charles Delbo, chef monteur-riveteur et d’Erminie Delbo née Morero à Torre Pellice dans le Piémont, sans profession.
Aînée de quatre enfants, elle suivit une formation de sténo-dactylo bilingue en anglais et commença à travailler à l’âge de dix-sept ans comme secrétaire dans différentes entreprises d’Import-export, dont les bureaux étaient situés en plein cœur de Paris.
C’est dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, qu’elle fit, par hasard, la connaissance de Henri Lefebvre avec qui « elle fera de la philosophie de 1930 à 1934 », comme elle l’écrit en 1960 dans son curriculum vitae.
Elle adhéra aux Jeunesses communistes en 1932 ainsi qu’à l’Union des Jeunes Filles de France en 1936. Elle rencontra en 1934, Georges Dudach, journaliste, fervent militant communiste, qu’elle épousa à Paris dans la mairie du IIIe arr. en mars 1936. La même année, elle cessa son activité de secrétaire sténo-dactylo, et commença à écrire des articles dans la revue Les Cahiers de la Jeunesse dont Georges Dudach était le rédacteur en chef.
C’est à l’occasion d’un dossier sur le théâtre qu’elle devait réaliser pour la revue, qu’elle rencontra Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée, et devint, dès novembre 1937, sa secrétaire personnelle et son assistante dans les cours qu’il donna au Conservatoire d’Art Dramatique de la rue de Madrid.
C’est grâce aux notes qu’elle prit en sténo puis retranscrivit en respectant le mouvement de la pensée de Jouvet que nous pouvons lire aujourd’hui les cours qu’il donna au conservatoire de 1939 à 1940.
Entre 1940 et 1941, elle fut chargée de toutes les démarches administratives auprès des autorités occupantes, pour obtenir l’ausweiss (le visa) nécessaire à l’organisation des tournées de la troupe de l’Athénée en zone libre, en Suisse, puis en Amérique du Sud.
Le 6 juin 1941, elle arriva à Lisbonne, où elle embarqua, avec Louis Jouvet et toute la troupe de l’Athénée sur le Bagé, un paquebot à destination du Brésil pour une tournée en Amérique du Sud.
Mais en septembre 1941, alors que la troupe se trouvait en Argentine, Charlotte Delbo apprit que l’un de ses amis résistant, Jacques Woog, condamné à mort par le tribunal spécial créé sous Pétain pour juger « les terroristes », avait été guillotiné.
Elle décida alors, malgré les réticences de Jouvet, de rejoindre Paris lui déclarant « Il faut que je rentre. Je ne peux pas supporter d’être à l’abri pendant qu’on guillotine les camarades. Je n’oserai plus regarder personne après ». Louis Jouvet tenta par tous les moyens de l’en dissuader. En vain.
Elle partit de Rio-de-Janeiro par bateau et arriva en France le 15 novembre 1941. Elle retrouva son mari à Pau, puis ils regagnèrent séparément Paris.
À Paris, le couple entra aussitôt dans la clandestinité, et loua un studio sous un faux nom : M. et Mme Delépine. Charlotte Delbo écoutait la radio, Londres et Moscou, elle
prit des notes, tapa les textes que son mari lui apportait en particulier ceux de la revue des Lettres françaises dont Jacques Decour était le rédacteur et le co-fondateur avec Jean Paulhan.
Georges Dudach, adjoint national de Pierre Villon, secrétaire général du Front National sous l’Occupation, fut chargé d’organiser la Résistance à l’Université, et dans les Facultés, en liaison avec Georges Politzer et s’occupa en particulier des groupements Front National des intellectuels et leurs journaux, Université Libre, Lettres Françaises à la constitution desquels il participa dès octobre 1940.
Lorsque la police française au début de 1942 démantela la direction clandestine du Parti communiste avec comme objectif de détruire les réseaux du Front National, Georges Dudach et Charlotte Delbo furent arrêtés. (affaire Pican-Cadras).
Le 2 mars 1942 à midi et demi, les Brigades Spéciales de la police française frappèrent à la porte de leur domicile, rue de la Faisanderie dans le XVIe arr.
Ce matin-là se trouvait chez eux Pierre Villon, qui venait d’échapper le matin même à une autre perquisition. À l’arrivée de la police, il réussit à s’enfuir par la fenêtre de la salle de bain de l’appartement, situé au premier étage.
Georges Dudach et Charlotte Delbo furent emmenés au dépôt, séparés, ils subirent des interrogatoires. Georges Dudach fut torturé.
Charlotte Delbo fut incarcérée à la prison de la Santé, Georges Dudach à la prison du Cherche-Midi puis à la Santé.
Au petit matin du 23 mai 1942, elle fut appelée pour faire ses adieux à son mari dans une cellule de la prison de la Santé. Georges Dudach condamné à mort, fut fusillé le matin même à 9h40 au Mont-Valérien par une unité de soldats allemands en même temps que Georges Politzer, Jacques Solomon, Jean-Claude Bauer, Marcel Engros, Claude Gaulué et André Pican.
Ce dernier rendez-vous dans une cellule de la prison de la Santé, Charlotte Delbo l’a restitué sous forme d’un récit, Une scène jouée dans la mémoire, puis d’une pièce de théâtre Ceux qui avaient choisi.
Le 24 août 1942, Charlotte Delbo fut transférée de la prison de la Santé au Fort de Romainville avec d’autres résistantes communistes. C’est à Romainville qu’elle fit la connaissance de celles qui partagèrent sa case à Auschwitz-Birkenau, Vittoria Daubeuf, fille de Pietro Nenni, Yvonne Blech, Yvonne Picard, Cécile Borras, Lucienne Thévenin, Jeanne Serres, Simone Alizon et Madeleine Doiret.
Le 22 et le 23 janvier 1943, elles quittèrent par camion le Fort de Romainville pour le camp de Royallieu à Compiègne. Le matin du 24 janvier 1943, en gare de Compiègne, 230 femmes en majorité des combattantes de la résistance communiste furent poussées dans des wagons "à bestiaux" et déportées vers une destination encore inconnue d’elles : Auschwitz-Birkenau.
C’est le seul convoi de femmes françaises déportées politiques à Auschwitz-Birkenau. Parmi elles, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Danièle Casanova, Madeleine Jégouzo, Marie-Elisa Nordmann...
Le 27 janvier 1943, après 3 jours et 3 nuits de train, les 230 femmes du convoi entrent dans le camp d’Auschwitz-Birkenau en chantant La Marseillaise.
Il y avait parmi elles des Juives, mais toutes ont porté, cousu sur leurs vêtements rayés de prisonnières, le triangle rouge des politiques.
Le 7 janvier 1944, Charlotte Delbo faisait partie du groupe des dix qui travaillaient à Raïsko choisies pour être transférées au camp de Ravensbrück. Le 23 avril 1945, le camp de Ravensbrück fut évacué par la Croix Rouge suédoise, Charlotte Delbo et certaines de ses camarades furent emmenées en Suède où elles restèrent durant deux mois, puis furent rapatriées en France la dernière semaine de juin 1945.
Sur les 230 femmes de ce convoi, 49 revinrent après 27 mois de déportation : « Pour chacune un miracle, qu’elle ne s’est pas expliqué »
Le 23 juin 1945, Charlotte Delbo atterrit à l’aéroport du Bourget avec ses camarades survivantes. À l’hôtel Lutétia de Paris,elles se perdirent de vue, chacune retrouvant sa famille, ses amis.
C’est à son retour que Charlotte Delbo apprit la mort de son plus jeune frère Daniel, FFI engagé dans l’armée du maréchal de Lattre, tué à l’âge de dix-huit ans au passage du Rhin le 9 avril 1945, et c’est aussi à ce moment qu’elle réalisa l’absence, le vide, et qu’elle affronta la dure épreuve de continuer à vivre, de réapprendre à vivre, sans son mari, sans tous ceux qui avaient disparu, sans Vittoria Daubeuf, sans toutes ses camarades qui n’étaient pas revenues. « Si je confonds les mortes et les vivantes avec lesquelles suis-je moi ? »
Dès le mois de juillet 1945, elle reprit son travail à l’Athénée auprès de Louis Jouvet et de sa troupe, jusqu’en avril 1947. Durant cette période, en 1946, elle prit un congé pour soigner sa santé fragilisée par les mauvais traitements subis en déportation.
Elle fut admise dans une maison de repos pour déportées en Suisse, à Mont-sur Lausanne, la maison « Hortensia ». C’est là, en avril-mai 1946 qu’elle rencontra Ida Grinspan, âgée de 16 ans, déportée à l’âge de 14 ans parce que Juive. Des liens d’amitié très forts se tissèrent entre elles deux jusqu’à la mort de Charlotte Delbo en 1985. Deux textes de Charlotte Delbo retracèrent l’histoire de Ida, dans Mesure de nos jours et La mémoire et les jours. « Ne les as-tu pas entendues les mourantes qui toutes disent si tu rentres toi, tu diras ? »
C’est durant ce séjour en Suisse en 1946, que Charlotte Delbo écrivit son premier texte, celui qu’elle avait promis d’écrire à ses camarades si elle revenait, et dont elle savait déjà quel titre lui donner. Chaque après-midi, comme en témoigne Ida, elle prit le tram pour Lausanne où des amis lui avaient prêté un studio. C’est là qu’elle écrivit d’un trait sur un cahier d’écolier, ce premier texte-témoignage qui porta le titre Aucun de nous ne reviendra, un vers d’un poème d’Apollinaire, La maison des morts.
Ce livre ne fut publié que 20 ans plus tard, d’abord aux éditions Gonthier en 1965, puis aux éditions de Minuit en 1970, et sera suivi de Une connaissance inutile, et Mesure de nos jours qui formeront la trilogie Auschwitz et après.
D’avril 1947 jusqu’à décembre 1960, elle travailla à l’ONU à Genève, comme secrétaire et chargée de missions dans de nombreux pays. De retour à Paris, elle fut employée par le CNRS de janvier 1960 au mois d’août 1978, comme collaboratrice d’Henri Lefebvre.
Durant toutes ces années, après son retour, Charlotte Delbo écrivit ce qui constitua une œuvre littéraire à part entière, à la fois témoignage bouleversant et singulier par
sa forme sur ce que fut la déportation et la Shoah, mais aussi des pièces de théâtre politique (au sens des affaires de la Cité) sur les événements contemporains, des nouvelles, des articles.Charlotte Delbo resta durant toutes ces années attentive aux événements du monde et s’engagea partout où la dignité humaine est bafouée. « Je n’écris pas pour écrire, je me sers de la littérature comme d’une arme car la menace m’apparaît trop grande ».
En 1961, les éditions de Minuit publièrent Les Belles Lettres. Charlotte Delbo qui s’était engagée pour la cause de l’indépendance de l’Algérie composa ce recueil de correspondances publiées depuis 1958 à propos de faits ou d’articles concernant la guerre d’Algérie dont certains n’avaient jamais vu le jour dans leur intégralité.
En 1964, Charlotte Delbo entreprit le projet d’écrire les biographies des 230 femmes du convoi du 24 janvier 1943. Sa réalisation prit un an, ce qui est peu au vu de l’ambition du projet. Un an durant lequel elle travailla en contact et avec la collaboration de ses camarades survivantes pour retrouver région par région, ville par ville les familles des déportées, mais aussi avec les mairies, les ambassades, les associations des internés, résistants, déportés. Rassembler les documents officiels des états civils, recouper les témoignages pour constituer de façon la plus fournie et la plus exacte possible le parcours de chacune des déportées de ce convoi. Son expérience, à la fois acquise comme secrétaire assistante de Louis Jouvet, puis à l’ONU, mais aussi au CNRS, ainsi que ses qualités d’analyse, d’observation et son talent d’écrivain contribuèrent à faire de ce livre un témoignage inédit de l’histoire de ce convoi par une démarche à la fois sociologique et mémorielle particulièrement en avance sur son époque. La correspondance qu’elle entretint avec Marie-Elisa Nordmann durant cette période témoigne de la volonté, de la persévérance, de Charlotte Delbo à faire aboutir son projet.
Le livre fut publié en 1965, par les éditions de Minuit.
Les publications qui suivirent et qui formèrent la trilogie Auschwitz et après, sont, non seulement des témoignages bouleversants sur les atrocités vécues dans les camps et particulièrement dans le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz mais aussi une œuvre littéraire singulière dans sa forme, qui témoigne de la solidarité de ces femmes entre elles, de leur humour, de leur générosité.
« (…) ce que j’ai appris là...mais personne ne l’apprendra...j’ai payé cher, mais c’est quelque chose qui n’a pas de prix. J’ai vu le courage, j’ai vu la bonté, j’ai vu la générosité, j’ai vu ce que les autres ont fait pour moi, celles qui m’ont portée , qui m’ont aidée , celles qui m’ont donné à boire quand j’avais soif, celles qui se sont privées de leur pain pour obtenir un verre de boisson pour moi alors que je mourais de soif. Alors vous savez ça donne en même temps une très grande confiance en son semblable. »
L’oeuvre littéraire de Charlotte Delbo demeure une œuvre majeure pour la connaissance et la mémoire de la déportation.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21985, notice DELBO Charlotte [épouse DUDACH Charlotte] par Claude Alice Peyrottes, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 mai 2016.

Par Claude Alice Peyrottes

Charlotte Delbo
Charlotte Delbo
[Site memoire-vive.net]
Charlotte Delbo
Charlotte Delbo
[site Médiapart]
Plaque commémorative à la mémoire de Charlotte Delbo et de son mari Georges Dudach apposée sur l’immeuble où ils ont été arrêtés le 2 mars 1942 au 93/95 rue de la Faisanderie dans le 16e arr.

ŒUVRES : Les Belles Lettres, Les Éditions de Minuit, 1961. — Le Convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965. — Auschwitz et après :Aucun de nous ne reviendra, Les Éditions de Minuit, 1970. — Une connaissance inutile, Les Éditions de Minuit, 1970. — Mesure de nos jours, Les Éditions de Minuit, 1971. — Spectres, mes compagnons, Maurice Bridel, Lausanne, 1977. — Spectres mes compagnons, réédition, Berg international, Paris, 1995. — La Mémoire et les Jours, Paris, Berg International, 1985. — La Théorie et la Pratique, Anthropos, Paris, 1969. — La Sentence, pièce en trois actes, P.-J. Oswald, 1972. — Qui rapportera ces paroles ?, tragédie en trois actes, P.-J. Oswald, Paris, 1974 et radiodiffusé sur France-culture le 24 mai 1975, dans une réalisation d’Alain Barroux.
Création de la pièce, le 11 mars 1974, à Paris, au Théâtre Cyrano, (Actuel théâtre de la Bastille dans le 11e arrondissement) Réédition avec Une scène jouée dans la mémoire, pièce en un acte. Introduction et postface de Cécile Godard. HB Editions, Aigues-Vives, 2001.
Maria Lusitania, pièce en trois actes, et Le coup d’État, pièce en cinq actes, P.-J. Oswald, Paris, 1975. — La Ligne de démarcation et La Capitulation, P.-J. Oswald, Paris, 1977. — Ceux qui avaient choisi, pièce en deux actes, Les provinciales, Saint-Victor, 2011. — Charlotte Delbo. Qui rapportera ces paroles ? et autres inédits. (9 pièces de théâtre de Charlotte Delbo sont réunies dans ce volume), Éditions Fayard. 2013.

SOURCES : Arch. PPo, Activités communistes pendant l’Occupation, carton 3. — Le convoi du 24 janvier de Charlotte Delbo, Le Fonds Charlotte Delbo à la BnF (département des Arts et du Spectacle), Archives de la Préfecture de police de Paris, Archives du Ministère de la Défense – DAVCC de Caen. — Violaine Gelly et Paul Gradvohl, Charlotte Delbo, éditions Fayard, 321 pages.2013 — Emission radiophonique Radioscopie, entretien avec Jacques Chancel, 1974
HOMMAGES :
Le 3 février 1995 la compagnie théâtrale Bagages de Sable (codirigé par Patrick Michaëlis et Claude Alice Peyrottes) conventionnée par le Ministère de la culture et de la communication, a conçu et réalisé une nuit de lectures publiques et nationales de la trilogie Auschwitz et après de Charlotte Delbo, dans les 154 communes de naissance des femmes du convoi du 24 janvier 1943, convoi dit des 31000. Le 5 février 1995 France-Culture partenaire de la manifestation des lectures publiques et nationales du 3 février, diffuse Appel à la mémoire-Charlotte Delbo Auschwitz matricule 31661 : Les revenantes et Spectres mes compagnons.
En 2013, année du centenaire de sa naissance, Charlotte Delbo est mise au nombre des Commémorations Nationales par le Haut-Comité des Commémorations Nationales (Ministère de la Culture et de la Communication-Archives de France sous l’impulsion de l’association Les Amis de Charlotte Delbo. À cette occasion de nombreux événements artistiques et culturels sont réalisés autour de son œuvre : A Paris, en régions, en Italie, en Pologne et en Grande-Bretagne.
Lectures, Qui rapportera ces paroles ? à la Comédie-Française, extraits de la trilogie Auschwitz et après au Panthéon, créations, et représentations de ses pièces, concert/spectacle, émissions de radio, rediffusions, Colloque International à la BnF, exposition itinérante conçue et réalisée par l’Institut d’Histoire de la Résistance de Bergame, inaugurée en France à Rouen au Pôle Régional des Savoirs,rééditions de ses textes et parution de la première biographie Charlotte Delbo par Violaine Gelly et Paul Gradvohl...
L’oeuvre de Charlotte Delbo publiée en grande partie dans les années 1960/1970 a d’abord été reconnue dans les pays anglo-saxons, ces hommages contribueront à faire connaître en France son œuvre à un plus large public et seront suivis de rééditions de ses œuvres et d’inédits .
SITOLOGIE :
http://www.charlottedelbo.org http://www.memoirevive.org https://compagniebagagesdesable.wordpress.com http://www.bnf.fr https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte_Delbo