DELARUE Maurice, Auguste

Par Robert Aimé

Né le 1er avril 1915 à Entrains-sur-Nohain (Nièvre), mort le 7 août 1986 à Longjumeau (Essonne) ; professeur, puis animateur d’activités théâtrales et metteur en scène ; militant communiste.

Maurice Delarue naquit dans une famille d’instituteurs. Le père, Paul Delarue, au front lors de la naissance, fut nommé commandant et décoré de la Légion d’honneur. Socialiste, franc-maçon, anticlérical, Paul Delarue collaborait à la Société académique du Nivernais et était un éminent folkloriste.

Maurice Delarue fut influencé par son grand-père, cantonnier et seul dreyfusard de son village, qui s’attira la sympathie de Jules Renard. Influence aussi de son père (« Je respectais mon père, c’était un dieu »). Maurice Delarue marqua cependant très tôt sa différence : passionnés tous deux de botanique, il opposa l’herbier de son père (« spécialiste du genre à l’esprit analytique, séparant les plantes les unes des autres », dit-il) au sien, basé sur les « associations végétales », partant du fait que les plantes ne sont pas des phénomènes isolés : « Je voyais la botanique avec un esprit philosophique. » De même, le choix de ses livres sera différent du choix paternel.

De 1920 à 1928, Maurice Delarue vécut à Montsauche (Nièvre). Ses parents étant nommés à Vauzelles en 1928, il fréquenta le lycée de Nevers et entra en classe de philo en 1932. Il subit une grande influence (« idéologique », dit-il) de son professeur, Maurice Savin, disciple d’Alain* qui remarqua cet élève « destiné tout naturellement, par son ample culture et ses dons, aux études supérieures ». Il passa son baccalauréat en 1933, rentra au lycée à Dijon puis à Paris à Henri IV et à l’Université.

En 1937, ce fut la cassure définitive avec son père qui se séparait de son épouse. À la fin de la même année, Maurice Delarue passa son quatrième certificat (histoire générale de la philosophie), puis s’inscrivit à l’École Charles Dullin, en compagnie de Jean Marais, Jacques Dufilho, Alain Cuny, Madeleine Robinson... Nouvelle influence : « Il a joué un rôle extrêmement important pour moi. J’ai connu un grand homme dans ma vie : c’est Dullin [...] Le théâtre, c’était tout pour lui comme ce fut tout pour moi. » Chez Dullin, Maurice Delarue rencontra une élève, Louise Briodin, qu’il épousa le 4 novembre 1941 ; trois enfants naquirent de cette union.

1938, licence ès lettres précédée d’un stage de bibliothécaire à la Bibliothèque nationale et d’un autre au lycée Pasteur où il s’attira les éloges de Jean-Paul Sartre. Maurice Delarue - déjà tout au théâtre - délaissa l’agrégation. 1939, rencontre avec Jean-Marie Serreau qui animait une troupe théâtrale (La Petite Ourse) ; brèves tournées (Louise Delarue en sera) dans les Pyrénées, brutalement stoppées par la guerre. Maurice Delarue fut mobilisé à l’arrière (Cosne entre autres) et démobilisé le 27 juillet 1940. Il rencontra André Clavé au Théâtre universitaire puis trouva un logement à Paris (XIVe arr.) où il hébergea Mouloudji.

En août 1941, Maurice Delarue entra à « Jeune France » (précédé par Clavé), association créée le 22 novembre 1940 : Flamand (zone libre) et Mounier (zone occupée) en étaient les inspirateurs. Serreau et Vilar y entrèrent à leur tour. Maurice Delarue y dirigeait une « maîtrise d’éducation populaire et du folklore », donnait des cours et organisait des stages. Les bouillonnements culturels devenant trop dérangeants, « Jeune France » fut dissoute par Pucheu en 1942. Une tournée théâtrale avec La Roulotte, fut remise en selle par Clavé ; Vilar en était aussi.

Fin 1943, à l’initiative du ministère de la Jeunesse (Jean-Marie Conty), fut créé un « Centre de culture populaire » s’appuyant sur les « maisons d’étudiants » (Pierre-Aimé Touchard) ; la direction en fut confiée à Maurice Delarue qui reprit les activités réalisées à « Jeune France ». Un procès-verbal indique « 115 élèves, la plupart "ajistes" ». Plusieurs de ces élèves des cours d’art dramatique furent arrêtés par la police et ne reparurent jamais aux cours (fin juin et les semaines qui suivirent, 40 « ajistes » furent arrêtés).

En février 1944, ce fut le choc de « L’Affiche rouge ». C’est en se rendant chez son ex-professeur de philosophie - qui professait un pacifisme si proche de la collaboration qu’il sera interdit de cours à la Libération - que Maurice Delarue découvrit les affiches (23 résistants immigrés et français des FTP-MOI ont été fusillés) ; il rebroussa alors chemin et ne revit jamais Maurice Savin.

Les cofondateurs de « Travail et Culture » (22 septembre 1944) s’accordent à penser que c’est en ces lieux (« Jeune France » et « Centre de culture populaire ») que l’idée et les bases d’une association culturelle étaient nées, dont Maurice Delarue et Jean-Marie Serreau étaient les principaux inspirateurs. Dès la Libération - outre ses fonctions à TEC - il alimenta les rubriques théâtre de Terre des Hommes, Action, Parallèle 50, Les Lettres Françaises. Après avoir dirigé les activités de TEC, Maurice Delarue devint président de l’association (du 20 novembre 1946 au 12 novembre 1947), succédant à Pierre-Aimé Touchard. Élu secrétaire général le 13 novembre 1947, il resta à ce poste jusqu’en 1966. De 1944 à 1949, Maurice Delarue s’efforça de constituer une structure efficace capable de gérer conjointement une gamme très large d’activités avec le concours d’artistes, intellectuels prestigieux.

Début 1950, l’équipe fondatrice de TEC se dispersa, chacun se consacrant à sa discipline respective. Préoccupé par les difficultés financières, Maurice Delarue tenta cependant (sans trop de succès, à l’exception de la région lyonnaise) de développer TEC en province. Il favorisa la création de sections et comités TEC (localités et entreprises), persuadé de la nécessité de former des militants TEC. Enfin, les prestations de qualité à l’intention des comités d’entreprise et des municipalités comptèrent dans les priorités, de même la création de la revue DOC. Malgré la nécessité d’avoir à répondre à la demande des collectivités, Maurice Delarue s’employa constamment à privilégier l’offre.

Intellectuel de rigueur et de conviction - plus que gestionnaire - Delarue fut été l’initiateur de nombreuses manifestations culturelles de haut niveau. Une crise financière (1966) mit fin à l’activité des Trois Baudets, géré par TEC depuis la fin 1964, et motiva son éviction, suivie d’un changement d’orientation. Il demeura à TEC à un poste subalterne jusqu’au 30 avril 1969.

Critique de théâtre quelques mois au journal l’Humanité, il collabora ensuite au Théâtre de la Commune (Aubervilliers). Ce fut au TEP (Théâtre de l’Est Parisien) que Maurice Delarue finit sa carrière comme dramaturge (1970-1975). Les confidences de Kundera - qu’il rencontra dans son pays en vue de monter une de ses pièces - lui firent quitter le PCF auquel il avait adhéré peu après la Libération. Communiste discipliné, il s’était associé - avec Denis Bord et Geneviève Cacérès - à l’autocritique commune suggérée, parue dans La Nouvelle critique (février 1950, p. 90).

Veuf depuis le 22 décembre 1976 (son épouse Louise, institutrice, mourut subitement à soixante-trois ans), Maurice Delarue fut victime - quelques années plus tard - d’une hémiplégie qui lui rendit l’écriture difficile. En 1983, il souffrit d’une occlusion intestinale dont il ne se remit jamais vraiment. Hospitalisations, interventions se succédèrent. Il mourut à l’hôpital de Longjumeau le 7 août 1986 et fut enterré à Saint-Didier, près de Tannay (Nièvre). Sur sa tombe se trouve une plaque portant l’inscription « Ses amis de Travail et Culture ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21946, notice DELARUE Maurice, Auguste par Robert Aimé, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 28 février 2010.

Par Robert Aimé

SOURCES : Entretiens avec Maurice Delarue, de 1982 à 1986. — État civil.

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