NONVEILLER Guido [pseudonymes dans la résistance : Morel, Henri Ballan]

Par Eric Panthou

Né le 5 juin 1913 à Rijeka -Fiume en italien- (Autriche-Hongrie puis Italie, puis Yougoslavie, aujourd’hui Croatie), mort le 7 avril 2002 à Belgrade (Serbie) ; entomologiste croate, professeur d’Université ; délégué de Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ; Volontaire de l’Espagne républicaine, Résistant au sein des FTP-MOI, membre de l’état-major FTP Zone Sud en 1944.

Portrait de Guido Nonveiller

Guido Nonveiller est le fils de Lino, un ingénieur chimiste qui voyagea à travers toute l’Europe et éduqua Guido et sa sœur à Rijeka (Croatie), Vienne (Autriche) et Split (Croatie). Il connut l’entomologiste croate Peter Novak alors qu’il était jeune et cette rencontre suscita sa passion pour les insectes et leur étude. Il découvrit sa première espèce inconnue dès l’âge de 16 ans en 1929.
En même temps qu’il suivait ses études à l’université de Belgrade, il s’engagea dans différents mouvements étudiants, ce qui l’amena à partir combattre au sein des Brigades Internationales en Espagne en tant qu’officier, de 1937 jusqu’à son arrestation sur le territoire français en avril 1939 après la victoire de France.
Il fut alors incarcéré à la prison de Castres. Il s’en évada avec 36 autres membres des Brigades internationales le 16 septembre 1943.

Il rejoignit alors la Résistance communiste et intégra les FTP-MOI. Il fut envoyé en train de Toulouse à Lyon (Rhône). Là, il fut nommé au 1er octobre 1943 à l’Etat-Major FTPT de l’Inter A, zone militaire qui englobait 6 départements du Centre dont la Loire et le Puy-de-Dôme. Il y tenait le rôle de Commissaire militaire. En fait, il devait prendre le commandement des FTP MOI à Saint-Étienne tout en dirigeant les groupes de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et Commentry (Allier). Son supérieur était Lubjo Ilic, alias Louis.
A son arrivée à Saint-Etienne, les FTP MOI y comptaient deux groupes d’action avec 4 et 5 membres mais leur nombre doubla rapidement. C’ était le maximum, selon lui, de ce que l’on pouvait établir dans une cité comme Saint-Étienne, pour des raisons de sécurité. Les commissaires ne se connaissaient que sous leur nom de guerre, personne ne savait où ils logeaient, les rencontres étaient toujours fortuites, uniquement à deux, dans la rue. En fait, les FTP et FTP MOI opéraient séparément. Il ne se souvient que d’une seule opération menée en commun à Saint-Étienne au cours de ses six mois d’activité là-bas.
Outre ses activités à Saint-Etienne, il se rendait régulièrement par le train à Clermont-Ferrand et Commentry. Dans chacune de ces cités, il comptait un groupe FTP MOI sous son commandement. L’histoire des groupes FTP MOI dans ses deux départements restent à écrire, le nom de Nonveiller étant jusque là inconnu.

Nonveiller, dans le témoignage qu’il apporta en 2002 sur sa vie de Résistant, insista sur les difficultés matérielles des FTP MOI qui devaient se procurer par leurs propres moyens, nourriture, vêtements, armes, tandis que l’argent venait de l’EM de Lyon. Il évoque les attaques de bureaux de distribution des cartes d’alimentation, le vol de pistolet auprès de policiers isolés.
Dans son récit Nonveiller fait état des trois principaux champs d’activité des groupes d’action : harceler les forces d’occupation allemandes, saboter leur machine de guerre, attaquer des chefs du système répressif de Vichy, responsables de la mort de résistants. Il insiste sur les sabotages électriques et ferroviaires autour de Saint-Étienne. Ils ont aussi reçu le mot d’ordre d’éliminer les Miliciens et ultra collaborateurs. Ils ont ainsi pu en pleine rue éliminer deux ou trois chefs départementaux à Saint-Étienne, après que les services de renseignements FTP MOI aient repéré les déplacements des Miliciens.
Il dit que grâce aux 4 groupes FTP Moi il y eut en décembre 1943, en moyenne une opération par jour. Tout se passait bien. Mais la vigilance se relâcha et en février 1944 il y eut un violent accrochage au centre ville. Il y eut des blessés, des arrestations. Personne ne connaissant l’étendue des dégâts, il fallut dissoudre toute l’organisation dans la ville. Il ne revit plus jamais aucun des groupes. Il fut le seul à rester sur place pour mettre sur pied une nouvelle organisation, avec de nouveaux effectifs venant de l’extérieur. Il changea y compris son apparence, n’étant même pas reconnu par l’agent de liaison venu le voir de Lyon.

Après avoir reconstitué les FTP MOI à Saint-Étienne, il fut muté en mars 1944 à l’état-major à Lyon et affecté à la mise sur pied des milices patriotiques dans le Sud de la France. En juin 1944, il fut nommé au Comité militaire des FTP zone SUD avec le grade de capitaine, sous son nom de guerre de l’époque, Henri Ballan.

Au lendemain de la Libération, il fit partie de la première mission de la nouvelle diplomatie yougoslave à Paris, qui était alors dirigée par Ljubo Ilic, précédemment son camarade de cellule à Castres puis son supérieur à l’état-major des FTP-MOI.

Il rentra dans sa patrie en septembre 1945, huit ans après l’avoir quittée pour rejoindre les Brigades Internationales. Il retourna à l’Université de Belgrade où il enseigna de 1946 à 1960. Il fonda et dirigea pendant dix ans l’Institut fédéral yougoslave pour la protection des plantes. Il prit aussi de 1947 à 1949 la tête d’un plan de protection de la nature au sein du Ministère.
De 1960 à 1962 il travailla en Tunisie sur une mission de protection des plantes puis de 1962 à 1985 il siégea au sein du FAO, relevant de la ONU, en tant qu’expert à Yaoundé (Cameroun).
En 1989, il a reçu les Palmes académiques, la plus haute distinction académique en France. De 1992 à 1996, il vécut à paris où il travailla au Musée d’Histoire naturelle et publia de nombreux articles sur ses recherches sur les lépidoptères.
En 1996, le gouvernement espagnol reconnu sa contribution à la défense de la république espagnole et le déclara citoyen du pays. La même année, il fut reconnu "ancien combattant", pour son action de résistant en France.
Il a été reconnu internationalement pour ses recherches sur les mutillidae en Afrique. Il fut aussi un des pionniers dans l’utilisation de l’informatique en entomologie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218987, notice NONVEILLER Guido [pseudonymes dans la résistance : Morel, Henri Ballan] par Eric Panthou, version mise en ligne le 12 septembre 2019, dernière modification le 6 novembre 2019.

Par Eric Panthou

Portrait de Guido Nonveiller

Guido Nonveiller, Memoirs of a 20th century citizen, University of Belgrade, 2004.

SOURCES : Jonny Granzow, L’évasion de la prison de Castres. 16 septembre 1943, éd. Loubatières, 2009.— https://en.wikipedia.org/wiki/Guido_Nonveiller .— Aleksandar ́Cetkovi ́c et Dragan Pavicevic, "Guido Nonveiller (1913-2002), A Renowned entomologist of the twentieh century : life and accomplishments", Institute for Nature Conservation of Serbia, monograph n°22, 2008. [en ligne].

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