DEJONKÈRE Jules, Charles

Par Yves Dauriac, Jean Maitron

Né le 16 janvier 1885 à Armentières (Nord), mort le 14 octobre 1963 à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine) ; cheminot, révoqué en 1920 ; syndicaliste CGT puis CGTU ; militant de la SFIO, du PC puis du Parti socialiste unitaire (1er PSU).

Jules Dejonkère était le fils naturel d’une servante, Céline Dejonkère, qui ne le reconnut qu’en 1907 quand il se maria, le 28 octobre à Broussal (Haute-Marne), avec Louise Chesse.

Il se trouvait avec sa mère à Abbeville (Somme), quand il s’engagea à 16 ans, le 7 novembre 1901, dans la marine, à Lorient, comme apprenti mécanicien. Victime d’un accident du travail en 1903, blessé au genou suite à la chute d’une chaudronnerie, il fut reçu second maître mécanicien en 1905, promu à la 1ère classe en mai 1907 et termina son engagement en 1908.

Jules Dejonkère travailla alors comme électricien aux chemins de fer de l’Etat et commença à jouer un rôle de premier plan dans le mouvement ouvrier. Révoqué lors de la grève de 1910, il fut réintégré à la gare de triage d’Achères (Seine-et-Oise, Yvelines) en 1911. Cette année-là, en tant que secrétaire du groupe local du Syndicat national des cheminots affilié à la CGT, il participa au congrès national, prit une part importante aux débats et fut désigné comme rapporteur de la commission de réorganisation du syndicat. Les travaux de cette commission aboutirent, en février 1912, à la création d’une organisation dissidente, dite « révolutionnaire », la Fédération nationale des transports par voie ferrée, dont Dejonkère – ami de Monatte – était le secrétaire général mais dont la CGT refusa l’adhésion. En 1913, alors que les « fédérés » avaient été réintégrés au sein du Syndicat national, il tenta de fonder « le cinéma du peuple ».

Durant la guerre, il fut affecté en octobre 1914 au 5e Régiment d’artillerie à pied et alla à Verdun. A partir de septembre 1915, il fut détaché aux sociétés Oxylithe à Levallois-Perret puis Reveilhau à Paris et enfin remis à la disposition des chemins de fer Etat en mars 1916, où il fut affecté officiellement comme monteur à la gare Montparnasse à Paris. En fait il fut détaché comme sous-chef d’équipe technique au dépôt de Saintes (Charente-Inférieure, Charente-Maritime) où il fut démobilisé le 23 octobre 1919.

À son arrivée à Saintes, en 1916, il prit en main le syndicat des cheminots, et son action, selon un rapport de police de 1920, produisit une baisse du rendement dans les ateliers de 30 à 40 %. En 1919, il participa à de nombreuses réunions dans le département pour soutenir les nombreuses grèves du printemps contre la vie chère et promouvoir le programme de la CGT de la « nationalisation ». Soutenus par de nombreux partisans, notamment à la Fédération des Arsenaux, chez les dockers de La Pallice et La Rochelle et les employés des PTT, il fut élu en janvier 1920 secrétaire de l’Union des syndicats de la Charente-Inférieure.

Réputé énergique, voire violent, il fut, lors des grèves des cheminots de février et mai 1920, le principal instigateur du mouvement aux ateliers de Saintes, dont 1 000 employés environ sur un effectif de 1 200 adhéraient au Syndicat national. Révoqué au mois de mai 1920, il fut inculpé de complot contre la sûreté intérieure de l’État et arrêté le 18 juin. Transféré à Paris en taxi (afin d’éviter des incidents à la gare de La Rochelle), il fut libéré le 30 juillet et bénéficia d’un non-lieu le 21 novembre.

Entre-temps, dans le courant du mois d’août 1920, il avait été désigné comme membre du conseil de la Fédération des travailleurs des chemins de fer. À la CGT, il était devenu l’un des leaders de la fraction minoritaire qui fonda les comités syndicalistes révolutionnaires (CSR). Il fut délégué au congrès tenu le 11 septembre 1920 à Saint-Junien (Haute-Vienne) par les syndicats minoritaires Centre-Ouest (cf. F7/13023, rapport du 12 septembre 1920). En juin 1921, il fut élu trésorier général de cette Fédération, fonction qu’il exerça jusqu’au congrès fédéral de juin 1922 précédant la constitution de la CGTU. Lors du congrès, il combattit une motion présentée par le syndicat des cheminots de Paris-État-rive droite, recommandant l’adhésion de la Fédération à l’Internationale syndicale rouge (ISR) ; cette motion ayant été adoptée, il démissionna du syndicat des cheminots de Paris-État-rive droite pour adhérer, comme simple militant, à celui de Paris-État-rive gauche.

Déplacé dans la région parisienne en 1920, il ne devait plus s’en éloigner, élisant successivement domicile à Paris, à Puteaux – où, de 1925 à 1939, son seconde femme, Madeleine Marcuset éousée à Suresnes le 15 septembre 1922) exploitait une épicerie-buvette au 50 avenue du Président Wilson – et à Asnières.
Ayant quitté la SFIO, pour passer au Parti communiste, au moment de la scission du congrès de Tours de 1920, Jules Dejonkère, membre par ailleurs du Comité de défense sociale, fut chargé en 1921 de la rubrique du mouvement social de l’Humanité. En octobre 1922, à la suite du congrès national, il démissionna du Parti et cessa sa collaboration à l’Humanité et à L’Internationale. Il adhéra alors au Parti communiste unitaire et collabora au journal L’Égalité, organe de l’Union socialiste communiste. Le 27 juin 1924, il présida, en qualité de membre du Comité de défense sociale, un meeting contre le fascisme à la salle des fêtes de Puteaux, au cours duquel il fut conspué par des militants communistes.

Il devait terminer sa carrière au réseau de l’État comme inspecteur des services techniques.

En 1947, Jules Dejonkère devint membre de la commission exécutive paritaire du Mouvement socialiste unitaire et démocratique qui devait devenir le Parti socialiste unitaire (PSU) l’année suivante. Il était alors également secrétaire de la Fédération de la Seine de la Ligue des droits de l’Homme et membre du bureau du Comité national de défense des libertés syndicales et démocratiques. Il fut candidat unitaire aux élections cantonales de 1949 à Mantes (Seine-et-Oise, Yvelines). La même année, il fut élu trésorier général de la Fédération de la Seine du PSU, fonction qu’il paraît avoir exercée jusqu’en 1953. Il était enfin en 1958 membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme et du Comité de résistance contre le fascisme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21871, notice DEJONKÈRE Jules, Charles par Yves Dauriac, Jean Maitron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 24 janvier 2019.

Par Yves Dauriac, Jean Maitron

SOURCES : Arch. Nat. F7/12978, rapport du 19 mars 1920. — Arch. Nat. F1c II 280. — Arch. Dép. Charente-Maritime, 4M2/72-75, 14 M2/7, 14 M2/11. — Arch. Dép. Nord, état civil. — Arch. Dép. Somme, registre matricule, 1905. — Notes d’Alain Dalançon et de Gilles Morin.

ICONOGRAPHIE : photo sur laquelle on retrouve Dejonkère dans La Révolution prolétarienne numéro spécial pour les 70 ans de Pierre Monatte janvier 1951

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