LAFFRANQUE Marie

Par André Bernard, Marianne Enckell

Née le 28 novembre 1921 à Saint-Marcet (Haute-Garonne), morte le 13 juillet 2006 à Toulouse. Linguiste, philosophe, chercheuse au CNRS. Antimilitariste, non-violente.

Marie Laffranque en 2003.

Marie Laffranque vécut à Toulouse depuis 1925. Dans sa famille, il y eut des bergers, des paysans et des ouvriers pauvres des trois zones linguistiques du Sud-Ouest. Quelques soldats de métier à chaque génération, dont celle de « la guerre d’Algérie ». Deux proches épousent, sur place, des « Françaises d’Algérie ». Parents athées et enseignants agissant sans étiquette (ils avaient 21 et 22 ans en 1914).

Elle entrepris une thèse sur Federico Garcia Lorca, et se rendit en 1952 à Grenade pour y poursuivre ses recherches, malgré les difficultés : elle ne pouvait se déplacer qu’en fauteuil roulant, et fit l’objet d’une surveillance policière.

Elle se forgea une opinion socio-politique au fil des événements publics, notamment au contact des réfugiés espagnols, participant activement à l’Ateneo español fondé par les Jeunesses libertaires en 1945. Elle chercha en permanence comment réduire l’exploitation de l’homme par l’homme. De marxistes dissidents en variantes libertaires, sans oublier certains groupes chrétiens, elle découvrit l’action de Gandhi, puis l’Actioncivique non-violente (ACNV) où elle put s’engager pleinement dans un soutien actif aux réfractaires français à la guerre d’Algérie ainsi qu’aux objecteurs de conscience espagnols. Après l’adoption du statut de l’objection de conscience (1963), elle continua aux côtés des objecteurs qui luttaient pour son amélioration et de ceux qui voulaient la suppression totale du service obligatoire, qu’il soit militaire ou civil.

En 1970, pour protester contre le procès de Burgos intenté à 13 militants de l’ETA, elle n’hésita pas à s’enchaîner devant le consulat espagnol à Toulouse, malgré son infirmité. Elle participa à plusieurs manifestations et colloques de la CNT en Espagne, après la mort de Franco. En 1978, elle organisa avec sa collègue et amie Lucienne Domergue à l’université du Mirail une exposition sur L’œuvre culturelle des libertaires de Toulouse qui circula dans toute la France.

Sa maison était un refuge permanent pour les persécutés, exilés, sans-papiers, illégaux.

Elle était une spécialiste reconnue de Federico Garcia Lorca, qu’elle traduisit et sur lequel elle publia plusieurs études, tout comme sur d’autres écrivains et militants espagnols.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218699, notice LAFFRANQUE Marie par André Bernard, Marianne Enckell, version mise en ligne le 22 août 2019, dernière modification le 22 août 2019.

Par André Bernard, Marianne Enckell

Marie Laffranque en 2003.

ŒUVRE : Les Idées esthétiques de Federico Garcia Lorca, thèse complém. Lettres, Paris, 1965. — Federico Garcia Lorca, Seghers, 1966. — L’État de défense, économie, société et répression, Maspero, 1970 (dossier Partisans). — « Lorca et la guerre d’Espagne », in Les Écrivains et la guerre d’Espagne, Cahiers de l’Herne, 1975. — (trad. et préf. ) Une Culture folk parmi nous, le peuple gitan / Francesc Botey, Toulouse, 1971. — (avec Lucienne Domergue) « La « Revista blanca » et les philosophes français du 18e siècle : anarchisme et Lumières », in Pensée hispanique et philosophie française des Lumières, Toulouse, 1980. — “De la guerra al exilio : María Zambrano y el senequismo de los años cuarenta”, Cuadernos hispanoamericanos 143, 1985. — El castillo maldito / Federico Urales ; étude préliminaire par Lucienne Domergue et Marie Laffranque, Toulouse, 1992. — Chronique d’une condamnation annoncée : procès de Luc Tangorre, 3-8 février 1992, Toulouse, 1995. — (trad.) L’Insoumission incarcérée / Carlos M. Beristain, Lyon, ACL 1995. — Cuentos de amor y otros cuentos anarquistas en "La Revista blanca", 1898-1905 / Federico Urales ; éd. bilingue et présentation de Lucienne Domergue et Marie Laffranque, Toulouse, 2003. — Correspondance 1937-1944 / Louisa Paulin, Antonin Perbosc ; texte établi par Marie Laffranque et Guy Sengès ; introduction et notes de Jòrdi Blanc, Valence-d’Albigeois, 2007.

SOURCES : Erica Fraters, Réfractaires à la guerre d’Algérie, 1959-1963, avec l’Action civique non-violente, Syllepse, 2005. — Manuel Llatser, « L’Ateneo de Toulouse », in Culture d’exil : Espagnols dans le Sud-Ouest : 1935-1975, Toulouse, 2009. — site Anarco-efemerides — BnF Data.

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