DEIXONNE Maurice [DEIXONNE Joseph, Maurice]

Par Justinien Raymond

Né le 8 juin 1904 à Curepipe (Île Maurice, océan Indien), mort le 27 juin 1987 à Vaulnaveys-le-Haut (Isère) ; professeur ; militant socialiste ; député du Tarn (1946-1958).

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Maurice Deixonne vit le jour en des circonstances tragiques. Son père Raphaël qui allait avoir trente ans, établi vétérinaire dans l’île et chargé par le gouvernement anglais de chercher un remède à la maladie du surra, venait de mourir, trois mois plus tôt, d’une maladie « coloniale », l’abcès au foie, après avoir subi de douloureuses opérations. Ce père dont les parents habitaient à Longué (Maine-et-Loire) s’était expatrié parce que ses parents avaient désapprouvé son mariage avec une Lorraine, Élizabeth Wetzel. « En ce temps-là, a écrit Maurice Deixonne, les radicaux francs-maçons, comme l’était mon grand-père, Arthur Deixonne, lui-même vétérinaire, ancien élève d’Alfort, étaient aussi intolérants et autoritaires que les catholiques dont ils dénonçaient par ailleurs le dogmatisme. » La mère de Deixonne devenue veuve avant la naissance de son dernier fils, regagna la France avec lui et ses deux aînés Raphaël, six ans et Jeanne, trois ans. Les parents paternels accueillirent les deux aînés, et Maurice alla vivre avec sa mère, à Charleville, auprès de son grand-père maternel, ouvrier boulanger. Sa mère s’engagea comme surveillante à l’École normale d’institutrices dans le dessein de se préparer à l’enseignement : écrasée de douleur et de travail, sa raison sombra et, internée à l’asile de Prémontré (Aisne), elle y mourut pendant la Première Guerre mondiale.

Maurice Deixonne demeura auprès de ses grands-parents maternels jusqu’à l’âge de cinq ans. En 1909, ses grands-parents paternels vinrent le chercher et il rejoignit en Anjou ses frère et sœur qu’il ne connaissait pas encore. Il fréquenta donc l’école primaire de Longué, reçut les leçons de l’instituteur Aigrault, le père du futur protagoniste de l’impôt sur l’énergie, puis de l’excellent instituteur Beaumont dont Lucien Paye, ministre de l’éducation nationale, condisciple de Deixonne à Longué, au lycée d’Angers et à l’ENS, a brossé le portrait comme le type du maître dévoué et efficace à la fois très proche des préoccupations de son milieu rural et pénétré de la grandeur de sa tâche. Admis au concours des Bourses avant l’âge du certificat d’études, Deixonne entra en 1914 au lycée David d’Angers. Coup sur coup, Deixonne perdit sa grand-mère et son grand-père. Orphelin pour la seconde fois, il fut pris en charge par une tante paternelle célibataire dont l’abnégation lui permit de poursuivre ses études. Hébergés d’abord chez une autre tante à Beaufort-en-Vallée, les enfants revinrent à Longué qui resta le point fixe de Deixonne pendant sa vie de lycéen.

Excellent élève au lycée d’Angers, Deixonne y souffrit d’une discipline rigide contre laquelle il regimbait : alors qu’il collectionnait les premiers prix, on ne lui décerna pas une seule fois le prix d’excellence. Il quitta l’établissement muni du baccalauréat (1922) avec mention "très bien" et d’un accessit au concours général de philosophie.

Élève de Première supérieure au lycée Lakanal à Sceaux à partir d’octobre 1922, arrivé en 37eme place sur 50 admis au concours de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm en 1924, il fut proposé pour une bourse de licence dans une faculté de province. Or, il avait obtenu à la Sorbonne en février 1923 le certificat de psychologie et en février 1924 celui de morale et de sociologie. Pour ne plus être à la charge de sa tante et pour rester à la Sorbonne, encouragé par le rectorat, il renonça à sa bourse après avoir obtenu un poste de maître d’internat au collège d’Étampes à partir d’octobre 1924 où il organisa une société sportive et diverses améliorations pour la vie dans l’internat. Pour se comportement d’animateur qui bannit toute sanction, il reçut les félicitations du conseil d’administration du collège pour sa réussite auprès des jeunes élèves. Il obtint aussi en février 1925 deux autres certificats de philosophie de la licence d’enseignement. Il écrivit, le 30 mars 1925, au recteur pour lui annoncer qu’il avait l’intention de tenter une nouvelle fois le concours de l’ENS et de suivre les cours jusqu’aux épreuves de la classe de Première supérieure au lycée Louis le Grand avec l’accord du proviseur. Il demandait alors une mutation pour les internats des lycées Saint-Louis ou Lakanal. La réponse du recteur ne figura pas dans son dossier mais il passa avec succès le concours de l’ENS en 1925.

A l’ENS, se décida l’orientation socialiste de sa vie. Georges Lefranc* et Jean Le Bail* furent ses parrains à la 5e section socialiste de Paris où il s’inscrivit en avril 1926. Il milita surtout parmi les étudiants, au Cercle socialiste des quatre puis des six Écoles normales supérieures, quand on eut créé celles des sports. Il fut un des fondateurs et, de 1927 à 1928, le premier secrétaire général de la Fédération nationale des Étudiants socialistes. Une nouvelle et redoutable épreuve l’attendait : au cours de sa seconde année d’École normale, il fut atteint de lésions pulmonaires et soigné aux sanatoriums de Durtol (Puy-de-Dôme), de Gorbio (Alpes-Maritimes), de Praz-Coutant à Passy (Haute-Savoie). Après une convalescence à Corenc (Isère) il était guéri pour la vie. Le 14 août 1929 à Saint-Valérien (Yonne), Maurice Deixonne épousa Suzanne Boully, qui sera sa compagne d’homme et de militant.

Malgré la maladie, il mena ses études à bien. Titulaire d’une licence de philosophie, il était au sanatorium de Passy quand il soutint son mémoire sur la preuve ontologique de l’existence de Dieu, devant M. Brunschwig, et obtint le diplôme d’études supérieures de philosophie en 1928. Sa femme, professeur, ayant été mutée de Tours à Clermont-Ferrand, c’est, tout près, à Chamalières que, tout en soutenant l’action socialiste locale des députés Paulin et Andraud, Deixonne prépara l’agrégation où il fut reçu d’emblée en 1930. Il fut réformé. Deixonne fut nommé professeur de philosophie au lycée Louis Wallon Valenciennes (Nord) à titre provisoire en 1930, alors que sa femme enseignait à Clermont-Ferrand. Son beau-père Georges Boully, ancien député de l’Yonne, intervint en sa faveur pour le rapprochement avec son épouse. Après qu’il eut fait sa demande de changement pour raison de santé, il fut nommé au lycée Émile Duclaux à Aurillac (Cantal) à titre provisoire en 1933. Ils eurent leur premier enfant Abel futur médecin.

Pédagogue d’avant-garde, Deixonne s’attacha à des méthodes stimulantes et attractives, regroupa le programme en une vingtaine de titres sur lesquels chaque élève travaillait pour être interrogé quand il se jugerait prêt. Les travaux écrits étaient réduits à une dizaine de dissertations, mais de nombreux sujets donnaient lieu à l’ébauche collective d’un plan. Partout où il enseigna, il créa des bibliothèques de classe, le choix des titres lui attirant parfois des reproches comme ce fut le cas à Gap avec Le mariage et la morale de Russell. De plain-pied avec ses élèves, il partageait une partie de leurs loisirs, s’efforçait d’ouvrir leurs yeux sur le monde et sur la société. Sa discipline libérale, l’ouverture de ses recherches étaient parfois l’objet de scandale pour l’administration universitaire et pour les esprits attardés du lieu : ses succès scolaires (jusqu’à 100 % à Aurillac), parlaient en sa faveur.

Ses débuts politiques à Valenciennes furent assez fracassants. Lors de l’enquête de 1935, un dossier fut constitué sur son activité dans le Nord, à peine arrivé, inconnu dans la ville, devant une réunion publique de plusieurs milliers de personnes, le 14 octobre 1930, lors d’une réunion sur la liberté de l’enseignement et les droits des familles, il porta à l’abbé Desgranges, une contradiction à laquelle La Croix fit un sort. La presse locale en rendit abondamment compte. Le Petit Valenciennois indiquait qu’il avait défendu « avec cran » la conception socialiste de la nationalisation. Le proviseur, dans son rapport à l’Inspecteur d’Académie notait, le 23 octobre, que ses propos avaient « provoqué quelques émotions dans les familles » qui avaient « vu une atteinte à leurs droits et une menace à la neutralité scolaire ». En 1931, selon un rapport de police, il avait dans la presse qualifié le maire de Valenciennes de « traître par bêtise ». Aussi le proviseur demandait-il qu’on accélère le déplacement de Deixonne selon ses vœux. En mars 1933, dans un rassemblement de la « Ligue des Contribuables », il fut, avec le communiste Gitton, malgré les organisateurs, porté au bureau de la réunion en tant que président du comité intersyndical des fonctionnaires. La police notait qu’il portait la casquette et ne l’avait enlevé qu’en chantant L’Internationale. Selon son témoignage, le rassemblement fut dispersé par les gardes mobiles. En août 1933, il avait signé une protestation par pétition contre une circulaire sur la propagande pour l’objection de conscience. Un autre signataire était Georges Canguilhem, alors professeur au lycée de Douai.

En 1932, avec d’autres intellectuels socialistes, Deixonne fut à l’origine d’un courant nouveau d’idées au sein du Parti socialiste, par la publication d’un ouvrage collectif Révolution Constructive, défendant la conception d’un « plan » comme objectif de l’action socialiste.

De 1933 à la Seconde Guerre mondiale, Suzanne et Maurice Deixonne enseignèrent à Aurillac (Cantal), avec un intermède à Gap (Hautes-Alpes), comme sanction à leur action socialiste et antifasciste. C’est à Aurillac que naquit leur second enfant, Jacqueline, qui sera documentaliste universitaire. Après la tentative de coup d’État du 6 février 1934 à Paris, le combat politique se fit plus âpre. Deixonne prit une part active dans la constitution d’un comité antifasciste dont il assura le secrétariat, dans la création d’un journal Le Socialiste, le 15 avril 1934, dont il était responsable du comité éditorial et de la trésorerie. Avec son épouse, il y écrivit plusieurs articles critiques par rapport à l’administration du lycée et de l’école primaire supérieure. Le 22 avril, Maurice Deixonne, désigné par le Comité antifasciste, dut porter la contradiction en réunion publique à deux parlementaires de droite Poitou-Duplessis et Ybarnegaray, et se heurta, avec les contre-manifestants, aux forces de l’ordre : dans la bagarre Suzanne et Maurice Deixonne furent blessés. Un cortège alla protester auprès du maire radical, Dauzier, absent. De nouveaux heurts violents se déroulèrent lors d’une réunion interdite, le 1er mai, à la Bourse du Travail. Il fut, en 1932, un des onze signataires du livr-manifeste Révolution constructive (voir Pierre Boivin)

Deixonne comparut le 12 décembre 1934, devant le tribunal correctionnel d’Aurillac ; le 19, il fut condamné à deux mois de prison avec sursis, juste ce qu’il fallait pour être privé de ses droits civils, et à cent francs d’amende ; avec sa femme condamnée à un mois et cent francs, il fut suspendu de ses fonctions sans privation de traitement, le 19 décembre 1934 avec son épouse et le jugement fut confirmé en appel, malgré une pétition signée par une centaine de fonctionnaires, à Riom le 28 mars 1935 ou le 5 avril 1935 selon son dossier administratif.

L’inspecteur d’académie demanda son déplacement. Un rapport, accompagné d’un gros dossier, présenté à la commission consultative du 30 octobre 1935 pour émettre un avis sur la demande de déplacement. Le proviseur constatait ses qualités professionnelles ce que confirmait le rapport de l’Inspecteur général Roustan qui contestait sa conception de la discipline. Le rapport se concluait ainsi : « La commission [...] n’a pas à craindre de frapper trop durement un jeune professeur qu’il ne convient pas d’accabler, dont, pour notre part, nous souhaitons au contraire de tout cœur un relèvement. » La presse syndicale protesta et un article de La Tribune des fonctionnaires le 26 octobre, interrogeait « Y a-t-il une affaire Deixonne ? » Deixonne fut déplacé comme professeur de philosophie au lycée de Gap (Hautes-Alpes), en novembre 1935. Il entretint de mauvais rapports avec le proviseur et de nombreux parents d’élèves protestèrent contre sa venue. Aussi en 1935-1936, Deixonne fit de nombreuses démarches pour réclamer « sa réintégration dans sa chaire de philosophie à Aurillac d’où il a été chassé, sans aucune faute professionnelle pour des raisons inavouables de politique locale ». Il obtint satisfaction en septembre 1936 d’autant qu’une active campagne à Aurillac demandait la réintégration des Deixonne.

Son enseignement donna de bons résultats puisqu’en 1938 tous ses élèves furent reçus au baccalauréat. Membre actif du syndicat, il fit grève le 30 novembre 1938.

Le milieu des années 1930 fut marqué pour le couple par un engagement total. Depuis le 13 mai 1934, Deixonne assurait le secrétariat de la fédération socialiste du Cantal. Secrétaire de son comité de presse, il transforma son hebdomadaire en bi-hebdomadaire le 4 avril 1935. Il présida le Comité antifasciste et plus tard le Comité d’accueil des Réfugiés espagnols. Il militait au syndicat des professeurs qu’il représentait à l’Union locale des syndicats. Il fonda un Collège du Travail où Suzanne Deixonne assurait les cours de français et où Maurice enseignait l’économie politique. Ils aidaient les instituteurs dans les garderies du jeudi. Ils organisèrent un club de natation adhérant à la Fédération sportive et gymnique du Travail (FSGT). Ils fondèrent une boulangerie coopérative, « la Fraternelle » qui assura un emploi au secrétaire du syndicat des ouvriers boulangers mis à pied et qui réussit à faire baisser le prix du pain. Dans les campagnes les plus reculées, ils s’efforcèrent d’organiser les ouvriers agricoles. Et, naturellement, dans toutes les élections, Maurice Deixonne portait le drapeau socialiste : à Aurillac même, il obtint 669 voix aux élections cantonales du 7 octobre 1934, 1 349 aux élections municipales du 5 mai 1935 et 1 665 aux élections législatives du 26 avril 1936. Pour ce dernier combat, il revint de Gap en congé d’inactivité. Dans l’arrondissement d’Aurillac, sur 22 767 inscrits, il recueillit 4 881 voix contre le Dr Ramond, républicain de gauche, 7 311 ; Paul Bastid, radical, député sortant, 5 923 ; et Batédou, communiste, 743. Deixonne se désista pour Bastid pourtant converti de fraîche date au Front populaire et lui permit de battre Ramond par 9 830 suffrages contre 8 742 et même de devenir ministre du Commerce. Néanmoins, Bastid s’opposa au retour de Deixonne à Aurillac. Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, lui offrit un poste à Paris. Deixonne refusa ce marchandage et, comme la fédération socialiste du Cantal se faisait menaçante, Deixonne et sa femme, après leur réintégration à Aurillac en novembre 1936, reprirent la direction de la fédération socialiste.

Dans l’atmosphère de réaction et de liquidation du Rassemblement populaire qui précéda la guerre, Deixonne écrivit des articles critiquant le Président du Conseil dans Le Socialiste en mars 1939 qui lui valurent un non-lieu du Tribunal correctionnel puis le 10 août 1939, « L’escroquerie à la défense nationale ». Il comparut à nouveau devant le tribunal correctionnel, accusé de provocation à l’avortement et de propagande anticonceptionnelle pour un article du 26 août 1939 (29 août selon son dossier administratif) intitulé « Le Code de la Famille », dans lequel, saluant la législation nouvelle, il exprimait des réserves sur le renforcement des textes répressifs, condamnant l’aggravation de la répression contre l’avortement et la propagande néo-malthusienne. Le 15 octobre 1939 (1er octobre selon son dossier administratif), il fut suspendu sans traitement. Le 6 décembre, pour le second chef d’accusation, il fut condamné à trois mois de prison avec sursis et à 100 francs d’amende. Avec sa femme, le 31 janvier 1940, il fut à nouveau déplacé à Auch (Gers). Pendant ces années, il avait concentré son action contre le danger de guerre ; il combattit, sans y adhérer, aux côtés de la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert, et il resta au Parti socialiste après l’exclusion de cette dernière au congrès de Royan (juin 1938). Après avoir soutenu le pacifisme révolutionnaire de Marceau Pivert, lié avec Zoretti et Berthe Fouchère, il appuya, contre Léon Blum, le pacifisme « munichois » de Paul Faure, au congrès de Montrouge (décembre 1938).

La guerre venue, Deixonne fut mobilisé pour une brève période (13 avril 1940-4 mai 1940) dans l’infanterie de marine à Brest. Rendu à la vie civile il regagna Auch. Le 9 décembre 1940 (13 novembre selon son dossier administratif), il fut révoqué par le ministre Ripert et, en janvier 1942, sa femme fut déplacée à Albi (Tarn). Il dut gagner sa vie dans l’enseignement libre, non confessionnel. Le Cours libre d’enseignement secondaire de Lourdes lui offrit d’être son directeur : mais à l’Académie on lui refusa l’indispensable certificat attestant qu’il avait au moins cinq ans d’exercice. Il se contenta donc d’y enseigner pendant les deux derniers trimestres de l’année scolaire 1941-1942. En donnant quelques leçons particulières, il vécut des années difficiles, d’autant qu’à Lourdes, comme à Albi, Deixonne et sa femme n’étaient guère connus. En 1943, dans son rapport d’inspection, son épouse indiquait qu’il enseignait comme « professeur libre » à Lourdes dans une institution privée.

À la Libération, les Résistants du Cantal lui demandèrent d’être proviseur du lycée d’Aurillac, tandis que ceux du Gers l’appelaient à l’Inspection académique. Il opta pour ce dernier poste mais, le ministère, s’avisant qu’un inspecteur d’Académie ne peut avoir sa femme sous ses ordres, Deixonne devint proviseur du lycée d’Albi, le 13 novembre 1944, où Suzanne Deixonne fut nommée également et où elle donna naissance en juillet 1945 à son troisième enfant, Claire, qui deviendra professeur d’anglais. Selon le rapport du recteur en 1945, il était « un proviseur moderne et modèle » et fut titularisé à ce poste, le 11 novembre 1948.

Appelé à la présidence de la Fédération du Tarn des œuvres laïques, Deixonne ranima la Fédération des élus cantonaux. Élu secrétaire de la fédération socialiste du Tarn, il fit reparaître le 13 octobre 1945 Le Cri des Travailleurs qui devint Tarn-Dimanche puis Le Républicain du Tarn. Les relations entretenues par la Fédération du Tarn avec le Parti communiste, que pourtant Deixonne ne ménageait guère, inquiétèrent le comité directeur du Parti socialiste et Deixonne, avec deux autres militants fut condamné à la suspension de toute délégation ou mandat pour cinq ans. Le 6 mars 1946, Deixonne demanda la révision de cette décision dans une lettre à la direction du Parti et aux militants de la fédération du Tarn. Rappelant toute son activité depuis sa création en 1922 de la Fédération nationale des étudiants socialistes, ses luttes, ses blessures, ses condamnations, ses révocations, il rappelait qu’il était « une des personnalités qui font honneur au Parti ». Après une vive réaction des socialistes du Tarn, le congrès de Montrouge, à l’unanimité, leva ces sanctions. Salomon Grumbach* qui était l’élu du Tarn à la première Constituante, suspecté, à tort ou à raison, de ne pas avoir éclairé le comité directeur dont il était membre, sur la véritable nature des rapports socialo-communistes dans le Tarn, ne fut pas désigné comme candidat pour la deuxième Constituante. Deixonne y sera élu le 2 juin 1946 et réélu à l’Assemblée nationale le 10 novembre 1946, le 17 juin 1951 et le 2 janvier 1956. L’École et la Nation, revue du Parti communiste français, en 1951, le surnommait « l’archiduc de Dalmatie », depuis qu’aux élections législatives, il s’était apparenté avec Reille-Soult, MRP, dans le Tarn, archiduc de Dalmatie, pour battre Garaudy.

Pendant toute cette période de la IVe République, la vie de Deixonne se confondit avec celle du groupe parlementaire socialiste dont il deviendra le président en 1958. Parmi les nombreux textes qu’il a fait aboutir pour les avoir déposés, ou pour les avoir rapportés, c’est arbitrairement que son nom n’a été associé qu’à un seul, la loi du 11 janvier 1951 établissant un enseignement facultatif des langues régionales. Il pourrait tout aussi bien revendiquer le rétablissement du service de la Santé scolaire, la création de la Caisse nationale des Lettres, la réalisation du Barrage de la Montagne Noire qui répand l’eau sur plus de cent communes rurales de trois départements, etc. Il s’attacha aussi aux problèmes des charbonnages (il était l’élu des mineurs de Carmaux), et de l’Éducation nationale se faisant le paladin de la législation laïque. Dès décembre 1946, il déposa une proposition de loi tendant à supprimer la perte d’ancienneté infligée à des catégories de personnels enseignants du second degré qui reçut l’approbation du directeur de l’enseignement secondaire mais qui tarda à être appliquée.

Deixonne contribua à la fondation de la Fédération nationale des Foyers Léo-Lagrange qu’il présida jusqu’au congrès de Lille (1972). Il participa à la vie des Cercles Jean-Jaurès, groupement des socialistes universitaires, appartint au Comité directeur du Parti socialiste, et fit partie de la délégation socialiste en URSS, au temps de Khrouchtchev. Il batailla aussi pour l’Europe unie et en faveur de la Communauté européenne de défense (CED). Dans le désarroi qui marqua la chute de la IVe République il se rendit avec Guy Mollet à l’invitation du général de Gaulle qui n’attendait plus que ce ralliement pour accéder au pouvoir (1958).

Battu en 1958 dans le Tarn, Deixonne accepta un poste de directeur à Paris (XIIIe arr.), le 1er janvier 1959, à l’annexe des Cordelières du lycée Montaigne qui allait devenir le lycée Rodin dont il devint le premier proviseur en 1959-1960. Il marqua son passage (gymnase, terrain de sports, salle des fêtes, service de documentation, discipline détendue) jusqu’à sa retraite en septembre 1965. Pendant ces années, il participa aux activités de l’Office central de la coopération à l’école dont il était un des dirigeants nationaux et fut souvent invité pour prononcer des conférences, comme celle sur « l’esprit français », le 16 janvier 1960, au cercle d’études populaires de Charleroi (Belgique).

Retiré d’abord à Cerny (Essonne) près de La Ferté-Alais, il anima comme secrétaire général le Mouvement français pour le Planning familial (juin 1964-juin 1966). Il intervint pour la dernière fois dans un congrès socialiste à Issy-les-Moulineaux (juillet 1969) sur un problème « d’environnement » intéressant la région sud de l’agglomération parisienne.

Ses trois enfants étant réunis dans la région grenobloise, Maurice Deixonne fixa son foyer à Uriage, petite station balnéaire voisine et il milita dans la section socialiste toute proche de Vizille.

Ses archives ont été déposées à l’Office universitaire de la recherche socialiste (OURS).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21860, notice DEIXONNE Maurice [DEIXONNE Joseph, Maurice] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 janvier 2013.

Par Justinien Raymond

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

ŒUVRE : La Vérité sur la scission de Royan, Aurillac, 1938, brochure de 64 p. — Cinq ans au service de notre École publique, Paris, 1949, 31 p. — La Nouvelle vague cléricale, Paris, 1959, 58 p. — Le lycée Rodin, Paris, s.d., 35 p.

SOURCES : Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Nat., AJ/16/5950 ; F/17 17776, 28457 (consultés par Jacques Girault). — Archives de Maurice Deixonne, fédération du Tarn, OURS. — Journaux cités dans la biographie. — Brochures citées dans la rubrique « Œuvre ». — Le Populaire, 6 mars 1934. — G. Lefranc, Le mouvement socialiste sous la IIIe République, op. cit., p. 273. — Renseignements recueillis auprès de M. Deixonne. — DBMOF, notice par J. Raymond.

Version imprimable Signaler un complément