MONNIER Jean, Joseph, Étienne, Auguste

Par Louis Thareaut

Né le 3 mai 1930 à Segré (Maine-et-Loire), mort le 26 octobre 2018 à Angers (Maine-et-Loire) ; ouvrier menuisier-ébéniste ; jociste : syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire de l’Union locale CFTC de Segré (1951-1958), membre du Conseil de la gédération du Bâtiment et Travaux Publics (1953-1958), secrétaire général de l’UD-CFTC puis CFDT du Maine-et-Loire (1958-1970), conseiller confédéral (1963-1970), membre du bureau confédéral CFDT (1967-1970) ; militant socialiste, secrétaire de la fédération socialiste de Maine-et-Loire (1972-1975) ; maire d’Angers (1977-1998), conseiller général de Maine-et-Loire (1973-1988), conseiller régional des Pays de la Loire (1986-1998).

SOURCE : Ville d’Angers.

Jean Monnier était issu d’un milieu modeste. Son père, Étienne Monnier, fut ouvrier plombier-ferblantier chez un artisan jusqu’en 1939, puis dans une entreprise nationale de travaux publics, la SACER. Sa mère, Marguerite Lardeux était lingère. Jean Monnier était le deuxième d’une famille de trois enfants : Suzanne née en 1921, institutrice dans l’enseignement privé ; Joseph, ingénieur aux mines de fer de Segré puis dans une entreprise de métallurgie, conseiller municipal de Segré de 1971 à 1983, puis de 1989 à 2001. Les parents, catholiques pratiquants, n’eurent jamais d’action militante, ni d’engagement quelconque. Jean Monnier revendiquait pourtant l’influence de sa mère, femme de tempérament, active et volontaire qui, outre son emploi, donnait des soins infirmiers à domicile bénévolement bien qu’agréée par la Sécurité sociale minière.

Scolarisé dans l’enseignement privé à l’école Saint-Joseph, à Segré, Jean Monnier choisit de quitter l’école à treize ans et demi avec le Certificat d’études primaires (CEP), désireux de travailler dès que possible pour aider sa famille. Il entra en janvier 1944 chez les frères Cherruaud, artisans menuisiers-ébénistes de Segré en qualité d’apprenti et obtint ensuite le Certificat d’aptitude professionnelle (CAP). Plus tard, il devint contremaître.

Dès son entrée dans le monde professionnel, Jean Monnier adhéra à quatorze ans à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et prit très vite la responsabilité des jocistes des « petites villes » au sein de la fédération départementale. En 1946, il adhéra à la CFTC et devint responsable « Jeunes » à l’Union locale de Segré, et fut à l’origine de l’organisation de camps de vacances pour les jeunes Ségréens au Grand-Bornand puis au Pouliguen. Il fut élu peu après secrétaire du syndicat CFTC du Bâtiment de Segré et membre du conseil de la Fédération nationale du Bâtiment et des Travaux publics CFTC.

À l’image des structures syndicales, ses responsabilités furent doubles : professionnelles et interprofessionnelles. À partir de 1951, il fut secrétaire de l’Union locale CFTC de Segré. Il contribua à l’ouvrir vers l’industrie, sur ces terres où le Mouvement républicain populaire (MRP) était solidement installé, faisant évoluer les bases du syndicalisme local traditionnellement implanté parmi les employés (le député local était l’ancien responsable de la CFTC Joseph Le Sciellour). Jean Monnier entra ensuite au congrès d’octobre 1952 au conseil de l’Union départementale (UD) du Maine-et-Loire alors dirigée par Jean Auger.

C’est à partir de là qu’il se mêla aux batailles des minoritaires, y compris en participant au groupe d’études organisé autour de Reconstruction et animé par Jean Auger. Au congrès départemental CFTC de 1956, Jean Monnier présenta au nom du syndicat du Bâtiment de Segré deux motions caractéristiques du combat qu’il conduisait avec les « minoritaires ». La première motion rappelait que les luttes syndicales se menaient d’abord sur les lieux de travail et avec les travailleurs et que l’objectif devait donc être le développement de l’implantation de sections syndicales dans toutes les entreprises. Elle souhaitait que soient développées une propagande plus vaste pour le recrutement et une formation des militants responsables des sections d’entreprise. La deuxième résolution portait sur la presse. Elle déplorait la pauvreté des moyens d’information et de propagande de la confédération pour le soutien des luttes ouvrières sur les lieux de travail. Elle constatait la nécessité urgente pour l’Union départementale de pallier cette carence par la création d’un journal mensuel départemental à tous les adhérents, une ambition réalisée plus tard par la parution du bulletin À toi Camarade.

Plusieurs années passées à mener de front son métier de menuisier ébéniste et ses responsabilités au sein de l’UL de Ségré le conduisirent à démarcher l’UD afin de demander davantage de moyens. Il lui fut alors suggéré de remplacer Jean Auger à la tête de l’UD. Lors de la réunion du conseil de l’Union départementale CFTC du 10 mars 1957, pour l’élection du bureau, deux voix se portèrent sur le nom de Jean Monnier, alors qu’il n’était pas candidat. Il fit à ce conseil une intervention remarquée dans laquelle il demandait notamment la suppression de la fonction de président de l’Union départementale, le secrétaire-permanent devenant dès lors l’homme fort de l’exécutif. Un vote décida de renvoyer la question à une date ultérieure. Si Jean Monnier fut provisoirement battu sur ce point – le poste de président effectif fut supprimé seulement après son élection –, il put cependant intégrer deux commissions importantes, dont l’objet fut au centre de ses préoccupations tout au long de sa vie syndicale et politique : la commission « organisation et information » et la commission « économique et politique ». Finalement c’est au conseil du 12 octobre 1958 que Jean Monnier fut élu secrétaire de l’UD, en remplacement de Jean Auger avec 31 voix sur 33 votants, un vote contre et une abstention. Il quitta alors Segré pour s’installer à Angers et devint secrétaire-permanent, une responsabilité qu’il exerça jusqu’au 31 décembre 1970.

Entre temps, Jean Monnier avait épousé, le 11 avril 1953, Jeannette Boué, employée de bureau à Segré, militante à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC). Le couple eut quatre enfants : Jacqueline née en 1954, Annick en 1955, Geneviève en 1957 et Jean-Michel en 1966. Son épouse cessa son travail à la naissance du premier enfant. Elle reprit une activité à mi-temps de 1961 à 1966, et à temps complet de janvier 1975 à mars 1977.

Jean Monnier exerça des responsabilités syndicales majeures, tant départementales, régionales que nationales à la CFTC puis à la CFDT. Au niveau départemental, il s’employa pour le développement de la CFDT en Maine-et-Loire, soutenu par des militants bien implantés et actifs dans les entreprises, au point d’amener la CFDT au premier rang des organisations syndicales du département. Son rôle fut aussi important au moment de la déconfessionnalisation de la centrale. Il eut notamment une entrevue avec Mgr Chappoulie, évêque d’Angers pour tenter de faire comprendre l’évolution du syndicat. Ainsi, dans son département, près de 90% des militants acceptèrent la transformation de la CFTC en CFDT. Il collabora également avec Gilbert Declercq au sein de l’Union régionale des Pays-de-Loire. Chaque année, les deux hommes se retrouvaient à la Guerche à Savennières (Maine-et-Loire) pour faire le point et discuter de l’activité syndicale. Par ailleurs, Jean Monnier fut responsable de la commission « formation » et son apport fut essentiel lors des sessions de l’École normale ouvrière (ENO) qui s’adressaient aux cadres syndicaux de la région.

Au plan national, Jean Monnier participa au 30e congrès confédéral de la CFTC en 1959. Mais c’est au 31e congrès de 1961 qu’il se fit connaître, d’abord par son intervention au nom des syndicats du bâtiment et de la métallurgie d’Angers puis par sa candidature au conseil confédéral. Dans son intervention, il regretta que « le rapport général présenté par Georges Levard ne fasse pas mention des actions de masse pour la paix en Algérie et la défense de la démocratie et des libertés que la CFTC a dans une large mesure animées », estimant que « ces deux dernières années, notamment dans l’Ouest, c’était la CFTC qui avait été l’élément moteur déterminant ». Il regretta également de « ne pas trouver dans ce rapport des perspectives d’avenir pour unsyndicalisme de masse démocratique » et il proposa « qu’une nouvelle étape soit rapidement franchie pour une évolution de la CFTC ». Il termina son intervention par une charge contre les tentatives d’intégration du syndicalisme par le néocapitalisme.

Après avoir échoué une première fois à l’élection du conseil confédéral, arrivant en 27e position, Jean Monnier fut élu au congrès suivant, en juin 1963, arrivant en cinquième position avec 24 129 voix. Au 33e congrès de juin 1965, il fut réélu en deuxième position derrière Eugène Descamps, le secrétaire général. Au 34e congrès de novembre 1967, il fut élu membre du bureau confédéral.

De 1969 à 1970, son combat national essentiel fut en faveur d’une « stratégie syndicale autonome », opposée à la « stratégie du contre-plan » défendue par Edmond Maire, alors secrétaire général de la fédération CFDT de la Chimie. Ensemble, ils firent un tour de France des régions pour exposer leurs théories. Edmond Maire, défendait une stratégie commune aux organisations du mouvement ouvrier. Il préconisait qu’avant la prise du pouvoir, les partis et les syndicats négocient sur les « revendications possibles ». Cela se traduirait ensuite par un contrat qui deviendrait le contre-plan de l’opposition que les deux parties s’engageraient à appliquer lorsque la gauche serait au pouvoir. Pour Jean Monnier qui défendait la « stratégie syndicale autonome », le syndicat n’avait pas mandat pour parler au nom de l’intérêt général mais celui de représenter les travailleurs. Il n’avait pas pour fonction de faire des arbitrages ni de gouverner. Il devait conserver son pouvoir de contestation. Il n’y avait donc pas de stratégie commune ni de contrat possible avec les partis, les stratégies pouvant être parallèles mais non convergentes. Le congrès de 1970 fut le point d’orgue de ce débat.

Lors de ce même congrès, outre la défense du projet de charte financière au nom de la confédération, à la rédaction duquel il avait largement participé, son dernier acte national fut, après un long exposé, de défendre la motion « Pour un socialisme démocratique » présentée au nom des régions Bretagne, Pays de la Loire, Paris et de la fédération SGEN, motion qui, lors du premier vote, recueillit près d’un tiers des mandats. Jean Monnier avait alors déjà pris la décision de mettre fin à ses responsabilités syndicales, abandonnant ses mandats nationaux à ce congrès puis départementaux à la fin de l’année. Il avait été question auparavant qu’il postule au secrétariat général et succède à Eugène Descamps qui avait fait part de ses velléités de départ. L’ancien leader de la métallurgie y était d’ailleurs favorable. Malgré les nombreuses sollicitations, Jean Monnier, guère attiré par la vie parisienne et ne voulant pas quitter sa région, déclina cependant la proposition.

Après avoir quitté le syndicalisme, Jean Monnier prit la direction d’un Foyer de jeunes travailleurs à Angers. Il fut à l’initiative de la création de deux autres foyers et devint directeur de l’association gérante de ces trois foyers jusqu’en 1987.

Jusque-là, ses engagements et responsabilités avaient été exclusivement syndicaux. Fervent partisan de l’autonomie syndicale et du non-cumul des mandats politiques et syndicaux, il appliqua cette règle à la lettre au sein de l’Union départementale CFTC-CFDT du Maine-et-Loire. Ce ne fut qu’après s’être démis de ses responsabilités syndicales qu’il adhéra au Parti socialiste, en 1972, après le congrès d’Épinay. Pendant quelques mois, il fut secrétaire fédéral adjoint de la fédération du Maine-et-Loire, puis secrétaire fédéral jusqu’en 1975. En mars 1973, il fut candidat aux élections législatives dans la circonscription Nord d’Angers contre Jean Narquin, député sortant, membre de l’Union des démocrates pour la République (UDR). Au second tour, le candidat UDR fut élu avec 22 584 voix contre 17 531, soit 46,7 % à Jean Monnier.

Le 29 septembre 1973, au second tour des élections cantonales, il fut élu conseiller général avec 3 281 voix contre 3 112 à Jean Gilles, candidat sans étiquette, maire de Saint-Barthélémy-d’Anjou, commune périphérique d’Angers. Il fut conseiller général durant quinze ans et ne se représenta pas en 1983.

En mars 1977, Jean Monnier fut élu maire d’Angers à la tête d’une liste commune PS-PCF-MRG. Ce succès surprit « Angers la bourgeoise » qui n’avait pas senti venir la défaite. Dans les derniers jours de la campagne, la droite eut beau agiter la menace communiste, la liste d’union de la gauche fut élue avec 52 % des voix. Dans tous les quartiers périphériques et dans une partie du centre, la gauche arriva en tête. Sur la liste du tribun de Mai 68, les salariés avaient aussi reconnu les anciens responsables syndicaux de leurs entreprises, qu’ils soient de la CFDT, de la CGT ou de la FEN. Jean Monnier devait cette victoire électorale à ses capacités personnelles mais aussi au travail des militants qui l’avaient suivi sur le terrain politique après avoir œuvré ensemble dans le syndicalisme. Entrés en force derrière lui au Parti socialiste en 1972, ces militants appliquaient ce qu’ils avaient appris dans les rudes combats syndicaux. Tous derrière un leader dont ils partageaient les analyses, ils se battaient à toutes les élections. De 1971 à 1977, les scores électoraux de la gauche à Angers passèrent de 36 % à 52 %.

Après plusieurs désaccords avec les élus du PCF, notamment après la grève des transports urbains de la ville, le 11 octobre 1979, il retira leurs délégations aux adjoints communistes. Aux élections municipales de mars 1983, malgré les accords nationaux, il refusa de faire une liste commune avec le PCF. Sa liste, soutenue par la section socialiste d’Angers et où figuraient des centristes, fut élue avec 52,07 % des suffrages. Fin mars 1983, il fut exclu du Parti socialiste par le comité directeur national. Il fut néanmoins réélu maire en 1989 et 1995 sur des listes intégrant de plus en plus de centristes et de représentants de la « société civile ». Il fut conseiller régional de 1986 à 1998.

Tout au long de sa carrière politique, celui qui était surtout préoccupé par le développement de sa ville et de sa région, depuis qu’il participait, en tant que responsable CFTC, aux réunions du comité d’expansion du Maine-et-Loire, préféra la réalité des dossiers municipaux et les réalisations concrètes aux débats nationaux qu’il jugeait parfois stériles. Son parcours est exemplaire d’une génération d’hommes et de femmes qui bénéficièrent à la CFTC puis à la CFDT d’une formation syndicale de haut niveau, pas seulement en raison d’une action revendicative formatrice mais aussi grâce aux confrontations d’idées avec des personnalités nationales du monde politique, économique, philosophique qui venaient plancher dans les sessions d’études régionales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218473, notice MONNIER Jean, Joseph, Étienne, Auguste par Louis Thareaut, version mise en ligne le 14 août 2019, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Louis Thareaut

SOURCE : Ville d’Angers.

SOURCES : Arch. de l’UD CFDT du Maine-et-Loire (AD de Maine-et-Loire). — Arch. personnelles de Louis Thareaut. — Frank Georgi, L’invention de la CFDT, Paris, Les Éditions ouvrières/les Éditions de l’Atelier, 1995. — Maurice Grassin, Jean Monnier, Nantes, Éditions Siloë, 1998. — Marc Vion, L’Ouest à gauche : sept nouveaux maires s’expliquent, Paris, Édition Guy Authier, 1977. — Entretien de Louis Thareaut avec Jean Monnier le 29 mai 1997.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément