DAIGNEAU Georges, Alexandre [pseudonyme dans la résistance : Paul]

Par Eric Panthou

Né le 19 décembre 1904 à Aubervilliers (Seine, aujourd’hui Seine-saint-Denis), mort le 26 avril 1986 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), serrurier-monteur chez Michelin ; délégué CGT ; secrétaire de la section PCF Michelin après-guerre ; interné, Résistant.

Fils d’Alexandre et de Marie Astier, tous les salariés chez Michelin, Georges Daigneau eu 2 frères. Son père était contremaître à l’atelier VD tôlerie.
Il se maria et eut trois enfants. Il habitait 43 rue de la Grolière, quartier de Montferrand, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Il fut embauché chez Michelin à l’âge de 12 ans et demi, en 1917. Voici ses souvenirs sur les grèves de 1920 dans l’usine, une première à l’époque. “L’armée et la police chargeaient directement les grévistes. Mon père et ma mère travaillaient à l’usine des Carmes. Pour protéger ma mère, pour lui éviter d’être bousculée, pour lui éviter les jets de cailloux, j’ai pénétré dans l’usine par les guichets de paye qui étaient alors situés à l’extérieur de l’usine. J’ai été filmé par les gardes Michelin et je n’ai dû qu’à ma jeunesse de ne pas être sanctionné. Meneurs et grévistes furent matraqués par cette espèce de police intérieure qu’on appelait “Garde civique”. L’ampleur de la répression fut telle qu’un ouvrier nommé Guillard, père de 10 enfants fut licencié pour fait de grève.” (propos recueillis par Robert Marchadier).
Daigneau, alias Gastounet pour ses amis, pratiqua le rugby à haut niveau au sein du club de l’entreprise, l’ASM, jouant même dans l’équipe première quand l’un de ses meilleurs joueurs, Savy, capitaine, fut malade.
A l’usine, il travaillait au service F avec son ami Pérolle. Il dit y avoir fait les “400 coups” mais sans jamais être punis alors car ils étaient défendus par Marcel Michelin, très certainement parce que comme l’écrit Marchadier, il était “l’enfant chéri” de Marcel Michelin. “Gastounet”, le surnom de Daigneau, était très populaire au stade et à l’usine.
Georges est bientôt devenu serrurier-monteur à l’atelier VD entretien. Ses frères Marcel et Paul étaient aussi salariés chez Michelin, serruriers à VDT. Georges, par sa fonction, circulait dans toute l’usine et connaissait beaucoup de monde.
En 1935, il adhéra au PCF et devient secrétaire de la cellule « La Faucille », chez Michelin, en 1936 avant de devenir membre du bureau de la section Michelin,fondée en 1937. En 1936, il participa à la grève de solidarité organisée en février dans quelques ateliers en solidarité avec Henri Verde, alors secrétaire de la CGT Michelin, licencié. C’était le premier arrêt de travail dans l’usine depuis 1920. Daigneau, comme 50 autres syndiqués, fut lui-même licencié à l’issue de la grève, puis rappelé directement par la direction. Il pensa qu’il avait été dénoncé par un de ses camarades. Il participa ensuite aux grèves avec occupation de juin et septembre 1936 qui voient passer la CGT de quelques dizaines à plus de 6000 syndiqués chez Michelin. Il fut élu délégué de l’atelier VDE dès les premières élections, en 1937, réélu en 1938 et en 1939.

En décembre 1939, il refusa de répondre au questionnaire envoyé aux délégués Michelin par la direction de l’UD, leur demandant de dénoncer le pacte germano soviétique et de déclarer qu’ils n’avaient jamais été membres du PCF. Le syndicat est alors dissous.
Au moment de la mobilisation, il est affecté spécial aux usines Michelin. Il dit avoir alors commencé avec d’autres camarades à former des groupes de 3 et à faire quelques graffitis. Pendant que son camarade Paul Bellot, alias Popus, faisait le guet, Gastounet écrivait sur les panneaux et dans les WC de l’usine. La direction de l’usine fit photographier ces mots d’ordre et les signala à la police. Lors de l’enquête, M. Charbonnier, chef du service BFE, déclara avoir vu Georges Daigneau entrer et sortir des WC et avoir constaté qu’avant sa venue, rien n’était écrit sur les murs. Il s’agissait là d’une première série d’inscription. Il avait alors écrit : “Où sont nos 40 heures et nos congés payés que le parti communiste nous avait fait obtenir. Ayez confiance, le parti est dissous mais les militants restent”. Quelques jours plus tard, il récidiva en écrivant “Camarades, le parti communiste est dissous mais les militants sont là. Ayez confiance”. Puis, le 28 janvier, il écrivit 10 autres messages, toujours sur la porte des WC du service OQ. “Daladier, dictateur et Chamberlain, assassin", “Chamberlain pousse au crime”, “Daladier dictateur”, “Faites libérer les travailleurs que l’on met en prison, vieux et jeunes qui luttent pour un peu de bien être et de liberté”, “Raynaud, roi de l’impôt. Voir le coût de la vie”, “la vie augmente on vous exploite, on profite de votre douleur et de vos misères”, “attention au fascisme, Français, réveille-toi, défends tes droits et ta liberté”, “épouses et mères de France, pendant la paix, pas de travail ; aujourd’hui, la guerre, du travail jour et nuit. Vous forgez l’instrument de la mort de vos époux et de vos enfants, songez à eux”, “anciens combattants, vous avez souffert 4 et 5 ans. Vos fils ont 20 ans. Vous ne pouvez tolérer qu’on les mène à la boucherie. Aidez les à défendre leur droit à la vie. A bas la guerre”.
Il fut donc convoqué le 4 février 1940 au bureau des entrées Michelin. Deux inspecteurs de la Police judiciaire, sans explication, lui passèrent les menottes et l’emmenèrent en prison. Il fut amené à avouer avoir écrit ces inscriptions mais nia se livrer à la moindre propagande communiste depuis la dissolution du PCF.
Lors de l’audience, le chef de service qui avait été témoin de la présence de Daigneau lors des premières inscriptions relevées mi décembre 1939 dit reconnaître là l’écriture de Daigneau, photographiée.
La lecture de l’acte d’accusation le traduisant devant le Tribunal permanent de la 13ème Région Militaire est significative du rôle essentiel joué par la Maison Michelin dans son arrestation et la fourniture de preuves pour l’accabler devant le tribunal. Lors de l’audience du 3 mai 1940, il est condamné à 5 ans de prison pour avoir tenu des discours et proféré des propos de nature à exercer une Influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée et des populations.

Il va successivement être interné à la Maison d’Arrêt de Clermont-Ferrand, celle de Riom et enfin la Centrale de Riom. A la Maison d’arrêt de Riom, il déplora que l’un de ses camarades ait signé une lettre d’allégeance à Pétain. A la Centrale, il retrouva d’anciens camarades : Delbost, de Bogros ; Pascuito, de Cournon ; Guerrier, de l’AIA, Brun, de Royat et Lhoste, de Clermont-Ferrand
En juillet 1943, il est transféré au camp de Mozac (Dordogne) où la direction politique du camp lui donne le mot d’ordre de ne pas s’évader. Pendant son emprisonnement, le Parti envoya à sa femme des militants de passage. Sa femme aida aussi à porter des lettres. Pendant sa détention, il fut affecté au service général de l’administration pénitentiaire. A ce titre, il fut envoyé au château de Bourrassol sur la commune de Ménétrol dans le Puy-de-Dôme où il vit Daladier et Blum dans ce qu’il considérait leur prison “dorée”.
Il fut libéré de Mozac le 17 février 1944. A sa sortie du camp, c’est Jeanne Fournier qui reprend contact avec lui. Il va successivement aller dans le Gard, l’Ardèche, la Lozère, le Vercors, pour terminer ses trois derniers mois dans le Cantal où il devait retrouver un de ses anciens camarades chez Michelin, Jean Rochon, qui dirigeait ici les FTP.
Après guerre, il déposa un dossier afin de recevoir le titre d’Interné-Résistant, qui lui fut refusé.
En 1947, il est 11éme sur la liste d’Union Républicaine et Résistante et de Défense des intérêts de Clermont-Ferrand, présentée par la PCF. Il est secrétaire de la Section PCF Michelin. La liste eut dix élus. Socialistes et communistes eurent chacun dix élus mais suite à des tractations et manœuvres, les communistes n’eurent aucun adjoint tandis que le socialiste Gabriel Montpied devenait maire. En 1956, il est placé en 3ème position sur la liste menée par Pierre Besset pour l’élection des députés du Puy-de-Dôme, pour le Parti communiste.
Il a travaillé jusqu’en 1966, date à laquelle il prit sa retraite pour inaptitude physique.
Son frère, Paul Daigneau fut condamné à mort par contumace pour avoir tué un gendarme lors de l’attaque d’une gendarmerie par le maquis d’Arlanc auquel il appartenait, en 1943.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218459, notice DAIGNEAU Georges, Alexandre [pseudonyme dans la résistance : Paul] par Eric Panthou, version mise en ligne le 13 août 2019, dernière modification le 14 août 2019.

Par Eric Panthou

SOURCES : Arch. Nat. Pierrefitte-sur-Seine : BB/18/7005-BB/18/7107. Ressort de la cour d’appel de Riom : condamnation par le tribunal militaire permanent de la 13e région (Clermont-Ferrand) de Gabriel Delbos et d’Adrien Guerrier, militants communistes, pour propos défaitistes et activité subversive, et condamnation de Georges Daigneau, militant communiste affecté spécial aux Usines Michelin, pour propos défaitistes, propagation de mots d’ordre communistes, et offense au chef de l’État. 31 janvier-31 mai 1940. (2 BL 605, 615) .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 100 : pv interrogatoire Alexandre Daigneau, le 21/10/1941 .— Délégués n’ayant pas répondu au questionnaire. Archives Henri Verde. Syndicat CGT Michelin, Clermont-Ferrand .— SHD Vincenne, GR 16 P 154589. Dossier de résistant de Georges Daigneau (non consulté) .— Le Moniteur 17 mai 1940 .— Acte d’accusation de Georges Daigneau. Tribunal Militaire Permanent de la 13ème région, le 13 avril 1940. Archives privées Robert Marchadier, conservées par Eric Panthou .— Bulletin de vote élections du 19 octobre 1947, archives Eric Panthou .— Notice Maitron sur Antoine Prugne .— Généanet.

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