D’USSEL Guillaume

Par Gilbert Beaubatie

Né le 7 juillet 1906 à Marpain (Jura), mort le 27 novembre 1944 déporté à Neckargerach (Allemagne)  ; capitaine ; résistant, chef régional de l’ORA, puis chef militaire départemental de l’AS Corrèze.

Héritier d’une illustre famille, l’une des plus anciennes du Limousin, fils d’un père officier d’artillerie, Guillaume d’Ussel était le neveu du maréchal Lyautey. En 1926, il intégra l’École spéciale militaire de Saint-Cyr avant d’entrer deux ans plus tard dans celle d’Application de Cavalerie de Saumur. L’année suivante, il fut affecté au 6e Spahis algériens de Compiègne. Une telle expérience de garnison fut vite complétée par une campagne militaire dans le massif de l’Atlas. Le 11 novembre 1934, à Fès (Maroc), il s’est vu attribuer la Croix de guerre des TOF (Théâtres d’opérations extérieurs) avec étoile d’argent.
De retour en France, il devint chef d’un escadron de la 1ère Division légère mécanique (D.L.M.). Au mois de mars 1939, il fut nommé capitaine. Entre le 12 et le 23 mai 1940, les chars de son unité étaient engagés en plusieurs endroits. Mais le 23 mai, Guillaume d’Ussel fut blessé au bras gauche et au genou par des éclats d’obus. Malgré ses blessures, il réussit à échapper à l’encerclement de Dunkerque.
Après la signature de l’armistice, il intégra l’Armée d’armistice, en tant qu’instituteur à l’Ecole de Saint-Cyr, transférée à Aix-en-Provence. Le 22 octobre 1942, il fut nommé à l’Inspection de la Cavalerie de Clermont-Ferrand, mais un mois plus tard, l’Armée d’armistice ayant été dissoute, il se retira à Neuvic-d’Ussel, où il ne tarda pas à prendre contact avec d’autres officiers domiciliés dans le département. Avec un objectif précis : opérer un regroupement des militaires décidés à poursuivre la lutte, soustraire des armes et du matériel, et mettre en place une organisation militaire capable d’aider les armées alliées.
Remarqué par ses capacités organisationnelles, l’État-Major de l’ORA le nomma chef régional (Corrèze, Cantal et Creuse). Mais à l’automne 1943, l’ORA s’étant considérablement renforcée, il ne conservé que la direction de la Corrèze, sous le pseudonyme de Nicoleau, et possédant aussi une carte d’identité au nom de Lasseron, commerçant. Dès lors, il se mit à parcourir la Corrèze afin de repérer non seulement des lieux pour cacher armes et matériel, mais aussi des terrains propices à des parachutages.
Ayant contribué au mois de janvier 1943 à la fusion de l’ORA et de l’Armée secrète, il devint le chef militaire incontesté de cette nouvelle organisation. Mais le 5 mai 1944, alors qu’il se trouvait à Brive (Corrèze) en compagnie de deux camarades, il fut arrêté par la Gestapo. Interrogé à Tulle (Corrèze), il refusa de livrer les noms de son organisation : « Je suis officier français ; j’ai donné une parole d’honneur à mes camarades ; je ne donnerai donc aucun nom ».
Conduit devant des officiers qui lui demandaient pourquoi il faisait de la résistance, il a répondu ceci : « Je sais que vous ne pouvez gagner la guerre ; j’en ai la certitude. Il est donc normal que je vous empêche, dans la mesure du possible, de nuire à mon pays, et normal aussi que j’aide ceux qui viennent nous délivrer ».
Transféré à la prison de Limoges (Haute-Vienne), il a subi une nouvelle fois plusieurs interrogatoires, mais « pour rien au monde », il n’a parlé !
Le 12 juin 1944, il fut conduit à Compiègne, d’où le 2 juillet partit le sinistre « Train de la Mort » en direction de Dachau, où le matricule 76778 lui a été attribué. Vingt et un jours plus tard, il fut affecté au kommando de Neckargerach, où il travailla dans les mines de gypse du Neckar. Ses manifestations de droiture, de loyauté et de patriotisme ont suscité de la part des surveillants de nombreux mauvais traitements. Épuisé, atteint de dysenterie et d’un œdème de carence, il a subi des brimades à répétition, en particulier de la part de « Rolf le tortionnaire qui ne pardonnait pas sa noblesse et sa dignité […] et en faisait son souffre douleur, l’arrachant à son sommeil », le jetant à terre, le martelant de coups de pied sur tout le corps.
Conduit au Revier, il mourut le 27 novembre 1944.
Un concours de circonstances a permis plus tard d’identifier son corps et de le ramener à Neuvic.
Un déporté, Helluy, lui a mis dans la bouche un tube d’aspirine avec un papier portant son nom à l’encre de Chine. « Par bonheur, depuis quelques jours, le manque d’essence empêchait les S.S. d’emmener les corps vers Indelberg pour les incinérer. Guillaume d’Ussel fut donc inhumé au cimetière juif de Binau… Il échappa aussi à la fosse commune : le dévouement de ses camarades lui avaient procuré une fosse à part, et les gardiens la connaissaient, puisque c’est grâce à eux qu’on put le reconnaître d’une autre isolée, celle d’un officier polonais ».
Le 8 novembre 1946, Edmond Michelet, ministre des Armées, a remis à ses enfants la Croix de la Légion d’honneur à titre posthume : « Officier d’active, brillant combattant de 1939-1940, à la tête d’une unité blindée. Parfait résistant, organisateur et chef de l’Armée secrète de Corrèze. Arrêté par la Gestapo, torturé, puis déporté à Neckergerach, y est décédé le 27 novembre 1944 ».
Le 29 octobre 2005, une plaque commémorative a été inaugurée en sa mémoire au musée de la Résistance Henri Queuille à Neuvic-d’Ussel, sur un mur de la cour.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article217921, notice D'USSEL Guillaume par Gilbert Beaubatie, version mise en ligne le 12 juillet 2019, dernière modification le 12 juillet 2019.

Par Gilbert Beaubatie

SOURCES : La Montagne, 13 octobre 2005, 1er novembre 2005. — Bulletin des maquis A.S. de Haute-Corrèze, n° 158, 1986 ; Guillaume d’Ussel dit « Nicoleau » (1906-1944). Héros de la Résistance, Musée de la Résistance Henri Queuille. — Renseignements fournis par Henri Guenzi, ancien de l’AS et déporté.

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