BRUNET Gaston, Louis

Par Daniel Grason

Né le 17 octobre 1903 à Paris (XIVe arr.), mort le 23 septembre 1989 à Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne) ; ajusteur-outilleur ; commerçant d’appareil radios ; communiste ; membre de l’association des Amis de l’Union Soviétique ; secrétaire de la Confédération du petit commerce et de l’artisanat ; résistant ; interné.

Fils de Louis, vingt-cinq ans et de Eugénie née Lorgeon, Gaston Brunet alla à l’école primaire et obtint le CEP. Il adhéra aux Jeunesses communistes après le congrès de Tours en 1920 date à laquelle se forma le Parti communiste. Il devint secrétaire d’une cellule du parti. Travaillant en usine il a été secrétaire des métaux de l’usine Cutta rue Servant dans le XIe arrondissement de Paris.
Il épousa le 2 juin 1923, Irènée Legouverneur en mairie de Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne). Le couple eut un fils, Serge, René né le 30 mai 1928. En 1929, la famille emménagea au 4 bis rue Prairial.
Requis civil en 1939, il assura avec un autre militant la diffusion de tracts à l’usine Ducellier. Il fut signalé « indésirable » par la police à la direction de l’usine et muté en province. Après l’armistice, il revint à Champigny.
Dénoncé par lettre anonyme au début de l’occupation, le commissaire de Nogent-sur-Marne perquisitionna son logement sans résultat. En novembre 1942 des policiers de la BS1 le suivirent les 9, 10, 11 et 15 novembre 1943, sans résultat.
Marcel Rolland le rencontra route de Villiers à Champigny en novembre 1942, il lui parla de l’exécution le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien de Isaac Gourevitch dit Jack 74759, Celui-ci avait été responsable de la cellule André Marty de Champigny-sur-Marne, secrétaire de la confédération du petit commerce et de l’artisanat. Il lui demanda de lui procurer un poste qui pouvait capter les ondes courtes.
Le lendemain à la boutique « Radio – Champigny », au 40 rue Albert-Thomas à Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne). Gaston Brunet vendit officiellement à Marcel Rolland un poste Pyrrhus pour 4300 francs comptant en espèces. Ce poste était là à titre de démonstration, prudent Brunet n’inscrivit pas la somme dans sa comptabilité, ne fit pas de déclaration de vente et n’avisa pas la maison Pyrrhus.
Début décembre 1942 nouvelle visite, Marcel Rolland, apporta un poste pour faire changer les contacteurs. Ce récepteur captait uniquement les ondes courtes. Il acheta une trentaine d’articles dont un poste récepteur marque Metox, deux postes récepteurs ondes courtes, un manipulateur de T.S.F., un récepteur marque Pyrrhus, etc. » Gaston Brunet n’effectua pas de déclaration de vente, ce qui était obligatoire pour le matériel jugé sensible. Marcel Rolland revint à plusieurs reprises voir Gaston Brunet, notamment le 10 décembre 1942 pour faire réparer un poste, or cet appareil servait exclusivement à capter les ondes courtes. Il réalisa alors qu’il risquait d’avoir des ennuis avec la police française et les autorités allemandes.
Le couple Brunet quitta Champigny-sur-Marne le 8 janvier 1943 pour le 69, rue des Bluets à Bobigny, où ils habitèrent sous le nom de Faugères propriétaire du pavillon qui vivait à Champigny. Gaston Brunet a été interpellé le 19 janvier 1943 à son domicile de la rue des Bluets à Bobigny par des inspecteurs de la BS1. Les policiers saisissaient un poste de T.S.F. ondes courtes.
Le 19 janvier 1943, il a été interrogé par un commissaire du Service de répression des menées antinationales (SRAM) qui succéda au Service de police anticommuniste (SPAC). Il déclara avec aplomb d’avoir été sympathisant du Parti communiste, membre des Amis de l’URSS et d’avoir payé ses « cotisations jusqu’à la dissolution ». Il avait été membre de la Confédération du petit commerce et de l’artisanat, secrétaire quelques mois, il n’ignorait pas « les attaches communistes » de cette association.
Le 11 février 1943, Gaston Brunet était entendu par un Juge d’instruction au Tribunal de Première instance de Paris. Il assuma ses engagements en les justifiants : « je prétends que j’ai été amené à m’affilier à ces organismes en raison de mon commerce. […] J’étais le fournisseur des organismes d’extrême-gauche, et en particulier de la mairie. » Il fit remarquer « qu’à aucun moment » il n’avait été adhérent du Parti communiste. « Soupçonné au début de la guerre d’une activité illégale, j’ai été l’objet d’une perquisition. »
Gaston Brunet affirma que c’était par « amitié » que François Faugères avait prêté son pavillon. Il signala qu’il avait été à deux reprises l’objet de lettres anonymes le dénonçant « comme communiste » et qu’il avait pris peur.
Le 19 avril 1943, l’avocat de Gaston Brunet adressa au Juge d’instruction une pétition initiée par son épouse, elle était signée par quatre-vingt-onze commerçants de Champigny-sur-Marne ainsi que deux attestations, l’une d’une épicière, l’autre d’un boucher de Bobigny. Les premiers attestaient « Qu’à leur connaissance, Monsieur Brunet ne s’est jamais livré à aucune propagande politique, qu’il n’a jamais cherché à les influencer en quoi que ce soit. » L’épicier et le boucher de Bobigny où ils faisaient leurs achats certifièrent qu’il était inscrit à leur boutique sous son nom. Le 20 avril, nouveau courrier de l’avocat sur son « état général très faible » incompatible « avec une détention prolongée. »
Le 29 mai 1943, Gaston Brunet comparut en compagnie de Marcel Rolland et Jean Le Brun devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris. Il a été relaxé, le tribunal considéra que « quelles que soient les charges qui pèsent sur l’inculpé, il n’existe pas la preuve certaine qu’il ait contrevenu à la loi pénale. »
Gaston Brunet a été interné dès son arrestation à la prison de la Santé. Libéré le 2 juin 1943, il rejoignit la Saône-et-Loire en janvier 1944, devint le responsable du Front national (F.N.) de Digoin.
Il quitta cette ville en septembre 1944. Fernand Ribier, responsable régional du Parti communiste de la région sud-est de Saône-et-Loire délivra le 13 octobre 1944 une attestation à Gaston Brunet, il écrivit notamment : « Grâce à son activité intelligente et dévouée, un bon noyau F.N. a pu être mis sur pied dans la région. »
« Le travail de ce camarade s’est manifesté sous une forme multiple, tant au point de vue propagande, travail pratique, qu’organisation pour le Parti. »
Le 4 avril 1945, Gaston Brunet s’adressa par courrier au Procureur général de Paris, il lui transmettait la liste des scellés du matériel radio qui avait été saisi. Il en demandait la restitution et signait en tant que vice-président du Front national de Champigny-sur-Marne. Une Ordonnance de restitution a été promulguée le 10 avril 1945.
Gaston Brunet a été homologué Interné résistant, il mourut le 23 septembre 1989 à l’âge de 86 ans à Champigny-sur-Marne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article217346, notice BRUNET Gaston, Louis par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 octobre 2019, dernière modification le 9 octobre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-83 dossier 545. – Arch. PPo. 1 W 1673-96152. – Bureau Résistance GR 16 P 94938. – Nos remerciements à Jean-Pierre Ravery pour la communication d’archives du PCF, dossier « service radio ». – État civil acte numérisé n° 8815 du XIVe arrondissement.

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