DECAUX Jules, Gustave

Par Yves Le Maner, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 7 novembre 1904 à Solesmes (Nord), mort le 29 juillet 1970 à Dresmaux (Somme) ; ouvrier métallurgiste ; militant communiste du Nord, secrétaire régional des Jeunesses communistes du Nord (1929-1931), secrétaire de la Région du Nord du PC (1933), secrétaire de la région puis fédération Paris-Sud du PC (1937-1939), élu membre suppléant du comité central au VIIIe (1936) et au IXe congrès (1937), secrétaire de la fédération de la Manche ; conseiller municipal d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1935 à 1940 ; conseiller de la République (1946-1948) ; collaborateur du comité central du Parti communiste.

[Sénat]

Fils d’un ouvrier briqueteur (selon l’atat civil, poseur de voie selon la famille) et d’une journalière, frère de Jean Decaux (Henri selon la famille), cheminot qui fut militant communiste et de Celmine Marouzé, secrétaire, communiste, Jules Decaux, ouvrier chaudronnier à Anzin (Nord), se syndiqua à l’âge de seize ans et adhéra aux Jeunesses socialistes en 1919 (elles prirent le nom de Jeunesses socialistes communistes) et aux Jeunesses communistes dès leur constitution en 1921. Choisi en 1924 comme secrétaire du rayon des JC d’Anzin nouvellement créé, il fit ses premières armes d’organisateur à l’occasion de la campagne contre la guerre du Rif. Après avoir suivi les cours de l’École de propagandiste de Paris en mars-avril 1929, il assista fin avril au congrès des JC, réuni salle de la Grange-aux-Belles à Paris, qui le nomma membre du bureau de la fédération. Dès son retour dans le Nord en 1930, il fut appelé à Lille par Arthur Ramette pour prendre la fonction de secrétaire-permanent de la 1re Entente des JC (correspondant aux départements de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais) qui était alors en pleine crise et dont les effectifs étaient tombés à cinq cents adhérents seulement ; il devint également membre du comité régional Nord du PC. En 1930, il subit une première condamnation pour « incitation de militaires à la désobéissance ». Alors que la profonde crise interne du PC persistait dans le Nord, il en fut rendu responsable par la direction régionale qui l’accusa d’avoir « une activité insuffisante ». Lemoine le remplaça à la fin de l’année 1931. Decaux partit suivre les cours de l’École léniniste internationale de Moscou en 1931-1932 (liste des autres élèves à Albert Dalmas). À son retour, Raoul Calas lui demanda de le remplacer en 1933 comme secrétaire provisoire de la 1re Région du PC.

En mai 1934, Jules Decaux quitta son domicile de Lille pour venir habiter à Ivry-sur-Seine, dans un hôtel appartenant à Hippolyte Marquès, conseiller municipal communiste, avant de s’installer en avril 1935 dans un pavillon, 36 rue de la République. Il devint secrétaire appointé de la Région Paris-Sud en août 1934. Decaux entra au conseil municipal d’Ivry-sur-Seine le 5 mai 1935 dans la municipalité Georges Marrane, maire. Le 20 octobre 1935, le conseil le désigna comme délégué en vue des élections sénatoriales. Il représenta le Parti communiste à la commission d’unification avec le Parti socialiste SFIO pendant l’automne 1935. Délégué au VIIIe congrès national du PCF (Villeurbanne, 22-25 janvier 1936) où il intervint, Decaux fut élu membre suppléant du comité central. Dans un rapport du 4 février 1936 « sur le nouveau CC du PCF », André Marty jugea sévèrement son entrée : « J’estime que le camarade Decaux n’avait pas à y entrer. a) Bien que ce soit un bon militant, il n’a donné aucun résultat exceptionnel le plaçant au-dessus des autres camarades ; la région Paris-Sud est la troisième des régions de Paris ; b) il a été l’objet d’un blâme intérieur au comité régional, en janvier 1935, infligé par le BP, pour avoir en novembre 1934 connu la proposition du secrétaire du rayon de Villejuif, Régnier - voir Roger Régnier* -, d’organiser l’armement du Parti. » (517 1 1767). Le IXe congrès (Arles, 25-29 décembre 1937) le confirma cependant dans cette fonction. Decaux fit de nombreux séjours en URSS en 1937-1938. Il avait en effet succédé à Georges Cogniot comme représentant du PCF auprès de l’Internationale communiste pour la période octobre 1937-octobre 1938 (le poste revint alors à Julien Airoldi). Il restait en 1939 le secrétaire de la Région Paris-Sud qui groupait alors 17 500 adhérents, 45 sections, 352 cellules locales et 165 cellules d’entreprises (la Région couvrait vingt-sept communes de la Seine et douze cantons de Seine-et-Oise).

Jules Decaux fut mobilisé le 2 septembre 1939, prisonnier en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale du 28 mai 1940 1er mai 1945, il fut membre du Front patriotique au Stalag IIIB avec Cerny Michel. Le congrès de Paris (26-30 juin 1945) maintint au comité central les membres sortants qui étaient restés fidèles à la discipline du Parti, or, le nom de Decaux disparut. Une commission de contrôle présidée par R. Bossus avait condamné le fait que, prisonnier, il n’avait pas tenté de s’évader ce qu’il contesta. Un questionnaire biographique de 1953 parle de tentative d’évasion sans précisions. Secrétaire de la fédération communiste de la Manche, il fit partie du premier Conseil de la République (décembre 1946-novembre 1948) en qualité de conseiller nommé par le groupe communiste de l’Assemblée nationale. Il fut de 1949 à 1969, date de son départ à la retraite, collaborateur du comité central, chargé à la commission des cadres des dossiers les plus discrets.

Roger Pannequin a dressé le portrait de Decaux, chargé en 1949 par la Section d’organisation de la lutte contre le « titisme » : « C’était un ancien militant des syndicats du textile dans le Nord. Il était fier de son nom qui, en wallon, voulait dire « pieds nus ». Les fureurs patronales l’avaient jeté plusieurs fois sur le pavé. Était-ce cette vie de lutte qui lui avait ainsi raviné les traits, boursouflé le nez et les lèvres, alourdi le dos ? Il marchait en pliant les genoux, et ses bras pendants semblaient démesurés. Avec cette démarche de paysan, Jules portait toujours des costumes bleu marine. Les poignets de chemise et les boutons de manchette qui dépassaient lui donnaient une allure de villageois endimanché, partant pour la messe [...] Il était le vieux de la Section et avec lui nous ne parlions pas de nos escapades. Au moment du repas de midi, je l’interrogeais parfois sur les grèves de Roubaix en 1932. » (Roger Pannequin, Adieu, camarades, Le Sagittaire, 1977, p. 143).

Jules Decaux avait épousé le 27 avril 1935 à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), Hélène Le Provost, née le 3 juillet 1911 à Cernay (Eure-et-Loir), militante communiste, résistante, déportée à Ravensbruck de 1944 à 1945, un temps employée à la Société d’expédition et de routage de presse (XIe arr.), dont il eut trois enfants : Gilberte, née le 29 juin 1930 à Cernay (Eure-et-Loir), Jean, né le 17 mai 1936 à Paris (XIVe arr.), Danielle, née le 5 mars 1948 à Saint-Lô (Manche). Sa femme mourut le 14 juin 1992 à Salouël (Somme).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21727, notice DECAUX Jules, Gustave par Yves Le Maner, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 17 avril 2019.

Par Yves Le Maner, Jean Maitron, Claude Pennetier

[Sénat]
Jules et Hélène Decaux
Jules et Hélène Decaux
Clichés communiqués par leur fille, Danielle Lefebvre-Decaux

SOURCES : RGASPI, 495 270/1388 ; 517 1 1767. — Arch. fédération communiste du Val-de-Marne. — Arch. Dép. Seine, DM3, Versement 10451/76/1. — Arch. Dép. Nord, M 154/190H, M 154/191, M 154 (195 À et B). — Arch. Jean Maitron. — Arch. de Paris, 1466 W 9, scellés des documents saisis chez Hélène Decaux (ménagères de Saint-Denis), 28 juillet 1943. — BMP, bobine 453. — Arch. fédération communiste du Val-de-Marne. — L’Aube nouvelle, 5 décembre 1936. — L’Humanité, 1er août 1970. — Le Monde, 12 août 1970. — Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France, s.d. — Georges Cogniot, Parti pris, 1976, p. 387. — DPF, op. cit. — État civil de Solesmes. — Lettre de Danielle Lefebvre, fille de Jules Decaux, janvier 2015.

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