DECARIS Germaine, Mathilde, Augustine

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin

Née le 31 août 1899 à Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), morte en 1955 ; journaliste ; militante socialiste-communiste ; pacifiste.

On ne possède que peu de renseignements précis sur la personnalité de Germaine Decaris. Elle appartint à la SFIO avant la Première Guerre mondiale, puis milita au Parti communiste de 1921 à 1923, collaborant au journal L’Ouvrière. Mais, dès 1923, elle quitta cette organisation pour rallier l’Union socialiste-communiste composée de dissidents du PC qui l’avaient quittée avec L. O. Frossard*. Germaine Decaris écrivit régulièrement dans L’Unité ouvrière, l’organe de l’USC, qui parut de 1924 à 1931. Frossard l’emmena encore dans l’aventure de Ce soir, qu’il avait repris en 1926, et où elle se forma comme journaliste professionnelle. Le quotidien, centré sur la région parisienne, rassemblait des militants venus d’horizons divers : des socialistes, Lazurick*, Naegelen*, Morizet*, Méric*, Pioch*, Lagrosillière*, Jean Longuet*, Delépine*, Lussy*, Renée Dunan*, Bracke*, Renaudel*, Nenni*, des radicaux avec Édouard Daladier, Georges Bonnet, Jammy-Schmidt, Henri Guernut*, Pierre Mendès France et Jacques Kayser, Brunet (socialiste français), Paul-Louis* (socialiste-communiste) et des journalistes plus professionnels, Pierre Lazareff, Charles Gombault, Jean de Pierrefeu, Georges Duhamel, Robert Desnos*, etc.

Quand le Parti socialiste-communiste (nouveau nom de l’USC) fusionna avec une autre dissidence du PC, le Parti ouvrier et paysan (POP), pour former le Parti d’unité prolétarienne, Germaine Decaris adhéra à la nouvelle organisation et y occupa des responsabilités puisqu’elle appartint à son comité central. Elle s’exprima également dans son organe L’Unité qui parut de 1932 à 1936 et en fut secrétaire de rédaction.

Germaine Decaris fut employée dans le journal L’Œuvre à partir de décembre 1933 où elle avait été embauchée pour des reportages quotidiens.

Antifasciste, Germaine Decaris fut aussi une anticolonialiste conséquente. Elle dénonça le colonialisme français, mais aussi celui de l’Angleterre dans l’article « Visitez l’Inde », paru dans Le Soir, du 8 juillet 1931. Elle critiquait le racisme aux USA, comme dans l’article « La question noire aux États-Unis », paru dans Le soir, du 2 novembre 1929. Elle participa par ailleurs au Comité pour l’enquête du procès de Moscou en 1937.

Tout en menant cette activité politique et journalistique, Germaine Decaris milita au sein du mouvement féministe. Elle collabora au journal La Voix des femmes de 1925 à 1937 sous forme d’articles souvent consacrés à la critique littéraire et artistique.

Cette activité multiple de Germaine Decaris trouvait sa cohérence dans ses positions humanistes et dans ses convictions pacifistes intégrales. Elle collabora au temps du Front populaire au journal pacifiste La Vague, qui parut en 1936 et 1937, et où écrivaient Marceau Pivert*, Paul Louis*, Maurice Juncker*, etc. Durant la guerre d’Espagne, elle appuya les républicains, par opposition au cléricalisme, mais se montra favorable à un armistice. Elle écrivit dans ce sens à Georges Bonnet en novembre 1938. Le 22 septembre précédent, quelques jours avant Munich, elle avait publié dans l’Œuvre une pétition pacifiste dont elle avait eu l’initiative avec quelques amies. Elle était adressée aux femmes en faveur de la paix et se serait couverte de près de 100 000 signatures. Animatrice, avec Jeanne Alexandre*, Colette Audry, Héloise Bécam, Marthe Bigot*, Charlotte Bonnin, Betty Brunswick, Lucie Colliard*, Antoinette et Camille Drevet*, Yvonne Hagnauer*, Émilie Lefranc*, Jeanne Martin*, Magdeleine Paz*, Marthe Pichard*, Marie Vidalencq* et Sara Weill-Raynal, de la Ligue des femmes pour la Paix, après ce succès elle participa au lancement de « Septembre 1938, inspirée du Centre syndical d’action contre la guerre ». Ce groupe demeura actif jusqu’au 2 septembre 1939, date de leur ultime appel. Collaboratrice à La Lumière, où elle tenait la rubrique cinématographique, elle quitta le journal en octobre 1938, après la campagne antimunichoise menée par l’hebdomadaire de Georges Boris.

En septembre 1939, après la déclaration de guerre, elle fut poursuivie pour avoir signé le texte « Paix immédiate » avec de nombreux pacifistes (Alain, Marcel Déat, Félix Challaye*, Georges Dumoulin*, Georges Pioch*, Yvonne et Roger Hagnauer*, Louis Lecoin*, René Gérin*, Maurice Wullens*, Henry Poulaille*, Zoretti*, Jeanne et Michel Alexandre*, Léon Émery*, Jean Giono*, etc.). Elle revendiqua sa signature devant le juge d’instruction, déclarant même l’avoir signé deux fois. Elle obtint un non-lieu le 8 juin 1940, son avocat était André Le Troquer*.

Comme journaliste, elle fut violemment attaquée par l’Humanité, qui dénonça son pacifisme, puis sa position munichoise. Par exemple, elle fut, notamment, prise à partie après un article où elle dénonçait les agissements bellicistes des femmes du Comité mondial antifasciste le 22 septembre 1938.

En 1940, après la défaite de la France elle continua à collaborer à L’Œuvre. Elle était, selon des documents de l’époque, favorable à la collaboration « dans l’honneur et pour la paix ». Mais, elle fit l’objet d’attaques nominales par Le Cri du Peuple de Doriot (numéro des 10 octobre 1940) qui l’accusait d’être toujours agent communiste. Le journal de Doriot, sur lequel elle avait fait en son temps un article critique sur son fief de Saint-Denis, évoquait encore ses « pathétiques interventions en faveur des esclavagistes éthiopiens, pendant le conflit italo-abyssin ». Cette offensive fut-elle télécommandée ? Par décisions des autorités occupantes, qui lui reprochaient son antifascisme passé, elle se vit retirer le 14 novembre 1940 sa carte de journaliste dans la zone occupée par le Groupement professionnel de la Presse parisienne. Elle fut interdite verbalement de participation aux journaux jusqu’en 1943 au moins, ainsi que Piot. Trois jours plus tard, elle fut attaquée par le journal de Doriot, Le Cri du peuple, du 17 novembre 1940, qui l’accusait de servir d’intermédiaire entre le Parti communiste et le recteur Gustave Roussy. Dans une lettre personnelle, Doriot l’accusait deux jours plus tard d’avoir participé, par l’intermédiaire d’un reportage à Saint-Denis, à la campagne « contre Doriot, agent d’Hitler », menée « à l’instigation de l’Humanité » et de porter de ce fait une « part importante de responsabilité dans l’empoisonnement des esprits ». Elle fut congédiée de L’Œuvre le 3 décembre 1940, mais la décision était prise depuis le 14 novembre, probablement, estimait-elle, à la demande des autorités d’Occupation. Elle aurait été soupçonnée par ailleurs d’avoir appartenu au Droit Humain - mais contestait son appartenance à la Maçonnerie - et d’avoir collaboré au Droit de Vivre de Lecache, avec lequel elle était en fait fâchée depuis 1934, selon elle. Elle vécut alors difficilement de petits travaux, notamment de copie de manuscrits.

Après la Seconde Guerre mondiale Germaine Decaris habita à Paris dans le même immeuble que Léon Emery, 5 rue Milton. Selon le témoignage de ce dernier, elle se serait suicidée en 1955 en raison « d’un ulcère à l’estomac incurable et dans des circonstances encore mal élucidées ». Son corps fut repêché dans la Seine, sans qu’on sache si on l’y avait poussée ou si elle s’était suicidée.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21719, notice DECARIS Germaine, Mathilde, Augustine par Michel Dreyfus, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 27 février 2010.

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin

ŒUVRE : Collaboration aux journaux cités dans la biographie. — En collaboration avec Pierre-Marc Orlan, Paul Gilson : choix de textes, inédits, bibliographie, portraits et fac-similés, P. Seghers, 1959, 223 p.

SOURCES : Arch. Nat., AB XIX 5177 ; 3AR/1, fonds de L’Œuvre. — L’Ouvrière, journal des travailleuses publié par le Parti communiste, n° 6, avril 1922. — L’Unité ouvrière, 1924-1931, passim. — L’Unité, 1932-1936, passim. — La Vague, 1936-37, passim. — La Voix des femmes, 1924-1937, passim. — L’Œuvre, passim. — Lettre de Léon Emery, 8 avril 1978. — Jean Rabaut : Tout est possible. Les gauchistes français 1929-1944 (Paris, Denoël-Gonthier, 1974) ; cf. les pages 325-326 où se trouvent le texte de « Paix immédiate » ainsi que la liste complète des signataires. — Gilles Candar, Jean Longuet, un internationaliste à l’épreuve de l’histoire, éd. Presses universitaires de Rennes, 368 p.

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