Né le 20 mars 1889 à Cureghem-Bruxelles (Belgique), mort le 2 janvier 1974 à Bruxelles ; ouvrier typographe linotypiste ; syndicaliste, anarchiste, secrétaire de la Fédération graphique internationale.

Après des études primaires, Jean de Boë entra en apprentissage, comme ciseleur d’abord, puis comme typographe. Fin janvier 1906, il adhéra à l’Association libre des compositeurs et imprimeurs typographes de Bruxelles et sa carrière professionnelle se déroula en Belgique, mais aussi en Suisse et en France, marquée par une action militante coopérative et, avant tout, syndicale.
Cette carrière fut toutefois interrompue durant dix ans, 1912-1922, car Jean de Boë, qui professait des idées anarchistes, fut impliqué en France dans l’affaire Bonnot. Arrêté le 29 février 1912, il fut condamné par la cour d’assises de la Seine, le 28 février 1913, à dix ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour pour « recel et association de malfaiteurs ». Fin 1913, De Boë arrivait à l’île du Diable, près des côtes de la Guyanne française. Au régime politique, il put certes compléter ses connaissances par des lectures, mais cette détention loin du pays et des siens fut dure à supporter. Toutefois, après un essai d’évasion, De Boë décida de tenir et de subir sa peine. Astreint ensuite à la relégation, il réussit à fuir et à gagner la Guyane hollandaise. Il travailla pour payer son passage par bateau et put enfin regagner Bruxelles où il arriva en juin 1922. Son ancien patron imprimeur le reprit aussitôt.
Sans renier ses opinions d’antan, De Boë se consacra alors principalement à l’action syndicale. Il anima plusieurs grèves, notamment celle de neuf semaines qui se déroula en 1925 et celle de décembre 1930-janvier 1931. En 1926, il fut un des fondateurs de la coopérative « Les Arts graphiques ».
Il sympathisa activement avec la révolution espagnole à laquelle les anarchistes prirent si grande part et, en 1937, il se rendit en Espagne. En 1939, il adopta deux fillettes des Asturies dont le père avait été fusillé par les franquistes. Il milita également à la SIA (Solidarité internationale antifasciste).
Puis ce fut la guerre et, la Belgique étant envahie, la Gestapo vint pour arrêter De Boë en juillet 1941. Absent de chez lui, il put passer en France ; il revint à Bruxelles en août 1943 et dut rester caché jusqu’à la libération de la capitale.
Il reprit alors l’action syndicale et réussit à unifier le mouvement du Livre alors divisé en six organisations. Le 1er janvier 1945 il était désigné comme secrétaire général du syndicat unifié du Livre et Papier de Bruxelles et, peu après, président de la Centrale de l’industrie du Livre et Papier de Belgique. C’est en 1949 que fut constituée à Stockholm la Fédération graphique internationale et J. De Boë fut secrétaire, pendant neuf ans, du groupe 1, celui des typographes.
La devise qu’il avait adoptée et qui figure sur la couverture de ses Propos subversifs est la suivante :
« Ne jamais mentir.
« Ne jamais trahir.
« Ne jamais désespérer. »
Marié, il était père de deux fils

ŒUVRE : Collaborations : Centaines d’articles sous son nom ou ses pseudonymes dans L’Anarchie, La Guerre Sociale, La Vie ouvrière, La Révolution Prolétarienne, Correspondance internationale ouvrière, Le Réveil de Genève, etc. Il dirigea également Le Creuset, Bulletin mensuel de propagande syndicale, fondé à Bruxelles en 1922.
Ouvrages : Un siècle de luttes syndicales, Bruxelles. — La Révolution en Espagne (brochure). — Notre Doctrine syndicale, conférence de J. De Boë, novembre 1962, Bruxelles, s.d., 32 p. — Propos subversifs, Bruxelles, 1967, 352 p.

SOURCES : Arch. PPo. B a/1643. — Acte d’accusation (assises de la Seine). — Notes autobiographiques de J. De Boë.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo. a/141.

Jean Maitron

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