BRAUN Hubert Pierre [Pseudonyme : Prophète]

Par Daniel Grason

Né le 25 mai 1926 à Serrouville arrondissement de Briey (Meurthe-et-Moselle), mort le 8 juillet 1977 à Montreuil (Seine-Saint-Denis) ; radio-électricien ; résistant FTP.

Pierre Braun
Pierre Braun

Fils de Émile Braun, employé à la Compagnie de l’Est, et de Isabelle Klein, institutrice, Pierre Braun vivait chez ses parents, dans un pavillon au 71 ter rue Alexis-Lepère à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis). À l’issue de l’école primaire il obtint le CEP. Il travailla jusqu’au début mars 1944 à la Société industrielle des téléphones (SIT) au 2, rue des Entrepreneurs à Paris (XVe arr.).
En mars 1944, il rencontra un ancien collègue de travail de la Société industrielle des téléphones prénommé « Georges ». Celui-ci lui aurait confié qu’il était membre du « Bureau politique des FTP ». Cette organisation avait pour but : « de châtier les collaborateurs, d’aider les illégaux et les réfractaires en leur procurant des tickets d’alimentation, de l’argent, soit en attaquant des centres de rationnement soit en réquisitionnant de l’argent. » L’organisation seconderait un débarquement éventuel des troupes alliées.
Pierre Braun accepta d’entrer dans l’organisation, il eut un rendez-vous avec « Grand Père » commissaire aux effectifs de la région IX (Paris Sud). À la suite d’arrestations, il remplissait plusieurs fonctions. Il affecta Pierre Braun dans l’équipe de « Lambert » avec « Le Grand », « Rivière », puis « Alain » qui remplaça le premier.
Les nouveaux recrutés étaient mis à l’épreuve pour apprécier la « valeur » de chacun. Pierre Braun a été chargé de se rendre chez une concierge Le D… rue Lapeyrère (XVIIIe arr.) Selon des renseignements recueillis elle aurait « vendu au moins une douzaine de réfractaires », et aurait touché « cinq cents francs par tête. » À la suite des chutes de « Grand Père » et de « Le Bœuf », « Alain » devint Commissaire aux opérations, et Pierre Braun chef d’équipe avec sous sa responsabilité « Le Valeureux » et « L’Indien ».
Le 18 mars 1944 Pierre Braun avait rendez-vous vers 14 heures 30 ou 15 heures avec « Rivière » et « Alain » à la station de métro Marcadet-Poissonniers. Braun et « Rivière » feraient le guet. « Alain » était armé d’un pistolet automatique 6,35 mm, il pénétra dans la loge de Le D… rue Lapeyrère, il tira trois fois… Les trois hommes se retrouvèrent au métro Anvers, « Alain » n’était pas sûr d’avoir touché la concierge.
Le 29 mars 1944 en soirée les trois FTP se retrouvèrent au métro Combat [colonel Fabien] dans le XIXe arrondissement. Ils voulaient se procurer l’arme d’un gardien de la paix ou d’un soldat allemand. « Alain » connaissait l’adresse d’un policier qui vivait rue Morand (XIe arr.). Coup de sonnette au n° 9 chez la concierge, il habitait bien là, au premier étage face à l’escalier. Louis Jaconelli, frappa à la porte, une femme ouvrit, Pierre Braun et Jaconelli la poussèrent dans l’entrée, deux FTP l’encadrèrent. Le gardien de la paix était assis dans la cuisine le dos tourné, Jaconelli était armé d’un 6,35 mm sans chargeur, il menaça le policier qui refusait de donner son arme de service. La femme criait, lui disait « Donne ton arme, c’est inutile de te faire tuer ! » Le gardien de la paix se dirigea vers la chambre, ouvrit la porte d’un placard où se trouvait l’arme. Jaconelli le devança, subtilisa le pistolet.
Nouvelle opération le 30 mars 1944 vers 14 heures, il retrouvait « Alain », « l’Indien » et « Le Valeureux » avenue Émile-Zola dans le XVe arrondissement. Ils repérèrent chez un marchand de cycles une bicyclette neuve en vitrine. « Alain » entra et demanda au propriétaire s’il avait des vis, il le menaça immédiatement avec son revolver. Les autres FTP entrèrent dans la boutique, le commerçant était d’accord à donner le deux-roues en vitrine, destiné à un client des Champs-Élysées. Après avoir coupé les fils du téléphone, tous partaient.
Le 31 mars 1944 six FTP dont Pierre Braun se retrouvaient à la porte de Champerret dans le XVIIe arrondissement. Ils devaient récupérer des tickets de pain dans une boulangerie. Il était 20 heures 30, la boutique était déserte, la boulangère était seule, des armes étaient apparentes, Pierre Braun prenait les tickets qui étaient dans une boîte sur le comptoir et les plaça dans sa sacoche. Tous sortirent de la boutique, il remit les tickets à « Alain » qui partit à vélo, puis alla prendre le métro à la station Pereire.
Au début du mois d’avril, un nommé Pierre M… qui vivait dans un immeuble au 2 rue Eugène-Fournière dans le XVIIIe arrondissement aurait donné des réfractaires au STO et des FTP. Le 4 avril, dès huit heures, des FTP surveillaient les abords de l’immeuble. Vers 11 heures Pierre M… pénétrait dans la cour de l’immeuble, « Alain » armé d’un pistolet automatique 6,35 mm et d’un colt 12 mm le suivit, Pierre Braun portait le pistolet 6,35 mm dérobé au gardien de la paix. Pierre M… était dans la cour de l’immeuble, « Alain » tira… M… tomba puis se releva, Pierre Braun fit feu. « Alain » prit la fuite à bicyclette, Pierre Braun rejoignit la station de métro la plus proche. D’après les papiers trouvés par la police française sur Pierre M…, il « paraissait appartenir à la police allemande. »
Le 7 avril 1944, il se rendait à un rendez-vous où il devait rencontrer René Pralet, des inspecteurs de la BS2 étaient sur place, ils le maîtrisèrent. Pierre Braun portait une musette, à l’intérieur, un livre évidé, y était dissimulé un pistolet Colt calibre 12 mm avec une cartouche dans la chambre et deux chargeurs garnis. Fouillé, il portait sur lui un revolver à barillet contenant six cartouches, une enveloppe qui contenait un lot de tickets de pain du mois de mars, un feuillet manuscrit signé « Velin » sur lequel figurait le nom, l’adresse et le signalement d’un inspecteur de police à abattre ; un carnet annoté ; trois feuillets dactylographiés portant des indications sur les signaux d’alarme des postes de police ; une feuille de papier à cigarettes où figurait des rendez-vous ; une demande d’engagement dans les FTP au nom de Jaconelli ; deux brassards, l’un de la Défense passive, l’autre de la Croix-Rouge ; un morceau de carton portant le nom d’Adrien Dubosc 5 rue d’Aix à Paris (Xe arr.).
La chambre de Pierre Braun a été perquisitionnée en présence de ses parents, y était découvert : une circulaire ronéotypée intitulée « Règlement relatif aux sanctions à appliquer dans les FTP » et une feuille de papier portant des noms et des adresses. »
Les policiers saisirent sur Pierre Braun un carnet, un feuillet manuscrit où était noté le nom d’un inspecteur de La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine) à abattre, ainsi que de différentes notes. Emmené dans les locaux des Brigades spéciale à la Préfecture de police, interrogé il relata son parcours au sein des FTP.
Le 15 août 1944, Pierre Braun était dans le train de 1654 déportés qui partit de la gare de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis) à destination de Buchenwald, dans le même convoi 546 femmes déportées à Ravensbrück. Les hommes arrivèrent le 20 août et les femmes le 21. Le transport s’effectua sous une forte chaleur, lors d’un arrêt dans la Meuse, le chef de gare de Revigny tenta de convaincre le chef de train SS d’arrêter le transport, en vain. Le consul de Suède Nordling intervint, signa un accord avec le major Huhm représentant militaire allemand pour la France, nouveau refus du SS chef du train. D’autres démarches eurent lieu à Bar-le-Duc par la Croix-Rouge, trois femmes et un prêtre polonais malade furent libérés…
Les détenus arrivèrent à Buchenwald le 20 août 1944 où ils furent immatriculés, Pierre Braun matricule 77893 a été envoyé à une date inconnue au camp de Dora. Il aurait survécu aux épreuves.
Son père Émile Braun, contrôleur la SNCF domicilié 71 ter rue Alexis-Lepère à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis) témoigna le 7 avril 1945 devant la commission d’épuration de la police. Il déclara : « Mon fils Pierre, Hubert qui demeurait à mon domicile, a été arrêté sur la voie publique le 7 avril 1944, dans des conditions que j’ignore. »
« Le même jour trois inspecteurs sont venus perquisitionner à mon domicile. Les policiers ont seulement découvert un tract qui se trouvait dans le carton à dessin de mon fils. »
« Je me suis présenté à la Préfecture de police où il m’a été dit que mon fils y était inconnu. »
« À la suite de nombreuses démarches à la prison de Fresnes où j’avais appris qu’il se trouvait détenu, j’ai pu obtenir un permis de visite. »
« J’ai pu le voir fin juillet, puis le 10 août là, il m’a dit avoir été frappé à coups de nerfs de bœuf par les inspecteurs français. Il m’a simplement précisé qu’il s’agissait de la BS2 sans pouvoir me donner de nom de policiers. »
« Quelques jours plus tard, il a été déporté pour une destination inconnue. J’ai seulement reçu un court billet lancé du train qui emportait mon fils. Depuis je suis sans nouvelles. »
« Je porte plainte contre les policiers qui ont procédé à l’arrestation mon fils, les considérant comme responsables de sa disparition, ainsi que contre ceux qui l’ont frappé au cours de sa détention dans la BS2. »
Un inspecteur du service signala que Pierre Braun avait été mis à disposition par les inspecteurs T…, H…, D…, C… et B… L’un d’eux André H… a été arrêté le 13 janvier 1945 était perçu par ses collègues résistants comme un « fasciste notoire, antipatriote, qui s’est signalé par son activité et la répression qu’il n’a cessé d’exercer. Tortionnaire fanatique, sympathisant du PPF, tout acquis aux idées nazies, toute son activité a été celle d’un partisan. Pour tous les détenus conduits au service, il n’avait qu’une expression : “à la chaise”. D’autres remarques ne laissent guère de doute sur la volonté des épurateurs de faire un exemple : « Par ses pillages au domicile des Français arrêtés, relève du droit commun. » Condamné à mort, il a été fusillé.
Pierre Braun a été homologué FFI sous le nom de Braum Pierre.
_
Il s’était marié le 17 septembre 1949 à Montreuil avec Adrienne Hecke.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article216147, notice BRAUN Hubert Pierre [Pseudonyme : Prophète] par Daniel Grason, version mise en ligne le 2 juin 2019, dernière modification le 5 juin 2019.

Par Daniel Grason

Pierre Braun
Pierre Braun

SOURCES : Arch. PPo. GB 131, BA 1752, KB 102, 77 W 3111-291698. – Bureau Résistance GR 16 P 88300. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Les policiers français sous l’occupation, Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Éd. Perrin, 2001. — État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 173

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément