JACOPONI Natale, Vasco [Pseudonyme : Franci]

Par Daniel Grason

Né le 25 décembre 1901 à Livourne (Italie), mort le 7 avril 1963 à Livourne ; marin, mécanicien ; membre du Parti communiste italien ; secrétaire de l’Union populaire italienne en France ; dirigeant de la Confédération générale italienne du travail ; député communiste ; interné sur l’Ile de Ventotene ; résistant.

Fils d’Angelo et de Palmira née Cananccini, Natale Jacopini jeune militant socialiste adhéra au Parti communiste d’Italie en 1921. Il a été élu secrétaire de la Fédération communiste de Pise et de Livourne en 1924. Arrêté en 1926, il a été interné sur l’île de Lipari. Il s’évada probablement, entra clandestinement en France en 1930. Il fut interpellé le 15 octobre 1933 au 5 rue Buffon à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis), domicile de son amie Emma Brunetti, mère de deux enfants Augustine dix-sept ans et Iride sept ans. Il régularisa sa situation administrative, fut membre de l’Union populaire italienne dirigée par Romano Cocchi. Dès 1932 il assurait la liaison des groupes de langue italienne en France. Après une parenthèse de deux ans entre 1934 et 1936 où il aurait séjourné à Ajaccio en Corse, il revint en région parisienne.
Il fut nommé secrétaire permanent du Comité d’aide au Peuple espagnol dont le siège était 1 cité Paradis à Paris (IXe arr.). Il a été chargé du recrutement des volontaires italiens pour les Brigades internationales. À partir de juin 1937, il devint le secrétaire de l’Union populaire italienne (UPI), le président était Romano Cocchi. Membre du Comité central du Parti communiste italien, Jacoponi prenait la parole sous le nom de « Franci » lors de réunions publiques en région parisienne, dans le Nord Pas-de-Calais, en Lorraine et à Nice (Alpes-Maritimes). Selon la police l’UPI regroupait en septembre 1938 environ 35 000 adhérents dont 1500 communistes, 1500 socialistes, la masse des adhérents étaient sans appartenance politique.
Lors de la guerre d’Espagne, il accusa dans La Voce degli Italiani (La Voix des italiens), les anarchistes et trotskystes d’être « responsables de la stagnation de la guerre en Espagne ainsi que de l’état de révolution permanente qu’ils engendrent en Espagne républicaine. »
Dès le 27 août 1939 La Voce degli Italiani cataloguée comme « antifasciste à prédominance communiste » était interdite. Le 13 février 1940 sur commission rogatoire « Franci » était recherché. Le 26 février 1940 le domicile de « Franci » alias de Jacoponi était perquisitionné en sa présence.
Le 6 mars 1940, le commissaire de police d’Avion dans le Pas-de-Calais informait qu’une ronéo, trois machines à écrire 35 000 feuilles de papier à ronéotyper avaient été saisis. Le 6 avril, le Commissaire spécial de Lens dans le Pas-de-Calais le soupçonna d’avoir fait diffuser des tracts en langue italienne dans les mines.
Après la dissolution de l’Union populaire italienne, Natale Jacoponi travailla en tant que mécanicien au garage et atelier de réparations automobiles Rabier au 120 rue de Paris à Vincennes (Seine, Val-de-Marne). L’entreprise travaillait pour les Allemands.
Le 10 janvier 1940, le commissaire spécial de Lens (Nord) saisissait un tract manifeste en italien de six feuilles dactylographiées, il fut traduit. L’adresse aux « Prolétaires du monde entier ! » justifiait la signature du pacte Germano-Soviétique, les annexions par l’Union Soviétique de l’Ukraine, d’une partie de la Pologne, de la Lettonie, de l’Estonie et de la Lituanie. La conclusion appelait à la « Paix aux peuples ! »
« Paix, justice et liberté pour les travailleurs ! »
« Vive l’union fraternelle des prolétaires de tous pays ! »
« Vive l’Union Soviétique, boulevard de la paix et des libertés du socialisme, patrie des travailleurs de tous les pays ! »
L’enquête policière aboutissait à identifier l’auteur nommé « Franci » qui n’était autre que Natale Jacoponi, ancien secrétaire de l’Union populaire italienne. Était aussi relevé « de violentes divergences de vues [qui] s’étaient manifestées parmi les dirigeants » à la suite de la signature du pacte Germano-Soviétique. La femme Kayser et Vittorio Pupilli militant communiste furent interrogées, ils affirmèrent « n’avoir jamais été en possession de la circulaire en question. » La perquisition de leur domicile a été infructueuse.
Martinelli membre de l’UPI du Pas-de-Calais interrogé déclara : « Il ne serait pas étonnant que Jacoponi fut l’auteur de la circulaire et chercha à propager parmi les membres du Groupement la tendance communiste qu’il représentait au sein du Conseil national, mais ce n’est là qu’une opinion. »
Le 17 janvier 1940 le commissaire de police d’Avion écrivit au Procureur de la République de Béthune. Il affirmait que le texte « Prolétaire du monde entier » avait été dactylographié à Montreuil-sous-Bois, 5 rue Buffon. C’est un nommé Franci, membre de l’UPI, qui a été chargé de la faire parvenir aux secrétaires des sections locales de l’UPI, demeurés fidèles à la IIIe Internationale. Une ronéo, trois machines à écrire et 35 000 feuilles de papier à ronéotyper, seraient actuellement à Montreuil-sous-Bois, au 5 de la rue Buffon. »
Le 26 février 1940, un commissaire et trois inspecteurs se présentaient au domicile de Natale Jacopini. À l’issue de la perquisition un rapport a été rédigé, l’Union populaire italienne aurait compté jusqu’à 40 000 membres répartis en 25 fédérations qui regroupaient 650 sections locales. L’UPI ne comptait plus qu’environ 7 000 adhérents.
Interrogé Natale Jacoponi affirma : « Je ne suis pas l’auteur de la circulaire intitulé Prolétaire du Monde entier ». « Je n’en ai jamais entendu parler. » Il fit remarquer qu’il « n’avait jamais eu de machine à écrire et de machine à ronéotyper » à son domicile. L’avocat Alessandro Bocconi, président de l’UPI a été auditionné, il déclara : « Au sein du groupement, il n’était fait aucune politique, il était seulement demandé aux membres d’être émigrés italiens et antifascistes. Jacoponi était un de nos militants les plus actifs, c’était un sympathisant communiste, mais j’ignore s’il était inscrit au Parti communiste Italien. »
« Toutefois, son activité est toujours restée dans les limites de celles de l’UPI, c’est-à-dire antifasciste et amitié franco-italienne. » Il précisa que « L’UPI a condamné officiellement et d’une façon irrévocable la signature du pacte germano-soviétique. » Concernant le texte saisi à Lens, il déclara qu’elle n’émanait pas de l’UPI. « C’est la première fois que j’en entends parler, elle est d’ailleurs contraire à tous nos mots d’ordre. »
« Je ne pense pas que Jacoponi en soit l’auteur et j’ignore qui a pu la rédiger et la diffuser. Je vais faire des recherches et si j’arrive à connaître son auteur, je publierai son nom dans le journal l’Unione. »
Expulsé, il a été livré aux autorités fascistes italiennes qui l’internèrent sur une ile de la mer Tyrrhénienne à Ventotene. Entre 1939 et 1943, Mussolini y fit interner 700 opposants dont 400 communistes. Libéré il organisa les premiers groupes de partisans à Livourne sa ville natale.
Interpellé par les fascistes qui ignoraient son engagement avec les partisans, il a été emprisonné à Pise, puis à Modène. Libéré à la fin de la guerre, il devint le dirigeant syndical des dockers de Livourne, et membre du conseil exécutif de la Confédération générale italienne du travail (CGIL). En 1948, il a été élu député du Parti communiste, il mourut au cours de son troisième mandat le 7 avril 1963 à l’âge de soixante-deux ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article215829, notice JACOPONI Natale, Vasco [Pseudonyme : Franci] par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 mai 2019, dernière modification le 26 mai 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN BB 7018. – Arch. PPo. 77 W 787, BA 2441. – Éric Vial, L’Union populaire italienne 1937-1940. Une organisation de masse du Parti communiste italien en exil, Éd. École française de Rome, 2007, p. 264. – Site internet Association nationale des Partisans d’Italie (ANPI).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément