AMOUROUX Germain [pseudonyme sous la résistance : Claude]

Par Eric Panthou

Né le 7 mars 1922 à Coursan (Aude) ; mort le 1er avril 1995 à Marseille VIII ° arr. (Bouches-du-Rhône) ; mécanicien, vendeur de fruits et légumes ; membre du Parti communiste (PCF), exclu puis réintégré ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP) ; évadé de la prison du Puy-en-Velay.

Fils d’Émile, cultivateur et de Germaine, née Vigneau, cultivatrice, Germain Amouroux habitait Coursan et y exerçait la profession de mécanicien au début du régime de Vichy.
Germain Amouroux adhéra aux Jeunesses communistes en 1937-1938 dit son dossier à la Commission centrale de contrôle politique du PCF.
Il fut arrêté courant décembre 1941 pour propagande communiste par la section spéciale de la police régionale de Montpellier. A Coursan, à la suite d’une distribution de tracts effectuée dans les rues du village, la police déclara avoir découvert un important centre de propagande avec l’arrestation de Germain Amouroux, déjà condamné en octobre 1941 à deux ans de prison pour propagande pour la 3éme Internationale, Paul Maraval, cultivateur domicilié à Coursan et cousin de Germain Amouroux, et Pierre Baygues, 27 ans et lui aussi cultivateur au village. Ces jeunes recevaient le matériel des responsables régionaux clandestins du Parti. C’est chez Pierre Baygues que furent découverts, enterrés dans son jardin et recouverts de fumier, une machine à polycopier, des papiers et des documents divers. Dans une cuve se trouvaient également plusieurs centaines de tracts. Ce centre était en relations avec celui de Narbonne, démantelé en octobre 1941 suite à l’arrestation de 28 militants. Parmi ces arrêtés, figure François Carbonnel, de nouveau inculpé dans l’affaire de Coursan ; Carbonnel qu’on retrouva deux ans plus tard parmi les évadés de la prison du Puy-en-Velay aux côtés de Paul Maraval et Germain Amouroux. Les 3 jeunes de Coursan furent déférés à la section spéciale du Tribunal militaire de la 16é à Montpellier.
Le 24 janvier 1942, le section spéciale condamna Germain Amouroux à 10 ans de travaux forcés, 10 ans d’interdiction de séjour et confiscation des biens, Paul Maraval à 8 ans de travaux forcés, 10 ans d’interdiction de séjour et confiscation des biens, François Carbonnel à 5 ans de prison et une amende de 200 francs d’amende et privation des droits civiques, et Pierre Baygues à un an de prison, 100 francs d’amende et privation des droits civiques. Amouroux et Carbonel furent accusés d’avoir fourni les documents et la machine tandis que Baygues et Maraval avaient abrités matériel et tracts.
Ils ont vraisemblablement été internés ensemble à la prison militaire de Lodève (Hérault) avant d’être transférés au camp de Mauzac (Dordogne) puis à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

C’est là qu’ils s’évadèrent avec 79 autres hommes, dont la plupart prisonniers politiques, la nuit du 1er au 2 octobre 1943, sous la direction du Parti communiste et des FTP.

Après son évasion du Puy-en-Velay, Germain Amouroux fut envoyé vers le camp Gabriel-Péri dans les Combrailles, au nord est du Puy-de-Dôme avec 17 de ses camarades, dont Paul Maraval, son cousin. Puis il fut caché chez un dénommé Barbier, à la Brosse, commune de Besson (Allier) par les FTP de l’Allier, notamment André Sérézat. Son pseudonyme était Claude. Selon André Sérézat, Germain Amouroux devint, par la suite, courant 1944, dirigeant départemental des Jeunesse communistes de l’Allier.
Peut-être a-t-il eu des responsabilités dans le Puy-de-Dôme pendant quelques mois, avant de retourner deux ou trois ans après la Libération dans sa région. C’est en tout cas ici qu’il se maria avec Jeanne Solange Biosca, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le 18 décembre 1944. Jeanne était née à Nîmes (Gard) le 8 mai 1921 et était couturière. Elle était alors domiciliés 20 rue Jeanne d’Arc à Clermont-Ferrand avec ses parents. Son père, Marius Biosca, avait été un membre du maquis de la Tourette à Ussel (Corrèze) et de Résitance Fer en Auvergne. Il avait été et déporté à dont il revint après mai 1945.

Son cousin Paul Maraval fut déclaré mort à Sauret-Besserve (Puy-de-Dôme), le 27 juillet 1944. Selon toute vraisemblance et plusieurs témoignages, il aurait été exécuté par la formation FTP à laquelle il était rattaché depuis des mois, pour des raisons politiques, en l’occurrence sa proximité de vue avec les militants trotskystes côtoyés à la prison de Lodève et du Puy-en-Velay.
Germain Amouroux n’a jamais voulu parler de ces événements avec sa famille et en particulier les parents et l’épouse de son cousin. Il est cependant probable qu’il soit celui qui a informé le tribunal civil de Narbonne du lieu et de la date de la mort de Paul Maraval car il n’existe aucune trace de ce décès sur le registre d’état civil de Sauret-Besserve. Germain Maraval a pourtant accepté de parler. En 1992, alors que sur la cinquantaine des évadés de la prison du Puy-en-Velay encore vivants interrogés par Raymond Vacheron, tous sauf trois n’avaient rien dévoilé, Germain Amouroux fut celui qui, interrogé dans les derniers, fit les confidences les plus précises. Il reconnut que son cousin avait été exécuté par les FTP.

Voici la retranscription de ces échanges tels qu’ils figurent dans l’ouvrage de Pierre Broué et Raymond Vacheron.

Raymond Vacheron : “Maraval a été liquidé ?”
Germain Amouroux : “Oui, Maraval a été liquidé.”
R. V. : “Il refusait les ordres ?”
G. A. : “Oui, quelquefois. Il s’absentait du camp sans rien dire, pour aller à Riom ou à Clermont-Ferrand. S’il avait été suivi, il faisait tomber tout le camp”.”
R. V. : “A-t-on su au maquis dans quelles conditions il avait été exécuté ?”
G. A. : “C’était en avril 1944, ou quelques semaines plus tard (...). Son corps est au pied d’un barrage… On m’a dit : “tu sais, il n’en sortira pas, il est coffré dans le ciment, il est coulé dans le ciment du barrage”.

Germain Amouroux avoua aussi qu’il avait reçu l’ordre de la direction du Puy-de-Dôme de se cacher quand quelques semaines ou mois après la Libération, le père de Paul Maraval vint en Auvergne pour retrouver son fils, la direction craignait qu’en rencontrant son oncle, Germain Amouroux craque et avoue la vérité.
Germain Amouroux ajouta que cet assassinat lui avait causé bien des "problèmes". On ignore s’il évoquait ici sa situation ultérieure à l’intérieure du Parti ou les conséquences de cette affaire au sein de sa famille.

Germain Amouroux a reçu les cartes d’Interné politique, de Combattant volontaire de la Résistance (CVR), et de Combattant de la Résistance.
En 1958, lors de l’enquête menée sur les circonstances du décès de Paul Maraval, Germain Amouroux habitait Cavaillon (Vaucluse). Il déclara alors que lui et Maraval s’étaient évadés ensemble et avaient été envoyés au camp Gabriel-Péri d’où Maraval “participa à de nombreuses actions contre l’ennemi”. Germain Amouroux, qui ne précisa pas lors de cette audition qu’il était le cousin de Maraval, ajouta que lui-même quitta bientôt le camp pour rejoindre un autre poste.
Lucien Bastet, qui a écrit et déposé aux archives de la Haute-Loire un court document sur l’“Affaire Maraval” parvint à obtenir une réponse de Germain Amouroux concernant la disparition de son cousin, après l’avoir sollicité deux fois auparavant. Le 9 mai 1988, Germain Amouroux transmit les photocopies des actes de naissance et de transcription de décès de Maraval. Il déclara alors être très étonné que le nom de son cousin ne figure pas au registre des “Morts pour la France” car sa photo figurait sur le monument aux Morts de Coursan avec la mention “mort au maquis le 29 juillet 1944”. Cette présentation du monument aux Morts est différente de celle faite par Raymond Vacheron, qui s’est rendu sur place vers 1992, et qui constata que la plaque de Paul Maraval était la seule à ne pas avoir de date précise de décès.
Bien que interné et résistant, Germain Amouroux n’a pas de dossier de Résistant signalé sur la base Mémoire des Hommes du Service Historique de la Défense.

Après son retour dans sa région natale, Germain Amouroux fut membre du bureau fédéral du PCF de l’Hérault et secrétaire de la section de Béziers, jusqu’à son exclusion en décembre 1953, exclusion publique en mars 1954. Il avait été auparavant secrétaire de la cellule Jean Borne à Béziers, cellule à laquelle il appartenait au moment de son exclusion.
Germain Amouroux était permanent du Parti jusqu’à son exclusion.
On lui fit des reproches sur sa conduite morale, sur le fait qu’il se serait fait verser un salaire supérieur à ce que touchaient en principe les permanents. L’activité de la section dont il avait la responsabilité est également critiquée. On lui reproche aussi d’avoir dissimulé des faits au Parti. Son attitude, à la fois d’un point de vue moral, mais aussi à l’égard de ses camarades, nuisait au Parti selon le rapport justifiant la sanction.
Germain Amouroux aurait été profondément affecté par cette décision. Il ne parvint pas à retrouver un emploi dans la région, faisant des démarches à Béziers, Narbonne, Nîmes. Le fait qu’il était un ancien permanent du PC fut un frein à son embauche. Ceci l’amena à chercher un emploi dans un secteur où il n’était pas connu.
C’est ainsi qu’il s’installa avec son épouse à Cavaillon (Vaucluse). Là, il exerça plusieurs métiers, notamment chauffeur-livreur puis vendeur dans un commerce de fruits et légumes.
En 1966, il était représentant de commerce, toujours installé à Cavaillon et il avait repris contact avec le Parti, participant à ses réunions publiques ou ouvertes. C’est la cellule de Cavaillon qui fit les démarches en mars 1966 pour que la fédération du Vaucluse obtienne sa réintégration. Fin décembre 1966, il écrit à Georges Lazzarino, membre du Comité central suivant ce dossier : “J’ai vu Balmigere à la conférence fédérale du Vaucluse que j’ai suivie grâce à la tolérance des camarades de Cavaillon et de la fédé du Vaucluse. Il n’en reste pas moins que je suis « toujours en dehors » de la grande famille. »
La demande de réintégration fut transmise au CC en mars 1967. Celui-ci chargea Georges Lazzarino, de recueillir toutes les informations nécessaires. La Commission centrale de contrôle politique examina le rapport et considéra qu’il fallait « ramener à de plus justes proportions les critiques qui lui furent adressées. »
Le CC ratifia la proposition de la CCCP le 17 mai 1967 : Il autorisa la réintégration de Germain Amouroux dans le Parti, mais précisa qu’il ne fallait pas lui confier de responsabilité sans son avis. Pour prendre sa décision, le CC avait consulté les fédérations de l’Hérault et du Vaucluse mais aussi Paul Balmigère, qui connaissait bien Amouroux et l’affaire. Paul Balmigère jugea que les affirmations de l’époque étaient « un peu outrées », s’affirmant donc d’accord avec la réintégration d’Amouroux.
Amouroux après avait été réintégré s’est vu confier des responsabilités au secrétariat de la section d’Avignon après accord du secrétariat du CC, en janvier 1968 semble-t-il.

En 1988, il aurait était en poste comme employé à la mairie de Coursan, mairie dirigée par un maire PCF. En 1992, il habitait Cavaillon (Vaucluse). Il était resté membre du Parti communiste.
On ignore s’il eut des enfants.
Il est mort le 1er avril 1995 à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Son père, Emile Amouroux, né le 29 mai 1902 à Coursan, cultivateur, fut une des figures de cette municipalité ouvrière au lendemain de la Libération. Il fut membre du Comité de Libération de Coursan en 1944 puis adjoint au maire à partir de 1945.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article215799, notice AMOUROUX Germain [pseudonyme sous la résistance : Claude] par Eric Panthou, version mise en ligne le 25 mai 2019, dernière modification le 25 mai 2019.

Par Eric Panthou

Sources : Dossier Germain Amouroux, CCCP, archives Conférence nationale d PCF .— AVCC Caen, AC 21 P 532237. Dossier Paul Maraval. Déclaration sur l’honneur de Germain Amouroux concernant Paul Maraval, le 7 avril 1958 .— André Sérézat, Et les Bourbonnais se levèrent : Témoignage et contribution à l’histoire de la résistance dans l’Allier, éditions Créer .—SHD Vincennes, 19 P 63/5. Formation Gabriel-Péri. Effectifs, actions, pertes .— Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Paris, Grasset, 1997 .— [Lucien Bastet], Affaires Maraval. Où et comment est mort paul Maraval ?, document dactyl, 2 p., circa 1988 .— “Coursan : La ville a été libérée le 24 août 1944”, L’indépendant de Narbonne, 20 août 2015 .— Marius Biosca, Déporté politique 77 818 : De la résistance à Dachau, Nîmes : Impr. Richelieu, 1947, 97p. .— Ministère de l’Intérieur, Direction générale de la police nationale. Etat Français. Circulaire n°40/43 U du 3/10/1943 (avis de recherche des 79 évadés avec leur portrait et état civil) .— Entretien téléphonique avec Raymond Vacheron, le 11 mai 2019 .— Généanet .— Etat-civil Coursan, état civil Clermont-Ferrand.

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