DIOP Cheikh

Par Martin Mourre

Né le 1er janvier 1953, cadre dans le secteur du pétrole et de l’énergie, membres de plusieurs partis politiques : Rassemblement national démocratique (RND), Co-fondateur du Parti pour la libération du peuple (PLP), Co-fondateur de la Convention démocratique et sociale (CDS). Syndicaliste, Secrétaire général du SNTPGS Syndicat National des Travailleurs du Pétrole et Gaz du Sénégal, fondateur de la centrale Confédération nationale des travailleurs du Sénégal/Forces du changement (CNTS/FC).

La trajectoire politique de Cheikh Diop épouse en partie les vicissitudes de l’histoire politique du Sénégal. Alors qu’il est étudiant en BTS métallurgie chaudronnerie, au tout début des années 1970, séduit par les idées de Cheikh Anta Diop, il le rejoint et devient membre fondateur du Rassemblement national démocratique (RND). Les débats entre Senghor et Cheikh Anta Diop, au sein d’une gauche en pleine ébullition, font rage à cette époque. Si Diop veut d’abord participer à la rédaction et à la vente du journal du parti Siggi puis Taxaaw, Cheikh Anta Diop l’orientera vers les activités de la commission sociale. Il s’agissait de réfléchir à la cohabitation entre politiques et syndicalistes, une question qui prenait une importance certaine avec la mise en place de la « participation responsable » en 1969. Après la crise de mai 1968 au Sénégal, Senghor dissout en août 1969 l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS) pour recréer une grande centrale syndicale, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS). La CNTS était intégré au Parti-Etat et envoyait des ministres au gouvernement, notamment ceux du travail ou de l’action sociale. Cette tactique de Senghor visait à contrôler les revendications des travailleurs. Pour le RND, avec cette commission sociale, il s’agissait de s’interroger sur les moyens de faire avancer les revendications du mouvement ouvrier en s’intégrant, ou non, et surtout de quelles manières, dans les structures du Parti socialiste. Pour le RND, il s’agissait « d’encourager l’orientation du syndicalisme de contre-pouvoir sans être contre le pouvoir ». Le ¨Parti souhaitait que ses militants rejoignent diverses centrales syndicales sans chercher à les contrôler, mais plutôt en promouvant les idées du Parti. Cette commission sociale était dirigée par Maitre Babacar Niang, dont Cheikh Diop est très proche et qui quitte le RND en 1983 pour fonder le Parti pour la libération du peuple.
En effet, alors que Senghor a quitté le pouvoir en décembre 1980, une période d’ouverture démocratique s’ouvre. En 1981, c’est le retour au multipartisme intégral et en 1983 se déroule les élections présidentielles et législatives. Le RND remporte un siège mais, considérant qu’il y a eu des fraudes, Cheikh Anta Diop qui avait été élu refuse de rejoindre l’Assemblée nationale, c’est ce qui décide certains, en plus d’autres raisons, à quitter le parti. En effet, les tenants de cette ligne considéraient que l’Assemble nationale offrait un cadre pour porter les idéaux de lutte, une lutte qui se déroule à la fois dans le monde du travail et, idéologiquement, à travers des questions panafricaines – notamment sur l’usage des langues nationales, telle que justement Cheikh Anta Diop l’avait formulé. Babacar Niang est candidat aux élections présidentielles de 1988 et 1993, il réalise des scores minimes, et Cheikh Diop quitte le PLP après le départ de Babacar Niang de la scène politique sénégalaise en 1996 pour fonder, avec Abdou Fall, la Convention démocratique et sociale (CDS). Alors que le pays n’a connu depuis son indépendance que le règne du Parti Socialiste, se pose de manière de plus en plus cruciale la question de l’alternance. Abdou Fall est numéro 1 de la CDS, Cheikh Diop numéro 2. Pour le nouveau parti il s’agit de réfléchir aux conditions pratiques pour que le PS quitte le pouvoir. Le choix est fait de rejoindre le Parti démocratique sénégalais (PDS). En 2000, grâce à une large coalition derrière lui, le PDS d’Abdoulaye Wade arrive au pouvoir dès le premier tour. Cheikh Diop n’en continue pas moins ses activités syndicales. En 2007, au moment de la réélection d’Abdoulaye Wade, celui-ci lui propose une place éligible sur une liste aux élections législatives. Diop refuse, son « souci c’est qu’on venait de créer une centrale qui a un ancrage dans le mouvement ouvrier, il fallait en faire un ferment de lutte pour les travailleurs ». C’est que, dès le début des années 1990, Cheikh Diop a acquis une certaine aura dans le monde syndical.
Le parcours de Diop, politique comme syndical, aide à comprendre comment des forces du changement social ont pu émerger, reculer, se dissoudre, entrer en contradiction avec leur impulsion première ou encore, parfois, renaitre via d’autres structures. Cheikh Diop entre à la CNTS en 1987. En 1994, il prend la direction du syndicat national des travailleurs du pétrole, alors qu’il est directeur adjoint de la Société de manutention des carburantes aviations à Dakar Yoff (SMCADY), qui s’occupait du ravitaillement des avions en pétrole. Membre de diverses instances de la CNTS, il convainc de plus en plus de militants de le rejoindre. Le mouvement qu’il porte à l’intérieur de la CNTS s’appelle le Comité d’initiative pour une CNTS libre et indépendante et démocratique (CICLID) ; il s’agit avant tout de changer l’orientation de la participation responsable, avec en ligne de mire la possibilité de se désaffilier du Parti socialiste. En 2000, un tournant notable se produit. Le courant de Diop s’étant renforcé, il demande la tenue du congrès de la Centrale, afin de ravir le pouvoir à Madia Diop, dit « Madia », le secrétaire générale de la CNTS. À ce congrès, une trentaine de voix, sur plus de 700, sépare les candidatures de Cheikh Diop et de Mody Guiro, qui incarne le courant historique de « Madia ». Des fraudes sont dénoncées. Alors qu’il décide de rester dans la Confédération, estimant avoir la majorité de fait, bientôt se déroulent les graves incidents de la bourse du travail en 2001.
Ainsi, à la suite du congrès conflictuel du SNEEL, le syndicat de l’enseignement élémentaire, la direction de la CNTS fait fermer certains bureaux après plusieurs incidents entre les militants de ces deux orientations. Puis, des nervis vont même jusqu’à brûler certains des bureaux, notamment celui de la comptabilité entrainant la disparition de registres financiers, alors même que « Madia » était mis en cause par le nouveau régime de l’alternance pour sa gestion de l’Institut de prévoyance et de retraite (IPRES). Plus dramatique, l’incendie fera un mort. Cheikh Diop, ainsi que quatre autres camarades, sont jugés aux assises. S’il est acquitté avec ses camarades pour les faits les plus graves de crime et d’incendie volontaire, il sera condamné, dans un procès qu’il juge politique, pour troubles à l’ordre public et purgera une peine de dix-huit mois de prison. Avant cette condamnation, il avait créé la CNTS/Forces du changement (CNTS/FC). S’il s’agit d’une nouvelle scission dans le paysage syndical sénégalais, cette centrale est aujourd’hui un courant de pensée syndical incontournable et l’une des plus importantes dans plusieurs secteurs économiques du Sénégal, notamment dans le secteur de l’énergie un secteur de plus en plus crucial dans l’économie du pays depuis la découverte de gisement pétrolifères et d’hydrocarbures au cours de la décennie 2010.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article215765, notice DIOP Cheikh par Martin Mourre, version mise en ligne le 28 mai 2019, dernière modification le 5 septembre 2019.

Par Martin Mourre

SOURCES : Entretien avec Cheikh Diop, le 11 avril 2018, Dakar

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