LAVERGNE Louis

Par Sébastien Horner

Né le 24 août 1908 à Bujaleuf (Haute-Vienne) ; exécuté par les troupes allemandes le 3 avril 1944 à Besse-en-Chandesse, devenue Besse-et-Anastaise (Puy-de-Dôme) ; gendarme ; résistant.

Le père de Louis Lavergne père était entrepreneur en maçonnerie à Bujaleut, ses parents ont eu trois fils – dont deux connurent un destin tragique dans la Résistance.

Titulaire du certificat d’études primaires et jeune boulanger résidant à Bujaleuf, Louis Lavergne fut appelé sous les drapeaux en mai 1929 en tant que conscrit de la classe 1928 pour servir dans l’infanterie ; il effectua son service militaire au 21e régiment d’infanterie, stationné alors dans les territoires rhénans occupés. Il fut renvoyé dans ses foyers à l’issue de son service militaire en 1930 et il passa dans la réserve militaire disponible. Il se réengagea en février 1935 pour six mois au 95e régiment d’infanterie, en garnison à Bourges. En août 1935, il intégra la gendarmerie comme élève-garde à cheval avant d’être affecté comme garde à cheval dans le IIIe groupe de garde républicaine mobile à Moulins. Devenu garde à pied pour des raisons médicales en 1936, il changea ensuite de subdivision d’arme pour être muté dans la gendarmerie départementale en février 1937. Il servit alors dans la compagnie du Puy-de-Dôme, à la brigade territoriale de Courpière (1937-1938) puis à celle de Besse (aujourd’hui Besse-et-Saint-Anastaise), où il fut nommé sous-officier de carrière en 1938. À la mobilisation de septembre 1939, il fut maintenu sur place lors de la « Drôle de guerre » en raison de sa situation de famille (père de cinq enfants).

À partir de novembre 1942, le gendarme Lavergne fournit des renseignements pour la Résistance dans le réseau Marco-Polo (sous-réseau Marceau) en qualité d’agent P2. Informé des opérations de la police allemande, il put ainsi protéger les résistants en les avertissant de recherches et arrestations. En liaison avec le maquis « Jean-Pierre » en février 1943, il participa également à plusieurs parachutages : il fut impliqué dans des réceptions, transports et camouflages d’armes et d’explosifs nécessaires en vue d’actions militaires contre les troupes d’occupation. Il conseilla également les jeunes du canton concernés par le STO afin de les aider à passer au maquis plutôt que d’aller en Allemagne. Il sensibilisa ses camarades de la brigade à la cause de la Résistance. Révoqué de la gendarmerie par le gouvernement de Vichy en février 1944 pour cause de problèmes de discipline militaire, il resta cependant vivre à Besse avec sa famille et il continua à y occuper des fonctions de renseignements auprès du maquis « Jean-Pierre ».
Après l’arrestation d’un clandestin fin mars et ses aveux sous la torture, le SD eut connaissance de la localisation du chef du maquis au hameau de Belleguette. Une opération militaire montée le 30 mars eut pour effet l’arrestation de Louis Dabert, alias Jean-Pierre, et de quatre maquisards, tandis que six autres furent abattus lors des combats pour leur porter secours peu après. Les burons d’estive des environs dans lesquels cantonnaient les maquisards furent également incendiés.
Une action de police d’envergure fut mise en place le 3 avril par les troupes allemandes, appuyées par des miliciens : la Besse fut encerclée par 400 hommes à l’aube et des barrages équipés d’armes automatiques furent installés à toutes les sorties de la ville. Une cinquantaine d’habitants furent arrêtés et rassemblés près de la mairie, les soldats tirèrent à vue sur ceux qui cherchaient à s’échapper par les champs. Alors qu’il s’enfuyait à la vue des soldats allemands, Louis Lavergne fut blessé par balles à la station d’épuration, près de la rivière Couze Pavin. Il fut ensuite achevé à coups de crosse devant plusieurs habitants. Sur la cinquantaine de personnes arrêtées et interrogées, vingt-et-une furent internées le soir même à la caserne du 92e régiment d’infanterie à Clermont-Ferrand pour cause d’appartenance supposée à la Résistance et/ou insoumission au STO, puis déportées en Allemagne après été torturées pour obtenir des renseignements : parmi celles-ci, onze ne revinrent pas des camps nazis. Par chance, les interrogatoires n’avaient pas permis aux Allemands de découvrir l’arsenal caché dans divers points de la ville, ni de trouver un spécialiste radio parachuté qui y vivait dans la clandestinité.

Après-guerre, son engagement militaire en faveur de la Résistance et de la libération de la France est reconnu par l’homologation posthume du grade de sous-lieutenant au titre des FFC, des FFI, RIF et DIR et il fut nommé chevalier de la Légion d’Honneur pour faits exceptionnels de guerre et de Résistance en 1960. Sa citation de guerre avec palme présente le libellé suivant : « Magnifique patriote, membre des Forces Françaises Combattantes. Arrêté pour faits de résistance le 3 avril 1944, est mort glorieusement le même jour. ». Il a également reçu la médaille de la Résistance française.
Il est enterré au cimetière communal de Bujaleuf, au côté de son frère André, arrêté et fusillé par des miliciens dans cette commune le 24 juillet 1944.
Le gendarme Louis Lavergne s’était marié en mars 1932 à Albertine Monthioux et il était père de cinq enfants : trois de ses fils ont fait carrière dans l’armée, l’un d’eux est mort en Algérie en 1961.
Enfin la caserne de la brigade territoriale autonome de Besse-et-Saint-Anastaise (Puy-de-Dôme) porte son nom depuis 2003. Une plaque commémorative avec sa photo, placée sur la façade de la caserne, rend hommage « À la mémoire du gendarme Louis Lavergne, héros de la Résistance en Auvergne, sous-lieutenant des Forces Françaises de l’Intérieur, mort glorieusement pour la France à Besse (Puy-de-Dôme), le 3 avril 1944. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article215522, notice LAVERGNE Louis par Sébastien Horner, version mise en ligne le 15 mai 2019, dernière modification le 23 juin 2019.

Par Sébastien Horner

SOURCES : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 496 : liste des fusillés, des massacrés dans la région du Puy-de-Dôme, 1er mars 1945 .— État signalétique et des services de Louis Lavergne conservé aux Arch. Dép. 63 – classe 1928 – n° de recrutement 02261 ; SHD Vincenne, GR 16 P 344318. Dossier individuel de Résistant .— AVCC, AC 21 P 63766. Dossier Louis Lavergne (non consulté) .— acte de décès n°6 du 3 avril 1944 de la commune de Besse avec la mention « Mort pour la France ». — Journal Officiel du 21 septembre 1960 portant nomination du SLT Louis Lavergne comme chevalier de la Légion d’Honneur ; fiche n°473/2 de la compagnie de gendarmerie départementale de La Bourboule : personnalité du sous-lieutenant Lavergne ; récit de la journée du 3 avril par un résistant local (discours de source et date non déterminées) ; fiche Louis Lavergne dans MémorialGenWeb.

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