DAUMONT Henri, Armand, Pierre

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 16 mai 1919 à La Fontenelle (Ille-et-Vilaine), mort en septembre 1993 à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ; employé, mécanographe, coopérateur, dessinateur ; militant jociste, permanent de la JOC (1941-1942) ; militant associatif.

Ayant perdu ses parents à l’âge de douze ans - son père, cheminot avait été victime d’un accident du travail, Henri Daumont fut recueilli avec sa sœur cadette, Marcelle (née en 1921), à l’Institut Guynemer, un orphelinat situé à Versailles. Après avoir obtenu le certificat d’études primaires (1930), il fut placé comme apprenti dans un cabinet d’architecte où il devint commis, suivant en même temps des cours du soir qu’offrait la municipalité. À l’issue de cette formation, dont il sortit premier de la promotion, il passa un an (1937) à la SNCF, comme employé, puis entra comme mécanographe aux Établissements ERSA à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine). Mobilisé de novembre 1939 à octobre 1940, il fut embauché à son retour comme conducteur à l’imprimerie Laboureur à Paris où il ne resta que quelques mois.

Henri Daumont avait adhéré à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) pendant son apprentissage, un peu avant les grèves de 1936. Il habitait alors à Courbevoie et était rapidement devenu responsable de sa section dont l’aumônier était l’abbé Godin*. Il avait eu ensuite des responsabilités fédérales comme en témoigne La Lettre aux soldats, le mensuel de la fédération Paris Nord en mai 1939, qui indique que « le fougueux Henri Daumont adopte pour l’instant le secteur de Colombes ». Ce fut peu après sa démobilisation qu’il fut sollicité pour devenir permanent (fin 1940 ou début 1941). Il fut chargé de suivre les fédérations de la zone interdite, c’est-à-dire des départements de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, des Vosges, de Haute-Saône, du Doubs, du Jura et du Territoire de Belfort. Il refusa de souscrire au Service obligatoire du travail (STO), fut deux fois réfractaire et réussit à s’évader du train qui l’emmenait en Allemagne. Il poursuivit ses activités à la JOC dans la clandestinité, jusqu’à son mariage qui eut lieu, sous une fausse identité, le 12 septembre 1942, à Courbevoie, avec Paulette Tisserand, présidente fédérale JOCF de la section de Vincennes-Montreuil dont l’aumônier était également l’abbé Godin. Henri Daumont fut remplacé par Louis Lacaille* pour la Lorraine et par Maxime Rolland* pour la Franche-Comté.

Chargé de mission pour la Croix-Rouge (1943-1944) - ce qui lui permit d’échapper à la police -, Henri Daumont résidait à Montreuil. Sa femme et lui étaient très liés à Henri Godin. Sous son impulsion, ils avaient constitué, en juillet 1942, une association « Jeunesse qui vit » avec d’autres jocistes. Son but était d’« aider les jeunes du milieu populaire en leur assurant une aide morale ou matérielle dans l’établissement de leur foyer, d’organiser les loisirs individuels ou collectifs de ses membres en sauvegardant et favorisant l’épanouissement de la personne et de la famille et de faire paraître toutes brochures et éditions qu’elle jugera utiles à la formation des jeunes ». André Huot en était le président, Andrée Minne la secrétaire, Paulette Tisserand la trésorière ; les adhérents rassemblaient : Madeleine Paris, Geneviève Éteveniot, Albertine Leclerc, André Dusseaux, Isabelle Nourry, Simone Mathe, Marguerite Destors, Mauricette Lemaire, Pierre Métay, Georges Favre, René Basdevant*, Roger Beaunez*, Jean Cutté*, Léon Derkrekrerian, Hubert Dufour, Marcel Touquet, Maurice Dubois, Robert Beckrich, Henri Daumont.

Cette équipe « Jeunesse qui vit » - car sous le label associatif il s’agissait d’une équipe - représentait une nouveauté : elle était la première équipe mixte jociste alors que l’Église, à l’époque, n’était pas favorable à la mixité dans l’Action catholique. Elle rédigea et fit paraître des brochures : Jeunesse qui chante, Jeunesse qui vit, Jociste chante, Le Christ dans la construction du foyer, publiées aux Éditions ouvrières. Mais, cette équipe fut surtout pour Henri Godin un vivier qui lui permit non seulement de recueillir des témoignages, mais de préciser sa pensée, voire de l’infléchir, lorsqu’il rédigea La France pays de mission ? Ce livre allait révéler les préoccupations de nombreux prêtres et de laïcs qui se sentaient concernés par la déchristianisation et cherchaient les moyens d’y remédier. Le couple Daumont suivit de très près l’élaboration du livre, Paulette Daumont étant alors la secrétaire de l’abbé Godin.

Lorsqu’Henri Godin mit en place la Mission de Paris durant l’automne 1943, il demanda au couple Daumont de bien vouloir entrer dans cette nouvelle équipe qui allait compter autant de prêtres que de laïcs décidés à se consacrer à la rechristianisation du milieu ouvrier parisien. Il y eut ainsi, au départ de la Mission de Paris, des permanents laïcs appointés (Geneviève Schmitt*, Yvonne Viguier*, Jean Cutté*, Roger Beaunez*, Maurice Chrétien, Marguerite Destors, Paulette et Henri Daumont*) grâce aux droits d’auteur que touchaient l’abbé Godin et l’association « Jeunesse qui vit ». Henri Daumont militait également avec sa femme au Mouvement populaire des familles (MPF) où il fut très actif puisque ce fut à ce titre qu’il fit partie du Comité local de Libération dont Daniel Renoult* (PC) était président à Montreuil.

Bien que la mort d’Henri Godin, le 17 janvier 1944, vînt troubler les projets de la Mission de Paris, Henri Daumont poursuivit sa tâche de permanent. Il noua des liens avec l’abbé André Depierre qui vint s’installer à Montreuil et qui, selon les conceptions d’Henri Godin, commençait grâce au concours de Geneviève Schmitt, à faire vivre autour du 60 rue Victor Hugo une communauté chrétienne, connue rapidement comme « la communauté de Montreuil ». Henri Daumont continua à gérer l’association « Jeunesse qui vit » et à assurer la gestion comptable des droits d’auteur de l’abbé. Il fonda en juin 1945 avec l’abbé Depierre* (président), le docteur Jean Trémolières* (secrétaire) - lui-même se chargeant de la trésorerie - l’association « L’œuvre de l’abbé Godin : équipe jeunesse » afin de poursuivre « les publications dont l’abbé Godin était l’auteur et assurer une aide financière à toutes personnes que l’abbé Godin aidait personnellement et à toutes les œuvres fondées par lui, en particulier la Mission de Paris, ayant pour but la rechristianisation des milieux prolétaires parisiens. » Henri Godin avait marqué si profondément les jocistes qu’il avait encadrés qu’ils perpétuèrent sa mémoire, honorant tous les ans sa tombe au cimetière de Pantin et ronéotant un bulletin, Rencontre.

En 1947, Henri Daumont se lança dans la constitution d’une société coopérative de consommation, « Coopérative familiale ouvrière », dont l’effort financier de départ fut réalisé par des jocistes, des prêtres de l’archevêché de Paris, des amis chrétiens et des personnes du quartier. Concrètement, ce projet aboutit à une épicerie coopérative, rue de Vincennes à Montreuil avec, un peu plus tard, une annexe aux Castors « Clair logis ». Cette aventure, qui relevait de l’utopie tout en traduisant à la fois une profonde implantation assortie d’actions de solidarité et de fraternité dans la vie de quartier, dura jusqu’en 1959. Elle faisait, cependant, vivre très difficilement la famille Daumont qui comptait alors sept enfants. Mais l’engagement d’Henri Daumont dépassait le seul cadre de son quartier. Il s’investit, à partir de 1947, au comité d’union et d’action des mal-logés à Montreuil. Il présidait ce comité et n’hésitait pas à organiser de nombreuses opérations de squattage consistant à repérer des logements inoccupés, à forcer les serrures et à installer des familles démunies, ce qui impliquait de nombreuses démêlés avec la police. Il militait aussi au Mouvement de la paix et entretenait des liens avec la communauté de Montreuil. Il participait à des rencontres des ouvriers chrétiens, notamment celle du 26 janvier 1954 lorsque l’Église demanda aux prêtres-ouvriers de cesser leur travail en usine ou sur les chantiers du bâtiment. Il signa le texte de solidarité avec les prêtres-ouvriers du 6 février 1954 et l’appel du 19 février 1954 pour les soutenir. Il avait été de ceux qui avaient réagi à l’article du père Gabel sur les prêtres-ouvriers, paru dans La Croix (17 septembre 1953), en cosignant un article dans La Quinzaine (n° 67, 15 octobre 1953).

En 1960, Henri Daumont reprit un travail salarié dans un bureau d’études à La famille nouvelle de la fédération artisanale de l’entreprise (Étudréal scop). Il suivit des cours du soir au CNAM et devint dessinateur projecteur et calculateur en béton armé. En 1967, il entra à l’Établissement public de l’aménagement de la Défense, puis réintégra l’Etudréal en 1970 où il resta jusqu’en 1977.

Une fois à la retraite, il continua avec sa femme à organiser des réunions avec les « amis de Godin » et à faire exister le bulletin Rencontre dont la parution cessa à la mort de Paulette Daumont, le 17 avril 2002.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21548, notice DAUMONT Henri, Armand, Pierre par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 avril 2016.

Par Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — CAMT Roubaix, 1994005 0005. — La Lettre aux soldats, mensuel de la fédération Paris Nord, 1939. — Renseignements fournis par Louis Lacaille. — Notes de Jean-Marie Conraud et d’André Caudron. — Entretiens avec Jean-François Daumont, son fils, mars 2008.

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