STEKOLS Salomon [alias PRIÉDE Julien]

Par Daniel Grason

Né le 26 février 1914 à Daugavpils (Lettonie), mort à une date inconnue à Auschwitz (Pologne) ; électricien ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTP-MOI ; victime de l’antisémitisme.

Fils de Mordach et de Sarah née Goldstein, de nationalité lettone, Salomon Stekols combattit en Espagne républicaine avec la XIVe Brigade internationale. Lors du retrait des Brigades internationales, il a été interné en février 1939 au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), puis de Gurs (Basses-Pyrénées-Pyrénées-Atlantiques). Il vivait en 1942 sous le nom de Julien Priède au 4 impasse Prévost à Paris (IVe arr.). Il avait été condamné sous ce faux état civil le 23 mai 1940 à six mois d’emprisonnement et 100 francs d’amende pour infraction à la loi sur les étrangers par le tribunal correctionnel de Bordeaux (Gironde). À sa sortie de prison le 14 octobre 1940, il alla à Paris.
Il rencontra deux ex-volontaires avec qui il combattit en Espagne, Olek et Mink. Ce dernier le sollicita pour participer à la diffusion de la propagande clandestine. Il rencontra en juin 1942 l’un des responsables de la sous-section juive qui lui proposa d’entrer dans l’Organisation spéciale du Parti communiste, il accepta.
Il donna des instructions pour qu’une cuve d’eau de la SNCF soit sabotée. Trois combattants participèrent à cette action, Henri Schos, dix-huit ans, Simon Kupper, vingt-quatre ans et Isaac Mendzylewski, chef du groupe, dix-neuf ans à une action. Le 18 septembre 1942 « Jean » lui remettait un engin explosif avec pour mission de faire sauter le réservoir de la SNCF, réseau Nord, boulevard de La Chapelle. Salomon Stekols alla reconnaître les lieux, puis donna des directives au chef de groupe « Gilbert », et lui confia l’engin explosif. L’action se déroula comme prévu, le lendemain Stekols vérifia l’état des dégâts occasionnés, puis rédigea un rapport.
Le chef de groupe de la Défense passive du secteur témoigna : « Je me trouvais à 22 heures 15 à l’angle du boulevard de La Chapelle et de la rue de Maubeuge lorsque j’ai entendu une violente détonation, j’ai vu de la fumée. […] Je n’ai remarqué aucune personne suspecte dans les environs. » D’autres personnes témoignèrent avec d’autres mots.
Les policiers constatèrent que sur quatre réservoirs, un avait été endommagé. L’explosion avait provoqué un orifice de 20 centimètres, et l’eau que contenait le réservoir s’était écoulée sur les voies.
Le commissaire Fernand David, commissaire de la BS1 a été chargé de l’enquête. Le 15 octobre 1942, les trois résistants étaient interpellés par des inspecteurs des Brigades spéciales. Les policiers saisissaient à son domicile un bidon « paraissant être du pétrole ». Interrogé Salomon Stekols expliqua qu’il transmettait les directives aux militants devant participer à une action. Il ne connaissait les militants que sous leurs pseudonymes « Gilbert » « Simon » et « Nathan ». Il recevait des ordres de « Jean ». Le responsable du groupe de trois était Mendzylewski, un autre résistant Nathan ne fut pas arrêté. Henri Schos, dix-huit ans, était le responsable du matériel.
Salomon Stekols était porteur de faux papiers au nom de Julien Priède. Probablement frappé, il déclara avoir donné des instructions pour l’exécution de plusieurs attentats. Ils visaient la permanence du Parti populaire français (PPF) de Doriot rue de Vaugirard à Paris (XVe arr.), et la destruction de poteaux indicateurs allemands. Le 28 août 1942 vers 22 heures 30 un engin incendiaire a été jeté sur la devanture de la permanence du Mouvement social révolutionnaire (MSR) d’Eugène Deloncle au 226 rue de Vaugirard (XVe arr.), l’engin n’explosa pas. Des explosifs ont été posés au garage allemand à l’angle de la rue de France Auto porte de Vincennes. Les membres du groupe participèrent à l’attaque par explosif d’un camion allemand à l’angle de des rues de Nemours et d’Oberkampf (XIe arr.), et et le 3 septembre 1942 vers 21 heures 30 un engin explosif a été jeté contre la devanture d’un restaurant fréquenté par des militaires allemands au 12 rue Claude Tillier (XIIe arr.), occasionnant peu de dégâts.
Les policiers lui demandèrent la provenance de sa fausse pièce d’identité. Il répondit que l’organisation lui avait fourni sa fausse carte d’identité, sa fausse feuille de démobilisation établie aussi au nom de Priède le 10 septembre 1940 par le centre de Roanne dans la Loire. Membre permanent des FTP-MOI, il était rétribué 1600 francs par mois. Quant au liquide qui était dans le bidon Salomon Stekols, il répondit qu’il s’agissait « de glycérine pure qui éventuellement serait utilisée pour la préparation d’explosifs. »
Le 17 octobre, le commissaire David écrivit que : « Stekols, Mendzylewski et Kupper ayant reconnu […] être les auteurs de plusieurs attentats commis contre les biens où les personnes allemandes, ces trois individus ont été revendiqués par les services de police des troupes d’occupation et déférés au Sonderkommando 4 B (Hôtel Bradford). » Lieu où ils furent certainement torturés.
Le 11 février 1943, Salomon Stekols était dans le convoi n° 47 à destination d’Auschwitz (Pologne). Neuf cents quatre-vingt-dix-huit détenus hommes et femmes étaient dans ce transport, 802 furent gazés dès l’arrivée, 143 hommes et 53 femmes sélectionnés subirent le même sort.
Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, il ne restait que dix survivants dont une femme.
Le nom de Salomon Stekols ne figurait pas dans le dossier de la Commission rogatoire du 9 janvier 1945 qui examina l’activité du commissaire Fernand David. Il a été jugé après la Libération, condamné à mort, et exécuté le 5 mai 1945.
Sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris (IVe arr.) a été gravé le nom de Salomon Stekols.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article215238, notice STEKOLS Salomon [alias PRIÉDE Julien] par Daniel Grason, version mise en ligne le 16 mai 2019, dernière modification le 18 mai 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 068, GB 110, BA 1751, BA 1752, 1 W 277-81154, 77 W 942-204992 (dossier Fernand David). – Bureau Résistance (pas de dossier). – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – Site internet du Mémorial de la Shoah.

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