DAUBY Yvonne [épouse GODARD Yvonne]

Par Didier Bigorgne

Née le 1er mai 1917 à Romilly-sur Seine (Aube), morte le 5 février 2011 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; institutrice, puis professeur de collège ; syndicaliste, dirigeante de la section des Ardennes du SNI (1944-1948) ; militante communiste et résistante FTPF, membre du bureau fédéral des Ardennes du PCF (1945-1948) ; maire de Mohon (Ardennes) de 1945 à 1947.

Yvonne Dauby était la fille de Pol Dauby, employé à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, à Mohon, et de Lucie Gillet, couturière. Son père, qui avait été muté à Romilly-sur-Seine pendant la Première Guerre mondiale, reprit son métier de cheminot à Mohon en 1919. Sa mère devint alors culottière à domicile pour les grandes maisons de confection de Charleville et de Mézières.

Fille unique, Yvonne Dauby fréquenta l’école primaire, puis le cours complémentaire de Mohon avant d’entrer à l’École normale d’institutrices de Charleville en 1934. Elle obtint son premier poste à la rentrée d’octobre 1937 pour débuter à Poix-Terron. L’année suivante, elle fut nommée institutrice adjointe au cours complémentaire de Mohon. Pendant ces années, Yvonne Dauby prit ses premiers engagements. Elle adhéra d’abord au Syndicat national des instituteurs, puis elle rejoignit le Centre laïque des auberges de jeunesse des Ardennes, dont elle devint la secrétaire adjointe départementale en 1938. Elle quitta sa fonction en 1942 lorsque la mention « je jure sur l’honneur ne pas être juif » apparut sur les bulletins d’adhésion.

Le 10 mai 1940, Yvonne Dauby évacua avec ses parents dans le département des Deux-Sèvres. Elle fut nommée institutrice à Longeville-Plage (Vendée) où elle enseigna jusqu’en décembre 1940. Au début du mois de janvier 1941, elle reprenait une classe au cours complémentaire de Mohon. À la rentrée scolaire d’octobre 1942, Yvonne Dauby fut mutée dans le village d’Houldizy, proche de Charleville où habitait également Rolande Trempé*. Elle adhéra au Parti communiste clandestin, puis elle entra en contact avec le mouvement de résistance FTPF par l’intermédiaire d’un jeune instituteur communiste, Raymond Deparpe, en poste à Mohon où elle se rendait régulièrement chez ses parents. Agent de liaison à partir de 1943 et responsable des femmes communistes, elle recevait ses instructions des communistes lillois, Louis Lallemand inter-régional FTPF depuis 1942 et Émilienne Galicier qui devint député du Nord après la guerre. Le premier acte de résistance d’Yvonne Dauby fut un collage d’affiches appelant la population de Mohon à se rendre au monument aux morts le jour du 11 novembre 1943. Ensuite, elle distribua chaque mois, dans la clandestinité, des cartes d’alimentation aux femmes de déportés de Mohon et de Villers-Semeuse. Enfin, elle redoubla d’activité, avec Rolande Trempé et Andrée Larouquette, professeurs à l’École primaire supérieure de Mézières et domiciliées dans le logement de l’école d’Houldizy où était caché tout un matériel efficace, machine à écrire et ronéo : impression et distribution de tracts et journaux reproduisant les mots d’ordre du Parti communiste et du Front national, liaison entre le Front national et les maquis FTPF, courrier avec les groupes communistes du Nord dans le petit village de Montloué (Aisne), organisation de la lutte des femmes au sein de l’Union des femmes françaises, contact avec l’état-major américain pour libérer Charleville. Dans le même temps, Yvonne Dauby participa en 1943, avec Armand Malaise secrétaire général de la section ardennaise du SNI jusqu’en 1940, Raymond Deparpe résistant FTPF, Miguel Sauvage responsable du Front national et le socialiste Georges Muriot, à la reconstitution clandestine du SNI dans les Ardennes.
À la Libération, Yvonne Dauby mena une activité syndicale et politique importante. Nommée membre du comité syndical de la section ardennaise du SNI le 21 décembre 1944, elle fit partie de la commission syndicale d’épuration, puis du comité d’épuration de l’Enseignement. Aux premières élections syndicales du 19 novembre 1945, Yvonne Dauby, qui exerçait de nouveau au cours complémentaire de Mohon, fut élue conseillère syndicale. Secrétaire de la commission des jeunes de 1945 à 1947, elle siégea au comité syndical jusqu’au 7 octobre 1948, date à laquelle elle ne se représenta pas. Lors de la réunion du conseil national du SNI des 27 et 28 mars 1945, elle fut élue à la commission nationale des jeunes.

Parallèlement à ses fonctions syndicales, Yvonne Dauby fut membre du bureau fédéral du Parti communiste des Ardennes du 17 juin 1945 au 6 juin 1948. Responsable à la propagande, elle participa au Xe congrès national du Parti communiste qui se tint du 26 au 30 juin 1945 à Paris et au XIe congrès national qui se déroula du 25 au 29 juin 1947 à Strasbourg.

En septembre 1944, Yvonne Dauby avait été nommée conseillère municipale de Mohon. Aux élections municipales des 29 avril-13 mai 1945, elle fut candidate sur la liste présentée par son parti : avec 1 222 voix sur 3 954 inscrits et 2 940 votants au premier tour, elle arriva en tête de tous les candidats des trois listes confondues (PCF, SFIO, MRP). Entre les deux tours, les listes communiste et socialiste fusionnèrent pour constituer une liste d’Union ouvrière qui l’emporta : Yvonne Dauby fut élue et devint deuxième adjointe au maire socialiste SFIO. Au conseil municipal, elle siégeait dans les commissions des travaux, des écoles et des œuvres sociales. Les onze élus socialistes rompirent rapidement avec les communistes majoritaires au sein de l’assemblée communale et provoquèrent une élection complémentaire qui eut lieu le 18 novembre 1945. La liste communiste obtint les vingt-trois sièges, Yvonne Dauby fut élue maire de Mohon le 4 décembre suivant. Elle devenait ainsi la première femme maire du département des Ardennes. Aux élections législatives du 10 novembre 1946, elle fut candidate, en deuxième position, avec les députés sortants Pierre Lareppe et Jules Mouron et le secrétaire fédéral Robert Collignon, sur la liste du Parti communiste ; avec 39 439 voix sur 150 937 inscrits et 121 141 votants, le PCF, qui fut devancé par le MRP, assura la réélection de Pierre Lareppe.

Au premier tour des élections municipales des 19 et 26 octobre 1947, la liste du Parti communiste conduite par Yvonne Dauby arriva nettement en tête, mais elle fut battue par une liste d’alliance SFIO-MRP au scrutin de ballottage. Pendant son court mandat, Yvonne Dauby avait organisé la reconstruction de la ville et travaillé à la création d’une cantine scolaire, à la réalisation d’un foyer des anciens et d’un centre aéré. Le 8 novembre 1947, elle épousa Marcel Godard, commerçant-mécanicien en cycles et motos. Après son mariage, Yvonne Godard abandonna la vie politique locale ; elle passa le relais à son époux qui avait été maire adjoint de Mohon de 1945 à 1947 et avait adhéré au Parti communiste en 1946.

Yvonne Godard poursuivit sa carrière professionnelle en qualité de professeur d’enseignement général au cours complémentaire de Mohon où elle enseigna le français et l’histoire-géographie jusqu’à son départ à la retraite en 1974. Mère de trois enfants, un garçon qu’elle perdit alors qu’il était âgé de vingt ans et deux filles devenues institutrices, elle fut veuve en 1964.

Yvonne Godard était toujours membre du PCF quand elle décéda. Ses obsèques furent célébrées dans l’intimité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21520, notice DAUBY Yvonne [épouse GODARD Yvonne] par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 mars 2017.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes, 1M 15 ; 3M 5, 8 et 9. — Bulletin de la section ardennaise du Syndicat national des instituteurs, 1944-1948. — Liberté, 1945-1947. — Nouvelles des Ardennes, septembre 1994. — Presse locale. — Presse syndicale nationale. — Témoignage de l’intéressée.

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