DASSAUD Francis [DASSAUD Francisque, dit]

Par Fabien Conord, Gilles Morin

Né le 11 juillet 1895 à Châteldon (Puy-de-Dôme), mort le 17 novembre 1965 à Puy-Guillaume (Puy-de-Dôme) ; ouvrier mécanicien puis receveur de l’enregistrement ; syndicaliste CGT et militant socialiste SFIO de l’Allier, secrétaire de la fédération SFIO (1949-1951), puis élu du Puy-de-Dôme ; maire de Puy-Guillaume (1945-1965), conseiller général de Châteldon (1945-1965), député (1945-1946), conseiller de la République puis sénateur (1946-1965).

[Sénat]

Fils de métayers-cultivateurs, issu d’un milieu de paysans et d’ouvriers couteliers
(père André Dassaud, cultivateur, mère Marie Riboulet, sans profession), Francis Dassaud naquit au village de la Poncette, sur le territoire de la commune de Châteldon. Après avoir fréquenté l’école primaire communale de son village natal, il entra grâce à une bourse à l’école professionnelle de Clermont-Frerrand d’où il sortit avec le certificat d’études pratiques et industrielles et le brevet de mécanicien. Il fut apprenti puis ouvrier mécanicien. Il exerça son métier d’ouvrier mécanicien, très qualifié, à Paris puis un temps en Angleterre, jusqu’à sa mobilisation en décembre 1914 au 17e Régiment d’infanterie (celui qu’avait chanté Montehus) le 17 décembre 1914. Il était adhérent de la SFIO depuis 1914. Passé au 217e RI, il fut gravement blessé à Verdun en 1916 et dut subir l’amputation de la jambe gauche à l’âge de vingt et un ans. Il fut décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre avec palmes.

Après sa démobilisation, Francis Dassaud reprit son métier d’ouvrier à Paris, puis à Vichy (où il se maria en 1919). Il devint secrétaire de l’Union locale des syndicats ouvriers CGT de Vichy et joua un rôle important lors des grandes grèves de 1920. Il fut secrétaire de la Bourse du Travail de Vichy-Lapalisse de 1919 à 1924. Militant également à l’ARAC, il avait, avec quelques camarades, fondé un hebdomadaire : Cocorico (le premier numéro date du 27 mars 1921) qui, de 1921 à 1924, propagea les idées de gauche socialistes et communistes dans un sens unitaire et eut un retentissement dans la région vichyssoise. Installé à Puy-Guillaume en 1924, il travailla à la Verrerie puis aux Laminoirs. Il fut secrétaire du syndicat des verriers de Puy-Guillaume, secrétaire de la section fédérale Sud-est et membre du Comité national de la fédération confédérée du verre de 1925 à 1928, et secrétaire de la fédération des lamineurs du Sud-Est de la France de 1934 à 1935. En 1934, il était secrétaire de la section socialiste SFIO de Thiers et fut candidat SFIO au conseil général en octobre de cette même année dans le canton de Lezoux. En 1935, il fut élu conseiller municipal de Puy-Guillaume.

En raison de son infirmité, Francis Dassaud put entrer dans l’administration comme employé à l’Enregistrement, receveur buraliste, à Rexpoëde (Nord) de 1935 à 1937, puis à Courpière (Puy-de-Dôme) ensuite. Il devint alors un ardent propagandiste du socialisme dans le canton de Châteldon. Il fut décoré de la Légion d’honneur en 1937, recevant même le cordon d’officier en 1938.

En 1941, il fut suspendu de ses fonctions par le gouvernement de Vichy et fut mis en résidence surveillée à Panissières (Loire) en 1942. Il entra en résistance et créa le maquis des Estivaux dont il devint l’un des animateurs, sous le pseudonyme de commandant « Balthazar ». Militant du Parti socialiste clandestin, il rejoignit le maquis des Bois-Noirs en avril 1944 à Etivaux près de Saint-Victor-Montvianeix. Il était responsable civil adjoint pour la région de Thiers (zone 16) et participa à la libération de Thiers et de ses environs le 25 août 1944. Son fils Henri fut grièvement blessé à la centrale électrique de Lutherbach à l’Ouest de Mulhouse face au bois de Nonnenbruch en janvier 1945 ; il avait rejoint le LCL du Colonel Colliou 152e RI les Diabes Rouges en août 1944

À la Libération, Francis Dassaud fut nommé président de la délégation spéciale de Puy-Guillaume, puis fut élu maire SFIO de cette commune en avril 1945, sur les terres qui avaient été celles de Pierre Laval avant-guerre. Il conserva ses mandats jusqu’en 1965. Cette année-là, il démissionna de sa fonction de maire, peu après sa réélection, demeurant simple conseiller municipal.

Élu conseiller général de Châteldon d’octobre 1945 à sa mort, il fut vice-président du conseil général du Puy-de-Dôme en 1946, démissionna de cette fonction en 1949 pour ne pas siéger aux côtés de M. Dixmier, membre de la fédération républicaine et sociale, élu à l’autre poste. Il fut réélu quelques mois plus tard, Dixmier étant lui battu. Il occupait encore cette fonction en 1952-1958 (où il fut remplacé par Barthelay), puis en 1965.

Placé en deuxième position sur la liste SFIO pour de l’élection à la première Assemblée Constituante, derrière Adrien Mabrut, Dassaud fut élu député, d’octobre 1945 à juin 1946. Il appartint à la commission du travail de la Chambre et fut rapporteur de plusieurs lois concernant les déportés et les travailleurs français en Allemagne. Il fut battu au renouvellement de juin et novembre 1946, la SFIO n’obtenant plus qu’un seul siège. Mais il fut élu conseiller de la République le 8 décembre 1946, grâce à la répartition des restes au plan national. Il fut néanmoins réélu, cette fois au plan départemental, le 7 novembre 1948, et devint sénateur le 18 mai 1952, réélu le 8 juin 1958 et le 26 avril 1959. Il siégea à la Haute Assemblée jusqu’au 26 septembre 1965, date de son retrait volontaire, deux mois avant son décès. Vice-président du groupe SFIO du Conseil de la République en décembre 1946 et en 1949, il redevint ensuite simple membre de la Commission exécutive. Il était vice-président de l’importante commission du travail et de la Sécurité sociale en 1948, puis en devint président en 1950-1958. Il fut l’auteur et le rapporteur de plusieurs projets de lois concernant les mineurs, les artisans et les petits retraités.

Francis Dassaud fut désigné comme secrétaire général de la fédération socialiste du Puy-de-Dôme le 6 février 1949 et était encore à ce poste en 1951. Il jouissait dans le Puy-de-Dôme d’un grand respect, forçant l’admiration par son courage qu’étayait son passé de grand blessé de la guerre de 1914-1918 et d’ancien résistant. Les renseignements généraux le décrivaient alors comme la personnalité la plus influente de la fédération, se consacrant le plus à la diffusion de la doctrine du parti parmi les parlementaires et animant de très nombreuses réunions. Il se situait dans la majorité de la SFIO, regrettant parfois que le parti ait perdu son caractère « révolutionnaire ». Il n’en défendait pas moins la participation aux gouvernements de troisième force comme une nécessité pour écarter le double danger communiste et gaulliste. Collègue de Gabriel Montpied au Sénat, il adopta la même attitude que celui-ci à l’égard du retour au pouvoir de Charles de Gaulle, s’abstenant lors du vote préparatoire de la SFIO en vue de l’investiture du 1er juin 1958. Mais il refusa de participer aux cérémonies officielles lors de la visite du général de Gaulle en mai 1959. Il fustigea à cette occasion, devant le conseil général, le mépris de la représentation nationale que celui-ci avait manifesté lors d’une visite des parlementaires du département à celui qui était alors président du Conseil en 1945. Mais il fut indiscipliné lors du scrutin sur les pleins pouvoirs au gouvernement Debré, le 2 février 1960, en s’abstenant.

Francis Dassaud était par ailleurs membre du conseil d’administration de l’Office national des Anciens combattants et victimes de guerre et membre de la commission supérieure des comités d’entreprises et de la commission consultative de prothèses et d’orthopédie.

Francis Dassaud, dont la santé était problématique depuis plusieurs années, mourut à Puy-Guillaume le 17 novembre 1965, dans la ville dont il avait été le premier magistrat durant vingt ans et où il avait fait édifier la mairie, le foyer rural et les bains-douches. Son neveu Serge Dassaud fut maire socialiste de Saint-Maurice-près-Pionsat (Puy-de-Dôme).

Marié le 27 septembre 1919 à Bellerive-sur-Allier, à Lucienne Avenel (née le 24 avril 1896 à Paris XIVe arr., morte le 20 décembre 1994 à Clermont-Ferrand), Francis Dassaud était père d’un enfant, Henri Dassaud Henri, né le 26 août 1920 à Vichy, mort le 6 mars 1980 à Clermont-Ferrand.

Officier de la Légion d’honneur, il était titulaire de la médaille militaire, de la Croix de guerre 1914-1918 et de la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21504, notice DASSAUD Francis [DASSAUD Francisque, dit] par Fabien Conord, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 juillet 2019.

Par Fabien Conord, Gilles Morin

[Sénat]
Clichés fournis par sa famille
Dassaud père et fils Henri au maquis des Etivaux
en haut à gauche avec la pipe et la casquette Dassaud Francisque,
en bas à droite avec le chapeau et la pipe Dassaud Henri
Dassaud Francique jeune

SOURCES : Arch. Nat., F7/12970 et 15499, n° 4202 ; F1cII/249, 285. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1965. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 114. — Démocratie 65, 25 octobre 1965. — Notice DBMOF par Georges Rougeron. — État civil de Thiers. — Notes de Gilles Pichavant. — Notes et documents de Henri Dassaud.

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