échos d’histoire

À la ligne

Dans son ouvrage À la ligne - Feuillets d’usine, Joseph Ponthus, ancien éducateur, décrit sa vie et son quotidien d’ouvrier intérimaire dans le secteur agroalimentaire en Bretagne, dans une usine de conditionnement de poissons et de fruits de mer puis dans un abattoir.

Le travail et ses contraintes – pénibilité, épuisement, précarité – deviennent la matière et le support de l’écriture, pour reproduire les cadences et suivre « à la ligne » le flot d’une pensée qui, pour « résister à la chaîne », mobilise de multiples références littéraires, culturelles, historiques, politiques et poétiques.

Au fil des pages et en « chaussant les lunettes » du Maitron, on voit alors se dessiner de multiples passerelles possibles vers des figures connues ou méconnues.

Dès les premières lignes, le narrateur rappelle qu’il ne va pas à l’usine « pour faire un reportage, encore moins préparer la révolution ».
Référence aux « intellectuels en usine » qui l’on précédé, parmi lesquels Robert Linhart et son expérience d’OS chez Citroën, racontée dans L’Établi (Éditions de Minuit, 1978).

Et puis dans ces feuillets d’usine, on chante « La Semaine sanglante » de Jean-Baptiste Clément, on y fredonne du Ferré ou du Brassens.

On s’y moque un peu des ouvriers du Livre mais c’est pour mieux leur rendre hommage dans les pages finales.

À lire les poissons panés qui défilent et les pelletées de bulots,
on pense au Bateau usine de Takiji Kobayashi, écrivain mort sous la torture en 1933, dont la biographie apparaît dans le Maitron Japon, pas encore en ligne.

On pense surtout aux ouvrières sardinières comme Angelina Codinec, Josephine Pencalet ou Jeanne Caradec.

Les abattoirs, ensuite, convoquent bien sûr La Jungle d’Upton Sinclair, cité par l’auteur.
Mais dans le Maitron, ils font aussi penser à Victor Messer, à Georges Beaugrand ou Lucien Mathieu.
Et plus largement, ce sont des milliers de militants du secteur de l’Alimentation qui se promènent dans le dictionnaire.

Le livre puise aussi sa matière dans la littérature et tisse des liens vers nombre d’auteurs, parmi lesquels Georges Perec.
Surtout, on pense aux écrivains prolétariens, tels Henri Poulaille, René Bonnet, Roger Boutefeu.
Ou tout simplement aux écrivains travailleurs et écrivains du travail, comme Georges Valéro.

En bref, une lecture recommandée.

À la ligne
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