DARDANT Marguerite [épouse MONTRÉ Marguerite]

Par Jean-Pierre Ravery

Née le 15 novembre 1908 à Folles (Haute-Vienne), morte le 31 décembre 1955 à Paris (XIIe arr.) ; employée municipale à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) ; militante communiste ; secrétaire de Georges Gosnat à France-Navigation ; agent de liaison de Jacques Duclos et Benoît Frachon en 1940-1941 ; arrêtée le 29 novembre 1941 à Paris ; déportée en Allemagne le 18 mai 1942.

Marguerite Dardant
Marguerite Dardant
Cliché fourni par Pascale Dardant

Aînée d’une famille de quatre enfants (Félix [mort en 1939 d’un accident de travail à la SNCF], militant communiste, Mathilde), Marguerite Dardant naquît le 15 novembre 1908 à Fursannes, sur la commune de Folles (Haute-Vienne). La famille Dardant y était très connue, plusieurs ancêtres ayant été maires. Son oncle Henri Dardant était un actif cheminot communiste. Son père, Jules Dardant, agriculteur, propriétaire d’une modeste ferme plusieurs fois hypothéquée, et sa mère, Amélie Chazaud, couturière avant son mariage, étaient d’« opinions avancées », selon la formule employée par Marguerite dans un questionnaire biographique établi fin 1937 : parents mariés civilement, enfants non baptisés, père membre du Parti socialiste, syndicaliste et coopérateur paysan actif avant la Première Guerre mondiale, puis lecteur de l’Humanité que lui envoyait son frère Henri, cheminot, qui sera présenté aux élections municipales de 1925 sur la liste communiste à Pantin.

Marguerite Dardant (appelée familièrement Margot) obtint son certificat d’études primaires à douze ans, poursuivit sa scolarité pendant un an mais dut l’interrompre pour aider ses parents à élever les cadets. « Notre famille a toujours vécu dans la gêne et la privation » se souvenait Marguerite en 1937. Elle travailla donc dans des fermes du village ou dans celle de son père jusqu’à son mariage, le 12 mars 1931 à Folles, avec le fils d’un paysan voisin, Marc Montré, né en 1903 à Arennes (Creuse), chauffeur-mécanicien aux Chemins de fer de Tunisie et militant actif de la CGTU des Cheminots. Elle le suivit à Sousse où elle ne trouva à s’employer qu’à des travaux occasionnels de couture. « C’était l’époque où Peyrouton était Résident général et où l’Humanité était interdite en Tunisie. » « Parce qu’il militait, qu’il fraternisait avec les malheureux Arabes et qu’il était connu comme communiste », son mari subissait des brimades de ses chefs. Atteint d’une otite en septembre 1934, le médecin de la Compagnie refusa de le reconnaître malade. Hospitalisé deux mois plus tard à l’hôpital civil de Tunis et opéré à deux reprises, Marc Montré décéda le 14 janvier 1935. Marguerite rentra le mois suivant en France, ramenant au pays le corps de son mari.

Veuve à vingt-six ans, révoltée contre « ce régime qui tue les hommes à la fleur de l’âge », elle arriva à Paris le 1er mai 1935 où elle survécut d’abord grâce à des ménages, tout en prenant des cours de sténodactylo et de français à l’école Pigier. Grâce à des syndicalistes amis de son mari, elle trouva six mois plus tard une place de secrétaire au syndicat des Travailleurs municipaux de la Ville de Paris. Adhérente au PCF le 1er janvier 1936, elle fut bientôt recrutée par la fraction communiste de Limeil-Brévannes où elle devint employée communale aux œuvres sociales et où elle intégra rapidement le comité de section. Très active pendant les grèves de juin 1936, elle fut élue membre de la commission exécutive du syndicat des travailleurs des communes de la Seine et de la Seine-et-Oise en 1937 et en 1938. Dans le but officiel de « se perfectionner » et de « connaître un peu les lois de (son) pays », elle s’inscrivit en novembre 1937 à des cours de droit et d’administration municipale à la faculté de droit de Paris. Mais il est probable que cette formation juridique et le renouvellement de son mandat syndical étaient destinés à couvrir son affectation à la compagnie maritime France-Navigation comme secrétaire particulière de Georges Gosnat. Début 1938, elle était, en tout cas, sélectionnée par Maurice Tréand pour suivre les cours de l’école du Mont-Lénine à Moscou, comme l’atteste une note manuscrite du responsable de l’appareil illégal conservée dans son dossier au RGASPI et la recommandant pour « le chiffre ». En septembre 1939, suite aux mesures répressives engagées par le gouvernement français contre le PCF et les organisations qui lui sont liées, c’est Marguerite, accompagnée d’un chauffeur de la compagnie, Delord, qui fut chargée par Giulio Cerreti de se rendre nuitamment à Joué-les-Tours au domicile de Fritsch, l’homme d’affaire non communiste qui servait de couverture officielle à France Navigation et qui refusait de restituer au porteur les 28 000 actions qu’il détenait. Connaissant la combinaison du coffre, Marguerite n’eut aucun mal à récupérer les précieux papiers et à les remettre le lendemain matin à Ceretti qui les fit aussitôt acheminer vers l’ambassade soviétique de Bruxelles (voir Les Brigades de la Mer, p. 396).

Le 12 juin 1940, Benoît Frachon quitta Paris accompagné de Marguerite et de sa sœur Mathilde (née le 16 avril 1911 à Folles, agent des hôpitaux de Paris et militante du PCF dans le XXe arr.), pour rejoindre la ferme Dardant d’où il dirigea une première réorganisation du PCF en zone Sud. Lorsqu’il chercha à retrouver un contact avec l’Internationale communiste par le biais de l’ambassade soviétique à Vichy, c’est Marguerite Montré qui fut chargée de la mission, déguisée en grande bourgeoise. Francis Crémieux et Jacques Estager ont relaté son équipée : « Marguerite Montré, fort belle jeune femme, chapeautée, gantée, élégamment habillée, conduite par un chauffeur de maître (en l’espèce Raoul Jeanjean) se laissa glisser dans une luxueuse voiture, de Limoges à Vichy. L’équipage fit halte devant la villa où l’ambassade de l’URSS était repliée et Marguerite se fit ouvrir la porte. [...] Le diplomate soviétique qui la reçut, persuadé qu’il avait affaire à une jolie provocatrice, lui indiqua le chemin de la sortie. » (voir Sur le Parti 1939-1940, p. 281).

Le 2 août 1940, Marguerite et sa sœur Mathilde accompagnaient Benoît Frachon et Mounette Dutilleul pour remonter à Paris où Jacques Duclos les rappelait. Et c’est dans l’appartement de Marguerite, boulevard Davout, où il s’était déjà abrité avant la débâcle, que Benoît Frachon passa ses premières journées de clandestinité en zone occupée. Arthur Dallidet allait incorporer les sœurs Dardant à l’appareil de direction qu’il entreprit de réorganiser au profit de Jacques Duclos et Benoît Frachon.

Dans ses Mémoires, Jacques Duclos rendit hommage à Marguerite Montré en précisant qu’elle « avait été (son) agent de liaison en 1940 et 1941 » (t. 3, p. 311). Dans son livre, Raymond Dallidet la présenta pour sa part comme « une collaboratrice de (son) frère » (p. 107). Devint-elle la « chiffreuse » de la direction du PCF après la mise à l’écart de Maurice Tréand et de sa compagne Angèle Salleyrette qui assumait cette tâche auparavant ? C’est probable. Elle fut en tout cas arrêtée par trois officiers des services spéciaux allemands le 19 novembre 1941 chez le tailleur Campana, rue de Rennes, qui l’avait dénoncée, après avoir découvert dans la poche d’un manteau qu’elle lui avait confié en réparation, un papier sur lequel figuraient des indications radio.

D’abord emprisonnée à la Santé, puis à Fresnes, Marguerite Montré fut transférée le 18 mai 1942 en Allemagne, pour être incarcérée à la prison de Lübeck, puis à celles de Cologne, Magdebourg et Breslau parmi d’autres, avant d’être internée dans le camp de Ravensbrück, puis dans celui de Mauthausen d’où elle fut libérée le 28 avril 1945. À son retour, elle travailla officiellement à l’Union des femmes françaises de Limoges, effectuant de fréquents séjours à Paris. Mais elle ne se remit jamais des épreuves subies pendant ses trois années de déportation et mourut le 31 décembre 1955 à son domicile parisien.

À l’instar des Mounette Dutilleul, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Louise Chef, Angèle Salleyrette et de plusieurs autres, Marguerite Montré restera une figure emblématique de ces « jeunes femmes de confiance » du PCF qui furent sélectionnées par le service des cadres et formées par l’Internationale communiste pour constituer un appareil spécial capable de fonctionner en cas de mobilisation générale et de déjouer les routines policières à une époque où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote et n’étaient pas censées être impliquées dans des activités politiques « conspiratives ». Elles réussirent en effet dans certaines circonstances critiques à tenir littéralement à bout de bras « l’organisation », à force de détermination, de sang-froid et d’abnégation.

Mathilde Dardant, la sœur de Marguerite, avait assuré pendant plus de deux ans des liaisons pour Jacques Duclos et Benoît Frachon, avant de disparaître au cours de l’été 1942 dans des circonstances jamais établies avec certitude. Après guerre, elle fut réputée décédée en déportation et déclarée « morte pour la France » par un jugement sur requête du tribunal de Bellac en date du 13 mars 1947.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21441, notice DARDANT Marguerite [épouse MONTRÉ Marguerite] par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 3 décembre 2016.

Par Jean-Pierre Ravery

Marguerite Dardant
Marguerite Dardant
Cliché fourni par Pascale Dardant
Mariage de Marguerite Dardant et Marc Montré en 1931
Mariage de Marguerite Dardant et Marc Montré en 1931
Mathilde Dardant , soeur de Marguerite
Mathilde Dardant , soeur de Marguerite
Félix Dardant, frère de Marguerite, également militant, mort en 1939 dans un accident du travail
Félix Dardant, frère de Marguerite, également militant, mort en 1939 dans un accident du travail

SOURCES : État civil de Folles (Haute-Vienne). — RGASPI, Moscou, dossier personnel 495 270 2869 : deux autobiographies de 1937 et 1938 (consultées par Claude Pennetier). — Francis Crémieux et Jacques Estager, Sur le Parti. 1939-1940, Messidor, 1983. — Dominique Grisoni et Gilles Hertzog, Les Brigades de la mer, Grasset, 1979. — Jacques Duclos, Mémoires, Fayard, 1970. — Raymond Dallidet, Vive le PCF, 1987. — « Le PCF et l’Internationale, septembre 1939-août 1940 ». Cahiers d’Histoire de l’IRM, n° 52-53 (1993). — Renseignements fournis par Aimé Dardant, son neveu. — Documentation Jean-Pierre Ravery.

ICONOGRAPHIE : Francine Fromont et Marguerite Montré à bord du yacht « Vanadis » dans Les Brigades de la mer, op. cit.

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