IMBERT Roger [Pseudonyme : Jojo]

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 7 mai 1925 à Paris (XIVe arr.), mort le 3 novembre 1944 à Ellrich (Allemagne) ; ajusteur ; communiste ; résistant FTP ; commissaire aux opérations de la région H.

Roger Imbert
Roger Imbert

Fils d’André et de Madeleine née Gaquer, Roger Imbert était titulaire du CEP et du CAP. Il vivait chez ses parents 5 rue de Bondy aujourd’hui René Boulanger à Paris (Xe arr.). Il travailla de novembre 1943 au 4 janvier 1944 comme ajusteur à la Reichsbann 34 rue Championnet à Paris (XVIIIe arr.). Il fit connaissance par l’intermédiaire d’un distributeur de tracts du Parti communiste.
En février 1944, il eut le contact avec un membre de la région H des FTP. Celui-ci lui expliqua que cette région était désorganisée, Roger Imbert quitta son emploi, il devint le responsable militaire de cette région. Il fit connaissance de plusieurs membres des FTP dont plusieurs étaient à des postes de responsabilité.
Il récupéra des documents chez un responsable des cadres qui avait été arrêté. Avec « Jeannot » et « Marc » il se rendit au 107 avenue de la porte d’Ivry dans le XIIIe arrondissement. Ils enfoncèrent la porte, récupérèrent les papiers et un poste de TSF.
Ce même mois de février avec « Jeannot » et « André », Roger Imbert se présenta chez P… membre du PPF. Celui-ci habitait au 5e étage de l’immeuble du 5, square Trudaine à Paris (IXe arr.). Tous les trois étaient armés, l’un sonna, une femme se présenta. Deux FTP tentèrent d’ouvrir le coffre-fort de petite dimension sans succès. Ils raflèrent 1800 francs de pièces de un et deux francs en argent et quinze paquets de cigarettes.
Ils emportèrent le coffre-fort. Lorsqu’il fut ouvert, l’organisation récupéra 87 000 francs, quinze paquets de cigarettes et des cigares ainsi que deux montres goussets. Avec une partie de l’argent Roger Imbert paya des FTP. L’un des trois hommes s’éclipsa en subtilisant 70 000 francs et cinq revolvers.
Le mercredi 15 mars 1944, Jack Cousin (« Villeneuve ») et Jean Couchouron (« Louis ») étaient au rendez-vous fixé par Roger Imbert gare du Nord. Celui-ci les informa que l’action aurait lieu à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis), près de la porte de La Villette. Tous les trois empruntèrent le métro, à 12 heures 40 ils étaient à Pantin.
Roger Imbert les conduisit 72 boulevard-Édouard-Vaillant, où se trouvait une baraque d’un étage, au rez-de-chaussée un vieil homme sciait du bois. Jacques Cousin monta l’escalier ainsi que Roger Imbert, une femme leur fit face. Avait-elle compris les intentions des visiteurs ? Elle cria « Au secours ! » ouvrit une fenêtre. Jean Couchouron et Jacques Cousin prirent la fuite. Un ouvrier Pion, 76 ans s’interposa. Roger Imbert tira le touchant mortellement.
Les trois FTP se dirigèrent à toutes jambes, porte de la Villette, dévalèrent les escaliers du métro. Une rame arrivait Jean Couchouron et Jack Cousin montèrent dans le wagon et plongèrent sous une banquette. Imbert fit face aux policiers, son arme était dans sa poche, il visa les jambes des policiers, tira… et prit la fuite.
Il se rendit rue Dampierre au n°16, monta au 6e étage rendre une visite de courtoisie à une ancienne amie. Il y avait là le père, la mère, un jeune homme et une petite fille. Le couple remarqua qu’il suait, ils demandèrent à Roger Imbert ce qu’il avait. Il répondit laconiquement « J’ai fait un coup dur. » Congédié, il se réfugia dans la cave de l’école, y resta plus d’une heure, le temps de récupérer.
Le 16 mars le journal collaborationniste Le Matin se fit l’écho du meurtre et de deux arrestations « Chasse à l’homme à Pantin Deux assassins arrêtés. »
Il alla 11, rue Bleue dans le IXe arrondissement, un lieu qui était utilisé par des illégaux. C’était « Guy » Robert Vimont, commissaire aux opérations de la région Paris X (Paris rive droite), qui occupait les lieux avec son amie Raymonde Riand dite « Suzon ». Roger Imbert y resta une quinzaine de jours
Les inspecteurs de la BS1 interpellèrent Roger Imbert le 1er avril 1944, un local dont il avait la responsabilité fut perquisitionné, les policiers saisissaient : un fusil mitrailleur, deux revolvers, six grenades, une boîte de détonateurs et des documents.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il émettait des doutes sur l’action du 15 mars : « Je ne pense pas, d’après les renseignements que vous me donnez, que Monsieur Pion, soit l’homme que nous étions chargés d’abattre. » Roger Imbert fut frappé à huit reprises, il s’expliqua sur la provenance des armes saisies, le revolver avait été fourni par Louis, le fusil-mitrailleur appartenait à la région H des FTP, différents papiers avaient été donnés par « Guy », d’autres par « Jean » et « Denis »
Il précisa qu’il était en liaison avec une organisation clandestine indépendante des FTP, « L’Action immédiate. » Cette structure disposait d’un box au 40 rue des Fossés Saint-Bernard à Paris (Ve arr.). Les policiers s’y rendirent, ils découvraient : deux automobiles Citroën 11 CV, trois mitraillettes, cinq pistolets dont un parabellum, deux grenades, divers cachets et des papiers d’automobiles. Son père André Imbert, militant communiste a également été interpellé.
Roger Imbert fut incarcéré, il était le 15 août 1944 dans le convoi qui partit de la gare de Pantin avec dix-neuf autres résistants du groupe. Cinq cents quarante-six femmes étaient déportées à Ravensbrück et 1654 hommes à Buchenwald, les femmes arrivèrent à destination le 21 août et les hommes le 20 août.
Cinq jours furent nécessaires pour aller à Buchenwald, Roger Imbert a été envoyé au camp de Dora, il ne survécut pas aux épreuves de la déportation. Matricule 77779 il mourut à Ellrich le 3 novembre 1944 à l’âge de dix-neuf ans. Quinze femmes et hommes sur trente-cinq impliqués dans la même affaire moururent en déportation.
Roger Imbert a été homologué membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article214269, notice IMBERT Roger [Pseudonyme : Jojo] par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 6 avril 2019, dernière modification le 1er mai 2019.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Roger Imbert
Roger Imbert

SOURCES : Arch. PPo.BS2 carton 39. – Bureau Résistance GR 16 P 301461. – Livre-Mémorial, FMD Éd. Tirésias, 2004. — BnF Gallica Le Matin du 16 mars 1944.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 181

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