PRIQUELER Guy [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 17 août 1949 à Belfort, mort le 20 mars 2019 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; médecin ; communiste libertaire.

Guy Priqueler en juin 1979
Guy Priqueler en juin 1979
FACL

Fils d’un cheminot et d’une modiste, Guy Priqueler grandit dans le bassin minier de Longwy.

Il découvrit l’anarchisme quand il était au lycée à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), bien que son établissement soit resté à l’écart du mouvement en Mai 68. Il intégra ensuite la fac de médecine à Nancy.

A l’été 1970, alors qu’il travaillait dans une pizzeria à Saint-Cyr-sur-Mer (Var), il fit la rencontre de Daniel Guérin, qu’il reconnut pour avoir vu sa photo sur un livre. Le jeune homme sympathisa avec le vieux révolutionnaire, qui l’invita dans sa villa à La Ciotat, où il lui offrit une pile de livres.

De retour à Nancy, Guy Priqueler rejoignit le Mouvement communiste libertaire (MCL), où il fit la connaissance d’Alain Bonicel et de Patrice Grillot. Le groupe nancéien du MCL s’était créé en 1969 en même temps que se constituait le MCL au niveau national, avec entre autres Daniel Guérin et Georges Fontenis. Nancy était un des plus importants groupes de l’organisation qui, en 1971, se rebaptisa Organisation communiste libertaire (dite "OCL 1").

Début 1976, à la disparition de l’OCL 1, le groupe nancéien décida de poursuivre ses activités sous le nom de Groupe communiste libertaire (GCL). Fin 1977, le GCL et le Collectif pour une UTCL coéditèrent par exemple la brochure Mouvement des soldats, antimilitarisme et lutte de classes, qui fut essentiellement rédigée par Guy Priqueler et Patrice Grillot.

La majorité du GCL décida à cette époque de s’engager dans le processus de création de l’Union des travailleurs communistes libertaires. Guy Priqueler participa au congrès fondateur de la nouvelle organisation, en mars 1978, avec une délégation nancéienne qui était parmi les plus importantes.

Au fil de ses affiliations (du MCL à l’UTCL), le groupe de Nancy s’impliqua dans de nombreuses luttes. Il était par exemple très actif sur sur le front antimilitariste, ses militants participant notamment à la section locale du Comité antimilitariste (CAM). En Meurthe-et-Moselle, celui-ci regroupait principalement des libertaires, des maoïstes et divers individus. Les militants du CAM Nancy étaient un point d’appui important des comités de soldats de l’est de la France et d’une partie de l’Allemagne : lieux de réunion, impression et distribution des bulletins des comités. En outre, ils diffusaient le journal national Lutte antimilitariste, ainsi que le bulletin local Rompons les rangs. Ils faisaient aussi partie des comités Larzac.

En 1978-1979, l’UTCL-Nancy s’engagea dans le soutien – politique et logistique – à la lutte des travailleurs migrants des foyers Sonacotra, en grève des loyers. Cette lutte dura près d’un an dans les foyers nancéiens, et plusieurs années en région parisienne.

Outre son action antimilitariste et de solidarité avec les migrants, Guy Priqueler s’était engagé, dès ses études, dans le combat pour le droit à l’avortement, en participant à l’activité du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) et au Planning familial, dont il fut quelque temps vice-président national. A cette époque, il pratiqua des IVG clandestines avec la méthode de Karman, et organisa une projection privée du film Histoire d’A, alors interdit, sous l’égide de la Ligue des droits de l’homme.

En 1980-1981, il participa activement à la campagne de l’UTCL en soutien aux dissidents des pays de l’Est, et pour le boycott des Jeux olympiques de Moscou : un meeting avec un syndicaliste et dissident soviétique fut tenu en juin 1980 à Nancy.

Il quitta l’UTCL en 1984, alors que le groupe de Nancy périclitait, et lassé de ce qu’il estimait être les ambitions démesurées de l’organisation. La disparition accidentelle d’Alain Bonicel en septembre 1984 précipita la fin du groupe.

Guy Priqueler avait commencé à exercer comme médecin libéral en 1980, d’abord en gériatrie, puis en milieu scolaire. Il évolua vers l’orthogénie en 1983, puis vers la toxicologie en 1994. Adhérent au Syndicat de la médecine générale, il fut également, en 1991-1992, un des fondateurs du réseau Toxicomanie-Ville-Hôpital, qui fut actif une vingtaine d’années.

S’il ne militait plus dans le mouvement libertaire, Guy Priqueler ne s’en tint pas éloigné. Dans les années 2000, il souscrivit aux Ami.es d’Alternative libertaire et, en 2016, avec Patrice Grillot, il confia plusieurs cartons concernant l’activité du GCL au Fonds d’archives communistes libertaires à Montreuil. Il continuait à militer avec le Réseau éducation sans frontières et avec Solidaires 54. En juin 2018, il aida à l’organisation d’un meeting d’Alternative libertaire à Nancy en soutien à la gauche kurde au Moyen-Orient.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article214138, notice PRIQUELER Guy [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 2 avril 2019, dernière modification le 22 mai 2019.

Par Guillaume Davranche

Guy Priqueler en juin 1979
Guy Priqueler en juin 1979
FACL

SOURCES : Entretien avec Guy Priqueler, janvier 2017 – informations confiées par Patrice Grillot et Thierry Laprévote, mars 2019 – L’Est républicain, 30 mars 2019.

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