LE FLOCH Augustin, Pierre, Marie

Par Gauthier Langlois

Né le 9 juillet 1826 à Auray (Morbihan) ; agent voyer puis ouvrier mécanicien ; militant socialiste, suite au coup d’État du 2 décembre 1851 il fut expulsé et se réfugia à Jersey où il intégra la communauté des proscrits animée par Victor Hugo. Il émigra aux États-Unis en 1854.

Né à Auray, gros bourg sur la route de Lorient à Vannes, il fut déclaré à l’État-civil fils de Pierre Le Floch menuisier âgé de 30 ans et de Jeanne Françoise Corilon son épouse. Son nom est parfois orthographié Lefloch ou Le Floc’h. Les anglo-saxons écrivent souvent son nom Le Flock ou LeFlock et son prénom Auguste ou August.

Nommé agent voyer dans l’administration des Pont-et-Chaussées en 1848, il avait été destitué depuis par le préfet du Morbihan « pour négligence et irrégularité dans son service et aussi pour le mauvais emploi qu’il faisait de l’influence de sa position administrative pour la propagation de ses opinions socialiste ». Il était en effet considéré comme l’un des principaux agents de la propagande socialiste de son département.

En 1851, à la suite d’une soirée arrosée où il fêtait l’anniversaire de la Seconde république, il prononça des cris pour lesquels il fut traduit, le 4 juin, devant la cour d’assise du Morbihan à Vannes. Selon Charles Le Cointe dans la Concorde du Morbihan : « Dans la nuit du 23 au 24 février Augustin Le Floch, mécanicien né et demeurant à Auray, rentrait chez lui, après avoir fêté avec des amis et des coreligionnaires politiques, par d’assez, par de trop copieuses libations, un anniversaire, une date chère à tous les républicains, il s’en allait par les rues, donnant, dans son ivresse, un libre cours à ses sentiments patriotiques, et poussant à tue-tête le cri de "Vive la République, ique, ique, ique" ». Interpellé par un jeune avocat l’engageant à se taire, il répondit : « Vive la République démocratique et sociale ! Vive les Rouges ! A bas les aristos ! A bas les fainéants de riches ! Descends ici que je te mange ! ». Pour ces faits il fut traduit devant la cour d’assise du Morbihan sous la prévention des délits de « cris séditieux et d’excitation au mépris et à la haine des citoyens les uns contre les autres. » Le procureur fit un réquisitoire contre le socialisme. Le défenseur d’Augustin, Édouard Beauvais, répudia en son nom et celui de son client les doctrines socialistes telles que définies par le procureur et expliqua qu’il fallait entendre par le bon socialisme « le progrès sagement gradué et l’amélioration rationnelle et pratique du sort des classes souffrantes ». Augustin fut condamné à un mois de prison sur le premier chef et acquitté sur le second.

Opposant au Coup d’état du 2 décembre 1851 il fut arrêté. La commission du Morbihan prononça son expulsion motivée par les attendus suivants : « Ancien élève de l’École des arts et métiers d’Angers. Au lieu de chercher dans le travail des moyens d’existence honorables d’existence, il s’est fait agent de désordre et a pris depuis longtemps une part active à la propagande socialiste. (Commission départementale du Morbihan. État nominatif des individus signalés comme chefs et principaux agents de la propagande socialiste dans le département ».

Réfugié à Jersey, il s’y retrouva avec nombre de proscrits dont Victor Hugo et un compatriote d’Auray, Louis Jégo. Il participa à leurs activités politiques et notamment, le 21 octobre 1853, à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III.

Célibataire au moment du Coup d’État, c’est sans doute à Jersey qu’il se maria avec une certaine Melaine ou Mathilde qui portait le même nom que lui (une cousine ?) et dont les deux frères résidaient à Vannes sous la IIIe République.

Avec Jean Courtès, Jean-Marie Ribaut, Auguste Lemeille, Joseph Lejeune, Félix Delamarre et leurs familles il obtint pour lui et sa femme un passage gratuit du Gouvernement britannique pour l’Amérique. Ils partirent pour Liverpool par le steamer City of Limerick. Il figure ensuite sous l’identité d’Auguste LeFlock, 28 ans, avec sa femme Melaine, 23 ans, sur la liste des passagers français partis de Liverpool sur le Sir Robert Peel et arrivés à New-York le 26 juillet 1854.

Il y a sans doute identité avec Auguste Le Flock (ou Le Floch), "embroidery designer" (créateur de broderies) âgé de 48 ans qui, selon le recensement de New York du premier juin 1875, résidait au 232 Atlantic avenue, City of Brooklyn, avec sa femme Matilda âgée de 41 ans. Les deux époux sont indiqués comme étant d’origine française. Il mourut sans enfants en son domicile new-yorkais le 12 juin 1875. Matilda Le Floch figure encore dans l’annuaire professionnel de New-York pour l’année 1883 à la rubrique "varieties".

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213846, notice LE FLOCH Augustin, Pierre, Marie par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 27 juin 2019, dernière modification le 18 juin 2019.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives du Morbihan, Acte de naissance. — La Concorde du Morbihan, 12 juin 1851. — La Gazette des tribunaux, 27 juin 1851. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008, p. 162. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Lefloch - Augustin Pierre Marie », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — New York Passenger List, 1820-1891, 143 - 25 Jul 1854-13 Aug 1854. — New York State Census, 1875. — New York, Kings County Estate Files, 1866-1923. — Phillips’ business directory of New York City, 1883, p. 693.

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