SIMON Mélanie

Couturière à Jersey ; en 1853 elle perça à jour et dénonça le proscrit Julien Hubert comme un mouchard de Napoléon III chargé d’espionner les républicains réfugiés dans l’île et de faire arrêter des opposants républicains en France.

Bien que résidant à Jersey, Mélanie Simon était probablement d’origine française car elle ne figure pas dans les registres d’État-civil des îles anglo-normandes. En 1853 elle habitait Hill street, n° 5 à Saint-Hélier. Elle hébergeait alors le proscrit Julien Hubert et lui avait prêté trente deux francs pour un voyage en France. En effet celui-ci n’avait officiellement d’autres ressources que ce que lui versait la Fraternité, l’une des deux sociétés qui aidaient les proscrits de Jersey en difficulté.

Selon Victor Hugo : « Un jour Hubert, en payant sa logeuse, tirait de sa poche des poignées des schellings et des demi-couronnes. Mélanie Simon réclamait les trente-deux francs, il refusait de payer, et en même temps, par une sorte de contradiction bizarre, il laissait voir à Mélanie Simon un portefeuille « plein », a dit Mélanie plus tard, de papiers jaunes et bleus ».
— Ce sont des billets de banque, disait Hubert à Mélanie Simon ; j’ai là dedans trois mille cinq cents francs. Du reste, la contradiction s’explique ; Hubert, revenant en France, voulait emmener Mélanie Simon ; il refusait de la rembourser afin qu’elle le suivît, et, pour qu’elle le suivît sans inquiétude, il lui montrait qu’il était riche. Mélanie Simon ne voulait pas quitter Jersey. Elle tint bon, et redemanda ses trente-deux francs. Des querelles éclatèrent. Hubert refusant toujours :
— Écoute, dit Mélanie, si tu ne me payes pas, j’ai vu ton argent ; je devine que tu es un espion, je te dénonce aux proscrits.
Hubert se mit à rire.
— Faire croire cela de moi ! dit-il. Allons donc !
Il croyait détruire cette idée dans l’esprit de Mélanie Simon en faisant bonne contenance.
— Mes trente-deux francs, dit Mélanie.
— Pas un sou, dit Hubert.
Mélanie Simon alla trouver Jarassé et dénonça Hubert. ».

Mélanie contribua ensuite, par son témoignage, à l’enquête menée par les proscrits sur Julien Hubert qui fut convaincu d’être un espion au service de la police de Napoléon III.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213843, notice SIMON Mélanie, version mise en ligne le 23 mai 2019, dernière modification le 19 juin 2019.

SOURCES : Jerripedia, Relevés de l’État civil des îles anglo-normandes. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330.

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