VIMONT Robert, Claude dit Guy

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 28 avril 1921 à Paris (XIVe arr.), mort le 3 juin 1993 à Corbeil-Essonnes (Essonne) ; maçon ; communiste ; résistant ; commissaire aux opérations de la région X des FTP ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Robert Vimont
Robert Vimont

Fils naturel d’Alice Jaminet, sans profession, Robert Vimont fut légitimé par le mariage de sa mère et de François Vimont le 9 mai 1922 à Paris (IXe arr.).
Il était titulaire du CEP. Il quitta l’usine de l’Isle-Adam où il travaillait comme manœuvre, ainsi que son domicile de Nesles-la-Vallée près de Pontoise. Clandestin il vécut dans différents lieux à Paris et en région parisienne. Il diffusa des tracts du Parti communiste clandestin à la fin de l’année 1942. En mars 1943, il écrivit sa biographie et intégra les Jeunesses communistes jusqu’en septembre, date à laquelle il devint FTP.
Il participa à faire dérailler un train près de Pontoise avec huit autres FTP. La locomotive et deux wagons auraient déraillés. Début octobre 1943 il devint chef de groupe, appartint au détachement Marceau commandé par « Gaston ». Le même mois il était dans l’équipe de huit combattants qui fit dérailler un train à Orry-la-Ville. Après avoir maîtrisés cinq gardes-voies, les FTP déboulonnèrent des rails, une locomotive Haut-le-Pied dérailla sans verser sur la voie.
À la suite de plusieurs chutes, il devint responsable militaire, pseudonyme « Claude », recevait les directives de « Lagarde » Louis Chapiro qui était le militaire interrégional. À la fin novembre 1943 avec huit ou neuf combattants, armés de quatre ou cinq révolvers et d’une mitraillette, il organisa le sabotage de la voie à la sortie de Liesse sur la ligne Paris à Pontoise. La locomotive se coucha le long du talus et trois wagons déraillèrent.
En décembre 1943 nouvelle action entre Goussainville et Louvres, onze FTP avec pour armement deux mitraillettes et des révolvers récupérés sur des gardiens de la paix. Selon Robert Vimont : « Ce déraillement n’a pu être exécuté, car les clefs que nous possédions étaient trop petites. Nous avons cependant essayé de dévisser, mais sans y parvenir. » Dans cet échec, il mettait en cause Robert Th… qui « cherchait à saboter nos opérations, pour prendre le contrôle des militants afin de travailler pour son propre compte dans les opérations de cambriolages. » Il fit un rapport qu’il remit à « Lagarde » Chapiro.
Le 23 décembre 1943 un cambriolage eut lieu à la poste de Montmagny, il précisa aux policiers : « Ce cambriolage, s’est fait en dehors de mon contrôle, et sans ordre de l’Organisation. » Il précisa : « J’ai su qu’une somme de 91 000 francs avait été dérobée, elle avait été partagée entre « Lucien » « Simon », « Jackie », « Tom » et « André ». À la suite de cette affaire, les exécutants de ce cambriolage ont cherché à m’abattre. »
Fin décembre, trois FTP dont Robert Vimont cambriolèrent la Mairie d’Auvers-sur-Oise, le garde-champêtre n’opposa pas de résistance, il fut ligoté. Le coffre-fort forcé, des titres de rationnement furent récupérés.
Le 3 janvier 1944 nouvelle action entre Cernay et Franconville, une dizaine de FTP participaient à cette action, huit étaient armés de revolvers. Les gardes voies furent neutralisés, les rails déboulonnés, une locomotive et trois wagons déraillèrent. Au cours de la première quinzaine de 1944, Lucien Th… a été abattu par des gendarmes à la cité d’Orgemont.
Quand Robert Vimont avait succédé à Roger François comme commissaire aux opérations de la région Paris X (Paris rive droite), il habita avec son amie Raymonde Riand dite « Suzon » 11, rue Bleue à Paris (IXe arr.). Interpellé par des policiers de la BS1 le 1er avril 1944 par cinq inspecteurs de la BS2, vers 11 heures rue de l’Arrivée à Enghien (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Il portait un paquet contenant un revolver à barillet, sans marque, et en mauvais état de fonctionnement.
Fouillé, il était porteur d’une fausse carte d’identité au nom de Robert Lecompte portant sa photographie, portant le cachet humide de la Police d’État de Seine-et-Oise (Val-d’Oise), ainsi qu’un faux certificat de travail, deux photographies d’inconnus, cinq cartes de viande du mois de mars 1944, une carte de matières grasses de mars portant le cachet de la mairie de Saint-Rémy (Saône-et-Loire), un faux certificat de recensement au nom de Lecompte, une feuille manuscrite signée Marcel, un ticket de métro portant des annotations, un contrat d’abonnement d’électricité à la société Lumière au nom de Lecompte etc.
Son domicile fut perquisitionné, les policiers découvraient : un vieux fusil de chasse, une clef pouvant servir à faire dérailler des trains, un lot de cartouches de chasse, un autre de fusil de guerre, un troisième de calibre 9 m/m, des allumeurs à acide et quatre cartes d’alimentation à des noms différents, deux photographies, des reçus au nom de Léglise, d’autres signés Jean Leblond, des papiers des FTP. Les policiers de la BS2 connaissaient Robert Vimont depuis juin 1943, des papiers portant son nom avaient été saisis chez Berrier.
Robert Vimont affirma aux policiers : « Il n’y avait personne sur la région X lorsque je suis arrivé. » Les policiers ne le crurent pas, lors de son interrogatoire dans les locaux des BS il a été sévèrement frappé à huit reprises.
Les inspecteurs de la BS organisèrent une confrontation avec Roger François. Robert Vimont reconnut d’emblée Roger François, il déclara : « À l’époque où je l’ai connu il se faisait appeler « Edgar ». À ma prise de fonctions, j’ai pris possession du domicile illégal dont il était locataire, 11, rue Bleue sous le nom de Max Deléglise. »
Roger François ne prononça pas une parole. Robert Vimont poursuivit : « Je précise que François a amené dans sa résidence illégale de la rue Bleue, une femme prénommée Henriette. Au sujet de cette dernière, je crois qu’elle ne militait pas et qu’elle se cachait du fait qu’elle était Juive illégale. » Roger François n’intervint pas.
Un inspecteur présenta la photographie d’Henriette Clisci à Robert Vimont. Il la reconnut, s’« est bien celle de la femme prénommée Henriette, que j’ai rencontrée, en compagnie de François, rue Bleue. Silence de Roger François.
Le commissaire mentionna sur le procès-verbal « pour éviter d’avoir à préciser son activité actuelle, et son passé politique, le nommé François a pris une attitude simulant la folie, ce qui explique son abstention à répondre. »
Nouvelle confrontation le 2 avril, cette fois-ci entre Robert Vimont et Henriette Clisci, il maintint ses déclarations de la veille. Henriette Clisci répliqua : « Je n’ai jamais rencontré l’individu en présence duquel vous me mettez. J’affirme que je ne me suis jamais rendue rue Bleue n°11. » Vimont maintint ses déclarations.
Le même jour, une confrontation eut lieu entre Robert Vimont et Roger François. D’entrée, le premier confirma une nouvelle fois la présence d’Henriette Clisci et Roger François. Ce dernier assuma ses responsabilités, Henriette Clisci était venue rue Bleue, il l’hébergea une quinzaine de jours. Il avait « découvert sa photographie chez Denise Soleilbeau. » Il avait fait confectionner une fausse carte d’identité pour Henriette Clisci. Mais, ne l’ayant pas rencontré, il ne put lui remettre.
Robert Vimont exprima son étonnement devant l’attitude de Roger François, relevant son « état d’hébétude dans lequel il se trouve actuellement. À mon sens, il ne serait pas impossible qu’il ait absorbé, au moment de son arrestation ou pendant sa détention, un produit quelconque qui ait provoqué son état actuel. »
Le commissaire se tourna vers Roger François : « Indiquez-nous si vous n’avez pas absorbé de produits pharmaceutiques pour provoquer l’état dans lequel vous vous trouvez. » Roger François déclara qu’il avait pris « une quantité de cachets Aspro contre le mal aux dents. »
Robert Vimont a été incarcéré, il était le 15 août 1944 dans le convoi qui partit de la gare de Pantin. Cinq cents quarante-six femmes étaient déportées à Ravensbrück et 1654 hommes à Buchenwald, les femmes arrivèrent à destination le 21 août et les hommes le 20 août.
Cinq jours furent nécessaires pour aller à Buchenwald, un pont sur la Marne ayant été détruit par un bombardement. Des résistants attaquèrent en vain le convoi à Dormans dans la Marne. Le chef de gare de Revigny dans la Meuse, à la demande de la Croix-Rouge tenta de convaincre le SS qui dirigeait le convoi d’arrêter en vain. Le 18 août lors d’une halte à Nancy, des membres du gouvernement Laval en fuite vers l’Allemagne demandèrent au préfet d’intervenir pour stopper le transport, nouvel échec.
Particularités de ce transport, certains résistants qui étaient investis de responsabilités, ainsi la présence de neuf résistants futurs Compagnons de la Libération : Louis Gentil, Guy Flavien, Marcelle Henry, Jacques Brunschwig arrêté sous le nom de Bordier, Edmond Debeaumarché, Pierre Dejussieu, Pierre Lefaucheux, chef des FFI de la Seine et de la Seine-et-Oise, ainsi que Gaston Vedel. Mentionnons également le professeur Henri Maspero et sa femmes Hélène, ainsi que 168 aviateurs alliés, soit 10,2 % des hommes du convoi.
Robert Vimont ne resta pas à Buchenwald, il a été envoyé au camp de Flossenburg, puis au kommando de travail de Passau dépendant du camp de Mauthausen. Les prisonniers montaient des armes.
Matricule 77780, Robert Vimont surmonta les épreuves de la déportation, le camp fut libéré le 23 avril 1945 par l’armée américaine conduite par le général Patton.
Robert Vimont a été homologué Déporté, interné, résistant (DIR), et membre des FFI.
_
Il s’était marié le 9 mars 1946 à Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne) avec Raymonde Riant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213832, notice VIMONT Robert, Claude dit Guy par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 31 mars 2019, dernière modification le 15 avril 2019.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Robert Vimont
Robert Vimont

SOURCES : Arch. PPo. BS2 carton 39, GA 1. – Bureau Résistance GR 16 P 595875. . – Livre-Mémorial, FMD Éd. Tirésias, 2004. — État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 190.

Version imprimable Signaler un complément