DÉCOUÉE Paul Maxime

Par Anne Steiner

Né le 21 janvier 1881 à La Possonière (Maine- et -Loire), mort le 11 février 1911 à Champigny (Val-de-Marne) ; peintre amateur, exerce diverses professions ; anarchiste individualiste, illégaliste.

Venu à Paris avec la volonté de devenir artiste peintre, Paul Maxime Découée s’installe à Montmartre en août 1900. Il récite des vers de sa composition le soir dans les cabarets de la butte et fréquente les milieux anarchistes. Le 20 septembre 1900, il est arrêté pour « outrage à agents » et port d’arme prohibée pour avoir chercher à frapper des agents "en bourgeois" qui venaient d’appréhender Libertad au sortir d’une réunion anarchiste. Il est condamné à 6 jours de prison.

Décrit par l’agent Finot comme un jeune homme blond aux longs cheveux, visage imberbe, portant binocle de myope, complet de velours à côtes et chapeau mou, il est surveillé de près par des agents de la troisième brigade qui établissent à plusieurs reprises sa présence aux abords des salles où devait se tenir le Congrès communiste anarchiste. Le 14 octobre 1900, il est hébergé rue des Ursulines à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) par le compagnon Victor Piéré, secrétaire du groupe La Solidarité.
Le 6 janvier 1901, il est arrêté pour le vol d’un sac de charbon dans un chantier à Saint Denis. Condamné à un mois de prison pour vol avec effraction, il est incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Libéré le 6 février au matin, il est d’abord hébergé à Saint Denis chez Grandidier, alors gérant du Libertaire. Il a l’intention de fonder avec deux camarades une petite colonie libertaire dans les environs de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Mais il se brouille avec eux et s’installe à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis) chez un nommé Bouchat, et subsiste en écrivant des adresses sur bandes à 1 franc le mille. En mars 1901, il obtient une place de retoucheur chez un photographe et il s’installe dans un hôtel de la rue Laghouat à Montmartre où vivent les anarchistes Francis Prost, Henri Fabre et Eugène Merlo.Il vit dans une situation d’extrême précarité et souffre de la faim.

Le 26 avril 1901 un indicateur de police qui signe Rond, signale que Découée lui a confié qu’il souhaitait commettre un attentat et se procurer un revolver pour tirer s’il se faisait prendre. Il envisagerait de « faire un coup » pour se procurer l’argent nécessaire.
Dans un rapport daté du 17 mai 1901, Fouquet, le chef de la troisième Brigade, renseigné par l’agent Rond qui fréquente Découée de près, écrit que ce dernier s’est procuré des produits chimiques et consulte des ouvrages de chimie à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. I Il s’est également procuré un creuset en terre réfractaire pour fabriquer de la fausse monnaie.

Le 31 mai 1901, Fouquet mène une perquisition chez Bareau, libraire et marchand de journaux, domicilié 79 route de Flandre à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), ancien conseiller municipal socialiste d’Aubervilliers, qui emploie et loge Découée.
Ce dernier est arrêté en vertu d’un mandat d’arrêt délivré par le juge Leydet pour détention et fabrication d’engins explosifs. Interrogé par le commissaire, puis par le juge, Decouée reconnaît avoir fabriqué des explosifs à base de chlorate de potasse, d’acide sulfurique et de glycérine. Il est envoyé au dépôt. Eugène Vigo, futur Miguel Almeyreda, qui s’est livré à des expériences de chimie avec lui, est également arrêté et poursuivi pour avoir fabriqué, en octobre 1900, un engin explosif qu’il avait déposé dans un chalet d’aisance de la place Voltaire. Dand une lettre envoyée à l’Aurore le 10 juin 1901, Libertad prend leur défense et déclare que Découée a été manipulé par l’agent du troisième bureau qui a profité de l’extrême misère dans laquelle il se trouvait pour gagner sa confiance à force de déjeuners offerts.

Le 25 juin 1901, Vigo et Découée sont condamnés à un an de prison par la IXème chambre correctionnelle. Le premier, mineur, purge sa peine à la prison de La Petite Roquette tandis que Découée est incarcéré à Fresnes. L’intervention de plusieurs personnalités proches des milieux libertaires conduit le Président du Conseil et ministre de l’Intérieur et des cultes à autoriser la libération des deux jeunes hommes, vingt cinq jours avant le terme de leur peine.

À sa sortie de prison, Découée est surveillé de très près par les agents de la troisième brigade. Il ne voit plus Vigo qui semble l’éviter, et mène une vie instable, changeant constamment de domicile et d’emploi. Le 29 octobre 1902, il est arrêté par des gendarmes à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) après avoir payé une consommation de 10 centimes dans un débit de boissons avec une fausse pièce de 5 francs. Il est porteur d’un cran d’arrêt et d’une bicyclette supposée volée. Il est écroué pour émission de fausse monnaie, port d’arme prohibée et suspicion de vol. Il se dit artiste peintre, et déclare avoir travaillé récemment à l’Union artistique de Clichy.

En février 1903, le ministère de la Guerre informe le ministère de l’intérieur que Découée, réformé provisoirement, a quitté son régiment basé à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), et est employé au Libertaire, où il est logé. En fait, il n’y reste que quelques jours.
Le premier mai 1903, il est interpellé pour « entrave au libre exercice du culte », dans l’église d’Aubervilliers en compagnie de nombreuses personnes parmi lesquelles Laurent Tailhade, qui voulaient empêcher le sermon de l’abbé Coubé. Il bénéficie d’un non-lieu. À partir de juillet 1903, il fait l’objet d’une surveillance constante par l’agent Foureur qui signale toutes les réunions auxquelles il assiste et qui vérifie ses domiciles.

Le premier décembre 1903, Découée est à Liège, où il se présente comme typographe. Le 23 décembre 1903, lors d’une réunion cité d’Angoulême à Paris, Henriette Roussel lit une lettre de Découée qui, expulsé de Belgique, veut gagner Londres. Une collecte est organisée qui ne rapporte que très peu d’argent car Découée semble peu estimé dans le milieu. Libertad et Henriette Roussel lui reprochent de profiter des camarades qui l’hébergent, en vivant à leurs crochets.

Le 10 janvier 1903, il rejoint son corps d’armée basé à Le Blanc, dans l’Indre, mais il revient le 24 et déclare être réformé définitivement. Il vit alors à Aubervilliers avec sa compagne Marie Delor, est sans emploi et fait de la peinture en amateur. Le 28 octobre 1908, il est condamné à 6 mois de prison pour tentative d’escroquerie. Il vit toujours à Aubervilliers et continue à peindre.

Le 11 février 1911, Découée est interpellé à Champigny-sur-Marne (Seine-et-Oise, Val-d- Marne), après avoir essayé de payer sa consommation avec de la fausse monnaie chez un débitant de vins. Il est conduit au commissariat avec son complice. Au moment où un gendarme entreprend de le fouiller, il se saisit d’un revolver et tire à bout portant une balle dans la tête de l’agent Perin. Un gendarme, venu en renfort, se précipite sur lui pour le désarmer et le courbe face contre table. Mais il parvient à introduire le canon de son arme dans sa bouche et tire, se faisant sauter la cervelle. Son domicile est perquisitionné et l’on découvre chez lui des brochures anarchistes et de nombreuses fausses pièces.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213666, notice DÉCOUÉE Paul Maxime par Anne Steiner, version mise en ligne le 18 mars 2019, dernière modification le 27 avril 2019.

Par Anne Steiner

SOURCES : Arch.Ppo, BA 1027, dossier Paul Maxime Découée.

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